[LIVRE] Sartre, Neruda, Guevara, Malraux, Picasso… le sale sanctoral de la gauche

« Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » ? Ça se discute.
Capture d’écran 2026-06-26 à 16.56.10

La gauche qui exerce dans notre pays depuis de (trop) longues années une « cléricature » (comme l’appelle Jean-François Chemain), avec ses grands prêtres tout gonflés de leur magistère moral, ses anathèmes qui ne connaissent pas de rédemption, ses chasses aux sorcières pour bûchers médiatiques, a aussi son sanctoral, avec ses icônes auréolées. Sauf que si l’Église prend (en principe) son temps, laisse décanter le candidat pour déposer les passions et les visions partisanes et instruit minutieusement un long procès en béatification, entre postulateur et avocat du diable, il lui faut enfin un miracle. La gauche est beaucoup plus expéditive dans ses béatifications qui lui permettent, par un raccourci spécieux, d’asseoir son idéologie et de clouer le bec aux opposants : puisque ce grand saint défend la gauche, c’est que la gauche est sainte. Sauf que c’est parce qu’il a défendu la gauche qu’on l’a fait saint. Et le seul miracle, ici, est que la vitrine Potemkine ait duré aussi longtemps.

Sale sanctoral

Le livre de Christine Goguet (aux Éditions du Rocher) met enfin un terme salutaire à quelques légendes dorées : il s’intitule Les Grands Hommes et le Diable… parce que d’aucuns ont largement frayé avec lui. Et puisque personne ne s’est avisé de convoquer l’avocat de celui-ci, comme dans une enquête canonique, l’auteur se charge, d’une plume alerte, d’endosser le rôle. Avec des faits, rien que des faits. André Malraux, écrivain couronné par le Goncourt, ministre de la Culture sous de Gaulle, est un coureur de dot qui dilapide l’argent de son épouse. Quand celle-ci lui en fait le reproche, le mari (volage, de surcroît) lui lance - comme c’est élégant ! : « Je ne vous ai épousée que pour votre argent. »

Une fois le couple ruiné et endetté, il s’écrie : « Je ne vais pas tout de même pas travailler. » Qu’à cela ne tienne, il trouvera des expédients… parfaitement illégaux : il pille le patrimoine asiatique dont raffolent des collectionneurs américains, ayant noté que nombre de petits temples en Indochine n’étaient pas répertoriés. Reconnu coupable et condamné, il n’échappe à la prison que grâce à l’intervention d’intellectuels tels que Mauriac et Aragon. Il est un affabulateur de compétition : ses recueils de souvenirs (Antimémoires) et ses entretiens avec de Gaulle (Les chênes qu’on abat) sont cousus de fil blanc. « Mythomane compulsif, menteur pathologique, Malraux est parvenu, de son vivant, à se faire passer pour ce qu’il n’était pas. Par quel tour de force ? », s’interroge l’auteur.

Citons, ensuite, Pablo Neruda : début mars, lors d’une allocution officielle, Emmanuel Macron avait choisi de rendre bien visible sur son bureau un recueil de poèmes du fameux auteur communiste chilien. Un homme connu pour avoir violé une femme de chambre (il le raconte dans son autobiographie) et pour avoir abandonné sa femme et sa fille hydrocéphale. Drôle de clin d’œil fait aux femmes, de la part du Président, à la veille du 8 mars. Il était, par ailleurs, grand admirateur de Staline, à la gloire duquel il a écrit une ode.

Vient ensuite Che Guevara, dont on a réussi à faire une idole pour adolescentes boutonneuses. On trouvera encore son effigie au béret étoilé sur tous les draps de bain des marchés dans les stations balnéaires entre Oui-Oui et Marilyn Monroe.

Et le Hasta siempre de la très glamour Nathalie Cardone, reprise de l’hymne du propagandiste officiel de la révolution cubaine Carlos Puebla… (« Ici il reste la clarté/la profonde transparence/De ta chère présence/Commandant Che Guevarra ») résonnera sur toutes les pistes de danse, l’été. Et pourtant...

Le Petit Boucher

À Che Guevara, ses compagnons d’armes ont donné un doux sobriquet : « Le Petit Boucher ». Il est « féroce, intransigeant, sanguinaire, aveuglé par son idéologie ». Et il ne s’en cache même pas. À la tribune des États-Unis, il déclare : « Nous avons fusillé, nous fusillons et nous continuerons à fusiller tant que cela sera nécessaire. » Le mérite d’être clair.

Citons, encore, Picasso. « Amateur de chair fraîche », écrit de lui sa petite fille Marina Picasso, il les « dépeçait, les violait et se nourrissait d’elle ». L’une d’elles, Françoise Gilot, avec laquelle il avait près de 40 ans d’écart et deux enfants non reconnus de son vivant, conservera, des années durant, « sur la joue, la trace de la cigarette allumée qu’il y avait plantée jusqu’à ce qu’elle s’éteigne, y faisant un trou béant ». Avec Picasso, le visage fracassé des femmes sur ses toiles n’est pas qu’une coquetterie artistique, c’est une réalité.

Finissons par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (en notant, au passage, que les femmes, aussi, savent fricoter avec le mal). « L’enfer, c’est les autres » ? Pas sûr.

Un élu marseillais, Guy Teissier, a suscité, en 2025, un tollé au conseil municipal en demandant que soit changé le nom d’une école récemment rebaptisée Simone-de-Beauvoir. Pour cet élu, « de terribles zones d’ombre entachent considérablement l’honorabilité de cette dame ». Il dénonçait, en particulier, la signature d’une pétition de soutien à des pédophiles. Le maire, Benoît Payan, s’était emporté, parlant de « honte » et de « dérapage incontrôlé ». Pourtant, non seulement ces (mé)faits sont avérés, mais Christine Goguet en rappelle bien d’autres, trop souvent méconnus : l’auteur évoque leurs engagements hasardeux - en Union soviétique ou en Iran - mais surtout leur vie personnelle. « En regardant de plus près leurs parcours amoureux respectifs, on s’aperçoit que Sartre et Beauvoir ont, curieusement, souvent partagé les mêmes proies », écrit l’auteur. La légende du féminisme était devenue, « pour ces jeunes filles qui l’admiraient en tant que professeur reconnu, un pourvoyeur de chair fraîche pour son compagnon » : des « lycéennes seront élues par Simone de Beauvoir qui enseigne alors au lycée Molière ».

Tous ont des rues ou des écoles à leur nom. L’un d’entre eux - André Malraux - est même au Panthéon. « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » ? Ça se discute.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 27/06/2026 à 19:39.
Picture of Gabrielle Cluzel
Gabrielle Cluzel
Directrice de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

30 commentaires

  1. Notez que la plupart de ces grands personnages étaient communistes, sans doute la raison pour laquelle ma famille avec moi les haïssait.

  2. Allez Gabrielle, faites moi plaisir. Ce que vous dites de Malraux est exact mais consacrez lui une chronique à part. Franchement, il mérite mieux que voisiner avec Sartre, Guevara et Picasso.

    • Oui, je suis d’accord. Malraux este peut-être un personnage méprisable, un cynique, mais il n’est pas de la même trempe de Guevara, Neruda et tant d’autres.

  3. Merci Gabrielle de remettre à leur place ces icônes assez sordides de la bien-pensance. On en trouverait peut-être d’autres mais celles-là sont déjà suffisantes. Bravo Madame.

  4. Personnellement, je n’ai jamais aimé tous ces personnages. De pauvres et sinistres individus.

  5. J’achète ce livre. Il y a aussi Richard de Seze: « de vrais gentlemen »… qui met en lumière les turpitudes d’anglais fameux ( Churchill, Lady Di…)

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Que les familles des victimes parlent est très compliqué pour le gouvernement
Gabrielle Cluzel sur CNews
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois