Vitraux de Notre-Dame de Paris : chronique d’un patrimoine sacrifié
Malgré les 353.591 signatures recueillies par la pétition « Conservons à Notre-Dame les vitraux de Viollet-le-Duc », malgré les recours engagés devant la Justice administrative, malgré l'opposition unanime de la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture, rien n'aura finalement infléchi la décision prise au sommet de l'État. Le souhait du prince président se sera ainsi imposé envers et contre presque tous les avis exprimés par les spécialistes de la conservation du patrimoine et aura fait force de loi.
Ainsi, ce 22 juin 2026 a marqué le début de l’impopulaire dépose de six vitraux conçus sous la direction d'Eugène Viollet-le-Duc et installés en 1865 dans les chapelles du bas-côté sud de la nef de Notre-Dame de Paris. Épargnées par l'incendie du 15 avril 2019 et conservées dans un état jugé satisfaisant par les experts, ces verrières vont ainsi céder leur place à six créations contemporaines réalisées par l'artiste Claire Tabouret et les ateliers Simon Marq de Reims. Il s’agit ici du sacrifice de l'ancien et du vénérable au profit de l'inutile et de l'orgueilleux.
Le chantier de la discorde
Les nouvelles verrières, consacrées au thème de la Pentecôte, seront normalement installées entre octobre et novembre 2026 et deviendront les premiers vitraux du XXIe siècle à entrer dans la cathédrale. Pour leurs défenseurs, Notre-Dame ne saurait demeurer dans un état définitif. Leur créatrice, Claire Tabouret, déclare ainsi que c’est une bonne chose « de rajouter une strate d’histoire à ce bâtiment constitué de mille strates d’histoire et qu’on ne peut pas congeler dans le temps ». Quand il s’agit de contemporanéité, la ville de Paris apporte bien évidemment son soutien en affirmant que « Notre-Dame de Paris n’est pas un monument figé ».
Ces arguments n’ont pourtant pas convaincu une grande partie du monde patrimonial. Les associations « Sites et Monuments » et « SOS Paris » ont multiplié les recours - en vain. Quant à la Commission nationale du patrimoine et de l'architecture, réunie le 11 juillet 2024, puis à nouveau le 12 juin 2025, elle a rappelé au ministère de la Culture son opposition à l'enlèvement de vitraux classés, conservés en bon état et pleinement intégrés à l'architecture de la cathédrale. Un avis purement consultatif, puisque le ministère n’en a pas tenu compte. On peut se poser la question de l’utilité de ces commissions, si elles ne sont pas écoutées.
Ancien et vénérable
Les vitraux déposés ne sont ni des ajouts récents ni des œuvres accessoires. Ils sont le fruit du grand chantier conduit par Eugène Viollet-le-Duc au XIXe siècle, lequel rendit à une Notre-Dame fatiguée par les siècles une cohérence et une magnificence nouvelles. L'architecte travailla naturellement selon les canons néo-gothiques de son époque, plus riches et parfois plus démonstratifs que le gothique des bâtisseurs médiévaux. Pourtant, loin de rompre avec l'âme de l'édifice, il chercha à en prolonger le génie et à s'inscrire dans sa continuité. Ses vitraux participent de cette ambition. À l'inverse, les verrières destinées à les remplacer rompent sans nuance avec cet héritage pluriséculaire.
À cela s’ajoutent également les incohérences des choix opérés : suite à l’incendie de 2019, l'État a fait le choix de reconstruire la flèche exactement selon les plans de Viollet-le-Duc, érigeant son travail en référence absolue de la restauration. Dans le même temps, les verrières, originelles et intactes, pourtant préservées par le feu, sont aujourd'hui retirées pour être remplacées.
Les défenseurs du patrimoine rappellent, enfin, que la Charte de Venise de 1965, texte fondamental de la conservation monumentale, recommande le respect des apports historiques successifs et s'oppose au remplacement d'éléments anciens bien conservés par des créations nouvelles. Le retrait des anciens vitraux créés en 1865 constitue donc une entorse manifeste à ce texte auquel la France adhère notamment via son lien avec l’ICCROM [organisation intergouvernementale qui se consacre à la conservation du patrimoine culturel, NDLR].
Inutile et orgueilleux
La critique du remplacement des vitraux est également une histoire de sens, de coût, de calendrier et de symbole. En effet, au sein même de Notre-Dame, il existe d'autres emplacements possibles pour accueillir ces nouvelles verrières. Julien Lacaze, président de l'association « Sites et Monuments », a ainsi notamment proposé leur installation dans les tours de Notre-Dame, où cela n’aurait pas nécessité la dépose d'éléments historiques.
Le coût du projet nourrit également la contestation. Les nouvelles verrières représentent une dépense d'environ quatre millions d'euros financée par le ministère de la Culture. Une somme conséquente pour remplacer des vitraux en bon état de conservation, alors que partout en France, dans nos campagnes, des églises, des chapelles, des abbayes, des châteaux et bien d’autres monuments historiques attendent désespérément les financements qui permettraient simplement d'assurer leur survie. Cette réalité a été dénoncée par Stéphane Bern qui, en avril dernier, sur le plateau de C à vous, rappelait, avec une certaine irritation, que « la France n'est pas Paris ». Déplorant la concentration des moyens sur la capitale, il ajoutait : « Il y en a marre, il y a aussi des petites églises qui ont mille ans d'histoire [...] et on ne trouve pas le dixième, le millième d'euros. »
Enfin, la dimension politique de l’opération est loin d’être anodine. Tous y voient l’expression d’une volonté présidentielle d’Emmanuel Macron de laisser une empreinte personnelle, dans un geste presque despotique et capricieux, dans un contexte de crise, de dette et de fragilisation du patrimoine sur l’ensemble du territoire, et ce, malgré les réserves des experts et les critiques de l’opinion publique. Cependant, « Notre-Dame de Paris n’est pas un monument figé », n'est-ce pas ! Alors, rien n’interdit qu’un jour, les vitraux de Viollet-le-Duc puissent retrouver leur place au sein de la cathédrale, contribuant de nouveau à l’embellir, comme ils l’avaient fait pendant plus d’un siècle.
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81 commentaires
Cette fois-ci, je n’en peux plus et pardonnez mon impolitesse à venir. Au sujet des vitraux de Notre Dame, Macron ne tient compte ni des pétitions, ni des divers avis, ni de la Commission nationale du patrimoine et de l’architecture. En clair il me fait « chier »!!!! Marre de ce type qui se prend pour un roi, il faut dire, que vivre au milieu des dorures, lui est monté à la tête. Les vitraux de Viollet-le-Duc étaient magnifiques, comparés à toutes ces horreurs modernes.
Oui
Je partage votre colère et vos mots. Je serai même capable d’avoir un langage encore plus ordurier si je n’avais pas peur d’être censurée tellement ce type me met hors de moi .
Nous savons tous que son Illustrimme Grandeur rejette le vote du parlement européen quand le résultat ne lui convient pas et Bruxxxelles ne dit rien? Ici, pétition majeure, commission négative, mais il est au-dessus de tout cela, il n’a que notre bien comme objectif…
Je crois qu’on n’a encore jamais connu un président qui se foute aussi ouvertement et avec une telle délectation de son peuple . Il se sent tous les droits mais il faut croire qu’il les a puisqu’il est encore là à nous narguer, accroché comme une bernique à son pouvoir et a l’Elysée .
Le seul intérêt de ce carnage, c’est qu’il fait comprendre aux plus obtus à quel point ce président aura été mauvais en tout avec une autosatisfaction proportionnelle à ses méfaits !
De quel droit le prince peut il voler l’argent dans la poche de ceux qui le gagnent ? De quel droit le despote peut il imposer un droit que les français lui refusent ? De quel droit l’empereur peut il détruire une oeuvre d’art sacrée en piétinant l’avis même de l’eglise
On dira plus tard, c’était au cours de la V° dynastie sous le règne de Macron 1°.
Pour descendants il nous laissera des vitraux. Quand on est capable de rien on essaie de se rendre intéressant. J’oubliais que le dit Mozart aurait pu nous laisser des notes (de musique) mais non il ne laissera que des notes de frais que nos enfants paieront (pas les siens évidemment)
macron veut laisser une trace de son passage, comme les mammifères males marquent leur territoires.
Laisser une trace comme les mammifères mâles….Hum…
Ce petit caprice du petit macron est insupportable, et où vont atterrir les anciens vitraux de Violet le Duc? Histoire de ne pas en perdre la trace pour les réinstaller, car il faudra bien réparer tous les dégâts causés par le susdit petit mac’con, et il y a du boulot
… »l’expression d’une volonté présidentielle d’Emmanuel Macron de laisser une empreinte personnelle, dans un geste presque despotique et capricieux. » Tout est dit.
Et la tapisserie de Bayeux aux anglais, c’est pour quand ???
« présidentielle » est un mot proche de « prétentielle » plus approprié à l’individu.
Mais la tapisserie il pense peut être la donner à Albion et la remplacer par du Street Art
Elle est en route , sinon arrivée, en Angleterre .
Il faut bien que Macron marque sa lamentable époque, il aura laissé quelque chose qui n’a d’égal que ses deux quinquennats
Quand il s’agit de me pourrir la vie pour vouloir installer du photovoltaïque sur mon toit, dans le périmètre (pile à 500 m) d’un château inscrit, même pas classé, qui tombe en ruines, la décision de l’architecte des BdF est souveraine… Chance, il a dit oui… Mais pour un joyau pareil, plus aucun pouvoir. La limite serait donc la porte du 55 ?
lI lui faut son œuvre pour l’éternité. Triste à mourir.
Ils vont en faire quoi des anciens vitraux? Les installer chez les Macron ?
On dit que Jack Lang serai preneur!
Nous les changerons a nouveau lorsque le « » roi » » aura quitté le trone de France. Une honte de plus il ne nus épargne RIEN..
Cela l étonnerait une fois installés !
Tout ça à cause d’un inculte à l’Elysée, un bouffi d’orgueil, un prétentieux qui n’aime pas son pays.
Quand je pense à tous ces architectes des bâtiments de France qui nous interdisent la moindre innovation, au nom du passéisme obligatoire, toujours et partout…
Ils sont vraiment des emm….dans certaines communes.