[UNE PROF EN FRANCE] Ces profs stars des réseaux sociaux et leurs communautés

Je ne savais pas que tant de collègues perdaient leur temps à faire du contenu sur les réseaux sociaux ! Cela en dit long sur la situation générale.
Photo de dole777sur Unsplash
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Je crois que tout le monde s’est ligué pour me contrarier…

Les algorithmes ont dû comprendre que j’étais enseignante et me bombardent de vidéos éducatives. Je ne savais pas que tant de collègues perdaient leur temps à faire du contenu sur les réseaux sociaux ! Mais cela en dit long sur la situation générale.

Les institutrices-influenceuses béates

Elles « partagent » leur vie de maîtresse en se mettant en scène dans leur salle de classe, voire pendant leurs cours. On suit ainsi les aventures de « maîtresse-frisettes », ou de « maîtresse_ade » qui n’ont de cesse de partager avec leur communauté leurs astuces pédagogiques et leur matériel. Les collègues s’ébahissent en commentaires et crient leur admiration, dans un joyeux jeu de massacre orthographique : « Bonjour tu la acheter où ton timer stp ? », « je vais reprendre les idées, merci, ça sera utiles pour mes élèves en bac pro », « j’adore la télécommande…ou l’as tu trouvé ? » Les méthodes de gestion de classe utilisées par cette enseignante sont dégoulinantes de bienveillante douceur : une petite sonnette de comptoir pour indiquer aux élèves qu’ils font trop de bruit en activités, une petite musique pour leur indiquer quand ils doivent ranger leurs affaires… Pour autant, ce n’est jamais suffisant : ainsi, une commentatrice « trouve que ça fait dressage d’animaux. Avec les conséquences. »

Mes préférées, sur Instagram ? @laviedenseignante avec sa chanson sur les conjugaisons, aux paroles et à la mélodie approximatives : « Les verbes du 2è groupe ont un infinitif en IR. Oui mais c’est pas tout maîtresse, oui mais c’est pas tout maîtresse ! Ils se finissent ISSONS à nous au présent. Oui mais c’est pas tout maîtresse, oui mais c’est pas tout maîtresse ! Je c’est IS, tu c’est IS, il elle IT. Oui mais c’est pas tout maîtresse, oui mais c’est pas tout maîtresse ! Nous iSSONS, vous ISSEZ, ils elles ISSENT. Voilà c’est tout maîtresse ! » Vous imaginez bien qu’elle se trémousse en même temps devant la caméra.

Mon podium

Médaille de Bronze : @le_coeur_en_classe, qui danse et chante aussi les conjugaisons. Les commentaires sont dithyrambiques. Tout le monde la félicite pour sa pédagogie. C’est si gai, si frais ! Ses élèves ont tant de chance !

Médaille d’argent : @lucas_maths4, un professeur de maths à la virilité épanouie suivi par plus d’un million de personnes sur TikTok et par 665.000 sur Instagram. Lui aussi se met en scène avec ou sans élèves. Pour fêter son million d’abonnés sur TikTok, il a chanté un rap écrit par des élèves, sur l’air de Bande organisée, si je ne m’abuse : « Des carrières j’en éteins plus d’une, Yvan reste bloqué sur YouTube, si tu veux pas aggraver ton cas, viens faire un tour chez Lucas, tous les vendredis c’est DS et comme j’le dis c’est la hess, les notes elles sont KO comme le crâne à Sako. » Plusieurs vidéos faisant entre 100.000 et 300.000 mettent clairement en scène des élèves dans le rôle d’interlocuteur. On est en plein dans la « société du spectacle ».

Médaille d’or : @n_priscilla. Sa vidéo « Je, tu, il ou elle, on les appelle les pronoms personnels », qu’elle chante et danse, est en passe de devenir légendaire. Elle fait 333.000 sur Instagram et 5,8 millions de vues sur TikTok, ce qui a dû lui rapporter à peu près 5.000 euros. Pour une seule vidéo. C’est bien plus rentable que de faire des cours classiques. Je ne sais pas si elle en reverse un pourcentage à ses élèves…

Le camp pédago-niais

De l’autre côté, deux camps s’affrontent dans les commentaires, avec une nette victoire, toutefois, du camp pédago-niais. Les autres ne perdent pas leur temps à laisser des commentaires sur ce genre de vidéo, ou restent par prudence sous les radars de peur d’être traités de crypto-fascistes s’ils émettent des doutes sur la pertinence de ces délires pédagogiques.

Certains internautes sont d’une rare agressivité envers tous les défenseurs de l’exigence et de la sélection. Une institutrice se filme - encore une fois - avec ses élèves de primaire. Elle leur pose cette question : « Ludo a 5 ans de plus que son frère Tim. Tim a 37 ans. Quel âge a Ludo ? » Aucun élève ne trouve. Ils proposent des nombres aléatoires : 10 ans, 27 ans… La logique mathématique simple de l’opération ne semble pas leur apparaître, malgré les grimaces de la maîtresse et son insistance sur l’énoncé « 5 ans de PLUS ». Mais dans les commentaires, voici ce qu’on trouve : « Un énoncé compliqué, tellement loin des intérêts des enfants de cet âge… si aucun enfant ne comprend ni ne trouve la solution… c’est peut-être qu’il y a un problème d’énoncé, non ? Ils ne sont pas tous idiots, quand même. » « C’est tellement dommage de ne pas procéder à d’autres méthodes que les énoncés verbales ou écrites (sic)… Triste monde. Les pauvres loulous ils devaient être tellement mal. » Voilà voilà…

Allez, je vais à mon cours de zumba pour préparer la rentrée !

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Virginie Fontcalel
Professeur de Lettres

Vos commentaires

47 commentaires

  1. Depuis 1981 ils ont cassés tous les jouets, l’école est devenu un champs de ruines, Dans les années 1955 à 1960, c’était un autre discours. Ils ne passaient pas leur temps en théorie du genre, éducation sexuelle, en écologie, en wokisme! Leurs priorités c’étaient de faire apprendre à lire, compter, écrire, la géographie, l’histoire de notre pays depuis la nuit des temps, les sciences naturelles. Amère constatation! Mais la faute est peut être dans la chaîne au dessus d’eux, ces fonctionnaires que Nicolas paient mieux que les profs et qui mettent leurs grains de sel partout. Tous ces jeunes qui tuent, harcèlent? Notre école meurt à petit feu jusqu’à où va-t-elle descendre?

    • Les profs ne sont pas responsables, ils sont victimes de « l’air du temps » C’est l’air qui est vicié !

  2. Bonjour Virginie. Hallucinant .
    J’hésite à vous transmettre mes commentaires par cette voie, l’effort de rédaction n’étant pas toujours récompensé. Tentons.
    En vous lisant, je revoyais mon brave instituteur légèrement bedonnant, revêtu de sa blouse grise ceinturée qui ne laissait paraitre que le col de sa chemise blanche cravatée. Ses seuls outils, la bonhommie de sa voix, son autorité bienfaisante et sa prestance invitant au respect. De simples règles nous conduisaient à retenir l’essentiel. Elles ponctuent toute notre vie. En ce temps là, il était possible de qualifier la prestation de ce « type » d’enseignant : « productif ». Un qualificatif qui n’était pas encore usité. On apprenait. Un verbe nu dans sa simplicité mais qui résume parfaitement le rôle de l’école : instruire l’élève.

    Aujourd’hui , il semblerait que nous soyons dans la forme théâtrale de l’enseignement. Tant par la forme que par le contenu. Une comédie où l’essentiel serait la mise en valeur du comédien, à l’échelle de la classe et du monde. Est-ce la solution de l’avenir ? Les élèves en sont-ils pour autant mieux pénétrés d’instructions ? Il semblerait que non, à observer la qualité de cette enseignante confrontée à une classe de niveau bac. Est-elle en capacités d’apprécier ses élèves à leur juste valeur ? De les pousser dans leurs points forts, de les soutenir dans leurs faiblesses ? Nous en doutons.

    Pour leur défense, il est assuré qu’ils doivent s’adapter à l’éclectisme qui leur est imposé. Des élèves venant d’horizons très diverses, aux formations élémentaires peu contrôlées. Ce qui n’existait pas, avant, milieu homogène. Dans le monde industriel il nous est rétorqué face aux difficultés rencontrées dans la gestion de la main-d’œuvre, « faites avec ce que vous avez » . Il est indispensable de disposer d’une riche palette de ressources. Les enseignants en sont-ils solidement dotés ?

    Virginie, je dois cesser malgré les commentaires qui se bousculent . Bonne semaine et surtout, restez vigilante.

  3. « La fabrique du crétin », ouvrage de Jean-Paul Brighelli. Au vu de cet article, on comprend le pourquoi du titre…

  4. Attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Le partage d’expériences est, en soi, une très bonne chose, et pourquoi pas via les réseaux sociaux. Mais pour que la qualité soit au RdV, cela demanderait à être un peu organisé. N’y-a-t-il personne dans les diverses académies pour s’y essayer ?

  5. Peut être que le jour où les fonctionnaires, quelque soit leur grade, comprendront qu’ils ont des devoirs et pas que des droits, dont celui d’être responsables de leurs actes envers l’état, alors la France pourra se relever. Mais, il est sûr qu’avec près d’un demi siècle où l’on n’a cessé de montrer du doigt ceux qui voulaient faire leur boulot et encouragé les flatteurs, le changement d’esprit risque de prendre beaucoup de temps, à moins qu’un chef ne se lève.

  6. Finalement, plus ils sont d’une nullité crasse, plus ils ont envie de le faire savoir à la terre entière (sans se rendre compte qu’ils sont d’une nullité crasse). En fait, c’est le principe même des réseaux sociaux ; peut-être pensent-ils que justement, plus ils seront connus, plus leur bêtise tendra à diminuer ; je les rassure tout de suite, ils se trompent. Pour nous consoler un peu (mais peut-être pas), de mon temps (bac en 1979), dans un lycée public d’une banlieue favorisée, parmi tous les profs que j’ai pu avoir entre la 6e et la Terminale, seuls 3 ou 4 vraiment de bons profs (techniquement et pédagogiquement) ; pour les autres, ça allait de « correct » à vraiment nuls.

    • Aucun parent ne réagit et ne s’oppose à ce que la voix et les réponses de son enfant soient postés sur des réseaux ouverts et diffusées auprès de millions de personnes ? Je ne sais même pas si on a pris la peine de les informer… Ils ont sûrement signé le fameux droit à l’image en début d’année et puis on doit leur dire qu’on ne voit pas leur visage et que tout cela est bien innocent..

      • A mon humble avis ( mais je suis un très vieux ), je crois que les « réseaux » sont une
        vraie cata pour l’avenir de nos enfants et de la société en général, mais quand on s’en
        apercevra, il sera trop tard ! Mais que faire contre ce qu’on appelle (à tort) le progrès ?

  7. Ce n’est pas ce genre de démonstration et d exhibition qui va renforcer le peu d autorité des profs. Ils se plaignent de l absence de respect des élèves et de leurs parents mais ils continuent malgré tout à creuser leur tombe. Voilà où conduit la bêtise au service d une idéologie.

  8. Ils ne savent plus quoi faire pour capter l’attention des enfants tellement ceux-ci sont incapables de réfléchir et se concenter… Tout par la facilité !
    Malgré tout, il faut rendre un certain hommage à ces enseignants si ils le font par conscience professionnelle… à moins que ce ne soit pour faire des  » likes  » et là c’est bcp moins glorieux !

  9. Pour une fois , je ne partage pas votre avis …et c’est rare. LEe-learning est une des tendances lourdes qui a précédé le developpement de l’IA et désolé de vous l’apprendre mais dans l’armée et ses commandos lorsqu’on veut être sûr que chacun retiendra la part de la mission qui repose sur ses épaules , on lui fait mémoriser par un chant dont la mélodie est tres simple.
    Et puis si c’est la seule façon de faire rentrer la regle d’accord du participe passé avec le verbe avoir dans le crâne de nos bambins …qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse ….!

    • Bien sûr, la chanson, la mélodie, le fait d’impliquer le chant dans le corps soutient la mémorisation. Mais il n’est pas nécessaire de se trémousser de façon un peu ridicule devant une caméra, de publier l’intimité de la classe sur des réseaux non sécurisés, de supprimer la spontanéité en transformant tout en spectacle. Je ne suis pas sûre que des élèves qui se savent enregistrés soient parfaitement naturels. Un élève timide qui a déjà du mal à intervenir en temps normal le fait-il s’il est diffusé auprès de 5 millions de personnes ? C’est vertigineux. La première base de l’enseignement, c’est la confiance. Dès qu’un téléphone relié à des réseaux comme tiktok entre en scène, je ne suis pas sûre qu’on puisse parler de confiance.

  10. C’est tellement ça, un ami inspecteur va inspecter un prof des écoles qui écrit paraplui alors mon ami lui dit : « vous ne pensez pas qu’il faut mettre un e à parapluie ? » et l’autre de répondre ah ! bon, tu crois ? mais il aurait pu en écrire un livre. Il avait mis au point une méthode de lecture sur disquette où une petite souris expliquait son histoire, les profs n’en voulaient pas parce que c’était sexiste, oui une petite souris c’est féminin et quand il demandait si les profs l’avaient visionnée, ils répondaient que non donc ils parlaient de ce qu’ils ne connaissaient pas, mais un syndicaliste avaient du faire courir le bruit.

  11. Je me posais une question accessoire sur ces vidéos : les enfants ont-ils le visage flouté s’il apparaissent dessus ? Quid du droit à l’image ?

    • Pathétique tant de la part des enseignants qui ne sont vraiment pas débordés de travail à l’école que des debiles qui s’extasient devant une pédagogie aussi ringarde
      Pas étonnant que le niveau des élèves soit si bas

    • Presque 100% des parents signent presque mécaniquement en début d’année le petit papier qui donne le droit aux écoles de filmer et enregistrer les élèves. C’est ça qui permet les fameuses photos de classe. En 20 de carrière dans l’enseignement, je n’ai eu qu’une élève dont les parents avaient refusé de signer ce papier, et qui n’a pas fait la photo de classe. Très honnêtement on le fait signer de façon systématique, on archive le document et on ne le consulte jamais, ni pendant les sorties ni pendant les voyages scolaires…
      Mais sur les réseaux en général on ne voit que les maîtresses ou les professeurs, les élèves ne sont pas filmés, on entend juste leur voix. Mais en général on sait de quelle école il s’agit et de quelle classe. Parce que à côté des vidéos il y a aussi les blogs et autres joyeusetés.

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