À chaque événement, krach boursier, pandémie covidienne et attentats islamistes à répétition, on entend toujours la même antienne : « Désormais, plus rien ne sera jamais comme avant. » Un an après la décapitation de Samuel Paty par un immigré tchétchène, devant le lycée de Conflans-Sainte-Honorine, où il enseignait, rien n’a finalement changé, à en croire ce sondage de l’Ifop, commandité par l’hebdomadaire Marianne.

Cette enquête effectuée sur un échantillon 1014 Français, âgés de dix-huit à trente ans, donne des résultats pour le moins contrastés. En effet, si près de 80% des sondés condamnent cet acte, il en reste 20% à le comprendre ou à demeurer indifférents. Soit un Français sur cinq ; ce qui n’est pas mince. À propos de cette frange de la population, Frédéric Dabi, directeur général de l’institut de sondage en question, remarque : « Entre les jeunes et les moins jeunes, on ne peut pas parler d’un conflit, mais plutôt de deux blocs hermétiques l’un à l’autre, qui ne se parlent pas, ne se comprennent pas, ne mettent pas les mêmes définitions derrière les mêmes mots “blasphème”, “laïcité”. »

Est-ce à dire qu’il y aurait un retour du religieux chez les jeunes générations, de confession musulmane ou pas ? C’est à croire. Ainsi, 28% des sondés estiment que « la religion représente quelque chose de très important dans la vie quotidienne », tandis qu’ils sont 25% à affirmer que « les normes et les règles édictées par la religion sont plus importantes que la loi de la République. »

Voilà qui appelle au moins deux remarques. La première est que le retour du religieux dans la vie publique n’a rien d’une simple vue de l’esprit. Et ne touche pas que les seuls musulmans, ayant largement démontré qu’en France, le catholicisme militant n’était pas que rebut destiné aux musées. La seconde, c’est qu’à l’instar d’une Marion Maréchal, évoquant « une génération un peu saoulée par les valeurs de la République », le moulin à prières laïc, pour ne pas dire laïciste, commence à connaître quelques ratés dans le moteur.

Rien que de très logique, finalement. Pour un catholique, le message christique sera toujours, par essence, supérieur aux évangiles macroniens. Pour nos compatriotes juifs et musulmans, itou : entre Thora, Coran et constitution de la Cinquième république, à quel texte pense-t-on, au moment de rendre l’âme à Dieu, qu’on y croit ou pas ? Poser la question équivaut évidemment à y répondre. De même, le respect de la foi de tout un chacun est au cœur de ce sondage. Là encore, les résultats n’ont rien d’étonnant.

78% des catholiques sont contre les offenses faites aux croyants, dépassés par les musulmans, à hauteur de 85%. Fait notoire et méritant d’être noté, 67% des non-croyants sont du même avis. D’où l’embarras de Marianne de trop commenter ce sondage, ce journal se voulant à l’avant-garde du combat pour la laïcité républicaine. Et puis, l’autre non-dit, c’est . Un journal qui, des décennies durant, a vomi sur le catholicisme, avant de se risquer à faire de même sur l’islam. Avec cette première confession, il ne risquait que de simples procès ; avec la seconde, ce fut la tuerie qu’on sait, certes condamnée par les Français de religion musulmane, tandis que leurs compatriotes catholiques ne savaient plus bien sur quel pied danser. Il fut donc asséné à tous qu’il fallait à tout prix être Charlie, tandis qu’un Manuel Valls, Premier ministre de l’époque, voulait mettre un Dieudonné en prison, au motif que cet humoriste se prenait pour un politique. Soit un reproche qu’on pourrait aussi faire à , et à son directeur d’alors, Philippe Val, passé sans la moindre pudeur, de l’extrême gauche au néo conservatisme américain. Bref, pour la vox populi des banlieues, il y avait deux poids deux mesures, sentiment partagé par nombre de catholiques, soit dit en passant.

C’est aussi peut-être à cette aune qu’il convient de réfléchir aux résultats de ce sondage.

15 octobre 2021

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