[UNE PROF EN FRANCE] Ces profs stars des réseaux sociaux et leurs communautés
Je crois que tout le monde s’est ligué pour me contrarier…
Les algorithmes ont dû comprendre que j’étais enseignante et me bombardent de vidéos éducatives. Je ne savais pas que tant de collègues perdaient leur temps à faire du contenu sur les réseaux sociaux ! Mais cela en dit long sur la situation générale.
Les institutrices-influenceuses béates
Elles « partagent » leur vie de maîtresse en se mettant en scène dans leur salle de classe, voire pendant leurs cours. On suit ainsi les aventures de « maîtresse-frisettes », ou de « maîtresse_ade » qui n’ont de cesse de partager avec leur communauté leurs astuces pédagogiques et leur matériel. Les collègues s’ébahissent en commentaires et crient leur admiration, dans un joyeux jeu de massacre orthographique : « Bonjour tu la acheter où ton timer stp ? », « je vais reprendre les idées, merci, ça sera utiles pour mes élèves en bac pro », « j’adore la télécommande…ou l’as tu trouvé ? » Les méthodes de gestion de classe utilisées par cette enseignante sont dégoulinantes de bienveillante douceur : une petite sonnette de comptoir pour indiquer aux élèves qu’ils font trop de bruit en activités, une petite musique pour leur indiquer quand ils doivent ranger leurs affaires… Pour autant, ce n’est jamais suffisant : ainsi, une commentatrice « trouve que ça fait dressage d’animaux. Avec les conséquences. »
Mes préférées, sur Instagram ? @laviedenseignante avec sa chanson sur les conjugaisons, aux paroles et à la mélodie approximatives : « Les verbes du 2è groupe ont un infinitif en IR. Oui mais c’est pas tout maîtresse, oui mais c’est pas tout maîtresse ! Ils se finissent ISSONS à nous au présent. Oui mais c’est pas tout maîtresse, oui mais c’est pas tout maîtresse ! Je c’est IS, tu c’est IS, il elle IT. Oui mais c’est pas tout maîtresse, oui mais c’est pas tout maîtresse ! Nous iSSONS, vous ISSEZ, ils elles ISSENT. Voilà c’est tout maîtresse ! » Vous imaginez bien qu’elle se trémousse en même temps devant la caméra.
Mon podium
Médaille de Bronze : @le_coeur_en_classe, qui danse et chante aussi les conjugaisons. Les commentaires sont dithyrambiques. Tout le monde la félicite pour sa pédagogie. C’est si gai, si frais ! Ses élèves ont tant de chance !
Médaille d’argent : @lucas_maths4, un professeur de maths à la virilité épanouie suivi par plus d’un million de personnes sur TikTok et par 665.000 sur Instagram. Lui aussi se met en scène avec ou sans élèves. Pour fêter son million d’abonnés sur TikTok, il a chanté un rap écrit par des élèves, sur l’air de Bande organisée, si je ne m’abuse : « Des carrières j’en éteins plus d’une, Yvan reste bloqué sur YouTube, si tu veux pas aggraver ton cas, viens faire un tour chez Lucas, tous les vendredis c’est DS et comme j’le dis c’est la hess, les notes elles sont KO comme le crâne à Sako. » Plusieurs vidéos faisant entre 100.000 et 300.000 mettent clairement en scène des élèves dans le rôle d’interlocuteur. On est en plein dans la « société du spectacle ».
Médaille d’or : @n_priscilla. Sa vidéo « Je, tu, il ou elle, on les appelle les pronoms personnels », qu’elle chante et danse, est en passe de devenir légendaire. Elle fait 333.000 sur Instagram et 5,8 millions de vues sur TikTok, ce qui a dû lui rapporter à peu près 5.000 euros. Pour une seule vidéo. C’est bien plus rentable que de faire des cours classiques. Je ne sais pas si elle en reverse un pourcentage à ses élèves…
Le camp pédago-niais
De l’autre côté, deux camps s’affrontent dans les commentaires, avec une nette victoire, toutefois, du camp pédago-niais. Les autres ne perdent pas leur temps à laisser des commentaires sur ce genre de vidéo, ou restent par prudence sous les radars de peur d’être traités de crypto-fascistes s’ils émettent des doutes sur la pertinence de ces délires pédagogiques.
Certains internautes sont d’une rare agressivité envers tous les défenseurs de l’exigence et de la sélection. Une institutrice se filme - encore une fois - avec ses élèves de primaire. Elle leur pose cette question : « Ludo a 5 ans de plus que son frère Tim. Tim a 37 ans. Quel âge a Ludo ? » Aucun élève ne trouve. Ils proposent des nombres aléatoires : 10 ans, 27 ans… La logique mathématique simple de l’opération ne semble pas leur apparaître, malgré les grimaces de la maîtresse et son insistance sur l’énoncé « 5 ans de PLUS ». Mais dans les commentaires, voici ce qu’on trouve : « Un énoncé compliqué, tellement loin des intérêts des enfants de cet âge… si aucun enfant ne comprend ni ne trouve la solution… c’est peut-être qu’il y a un problème d’énoncé, non ? Ils ne sont pas tous idiots, quand même. » « C’est tellement dommage de ne pas procéder à d’autres méthodes que les énoncés verbales ou écrites (sic)… Triste monde. Les pauvres loulous ils devaient être tellement mal. » Voilà voilà…
Allez, je vais à mon cours de zumba pour préparer la rentrée !
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47 commentaires
Je suis enseignant et je signale que l’on trouve quand même sur internet de très bonnes vidéos de cours de physique (ma matière ) destinées à des élèves de classes préparatoires (math sup et math spé).
Pour le reste, j’aimerais que l’on arrête de laisser croire aux enfants que l’on peut tout apprendre en s’amusant. Dans tous les cas il faut de la concentration et des efforts.