La France compte, aujourd’hui, près de 68 millions d’habitants, quand nous étions 50 millions sous Pompidou, et l’INSEE prévoit que notre pays pourrait franchir le seuil des 75 millions en 2060. Pour loger tout ce monde, très schématiquement, il n’y a pas trente-six solutions : il faut soit empiler, soit étaler. Emmanuelle Wargon, le ministre du Logement, a fait son choix : pour elle, la maison individuelle est un « non-sens écologique, économique et social ». Rien que ça. C’est, en tout cas, ce qu’elle a déclaré, le 14 octobre, dans son discours en clôture de la concertation sur le sujet « Habiter la ville de demain ». Pour celle qui, selon Le Figaro, habite une « villa cossue » à Saint-Mandé, le modèle du pavillon avec jardin n’est « plus soutenable » et mène à « une impasse » car il relève d’« un fonctionnement urbain dépendant de plus en plus de la voiture individuelle ».

Pas faux. Gentrification des grands centres urbains aidant, les classes moyennes se sont vues, génération après génération, refoulées dans les périphéries et confins de périphéries et condamnées à prendre leur automobile et/ou les en commun comme le RER, en région parisienne, pour aller bosser, faire ses courses ou se distraire. Mais l’on pourrait évoquer aussi l’exode de ces classes populaires qui, décidément, ne comprennent rien à rien et qui ont quitté leur banlieue, préférant égoïstement les joies du barbecue dans un coin tranquille à celles du vivre ensemble dans les cages d’escalier pourtant repeintes à neuf grâce à la de la ville. Tout cela a sans doute contribué à la multiplication du modèle pavillonnaire. « Un modèle derrière nous », dit le ministre. Sauf qu’ils sont quand même quelques dizaines de millions à se satisfaire de ce modèle rétrograde et passéiste. Ainsi, en 2018, BFM TV relayait une étude de l’INSEE : 68 % des Français vivraient en maison. La moyenne européenne est de 57,2 %, mais les pays du Nord nous dépassent. Le record – on s’en serait douté ! – est détenu par les Grands-Bretons : 85 % ! Les Français veulent vivre en maison. Le ministre lui-même le reconnaît, puisqu’il avance ce chiffre : c’est le vœu de 75 % de nos compatriotes.

« Non-sens écologique, économique et social ». On va donc en finir avec ces bordures de rosiers et la cabane qui n’est pas forcément au fond du jardin. Mettez-moi tout ce monde en caserne ! J’exagère. Car Emmanuelle Wargon est de la trempe des technocrates qui veulent le bonheur des gens et qui, surtout, savent ce qui est bon pour eux. Ainsi, rapporte La Tribune, « Emmanuelle Wargon espère voir fleurir des logements collectifs qui renouent avec « l’intensité heureuse ». » Cela est joliment dit mais fiche un peu la trouille quand même. Remarquez, elle a employé le mot « intensité » ; on a échappé à « concentration ». Déjà connue comme celle qui veut du « logement partout » et convaincue que « les gens sont en demande de mixité sociale », Emmanuelle Wargon va-t-elle partir en croisade contre les nains de jardin, symbole de l’égoïsme petit-bourgeois français ? L’éventuelle réélection d’ s’annonce comme une promesse de félicité « achélèmesque » (HLM) partout dans le pays.

Pour ceux qui s’inquiéteraient du risque de surpopulation de notre pays, quelques chiffres, quand même, histoire de remettre les choses en place. La densité de notre pays est de 105 habitants au kilomètre carré, contre 233 pour l’Allemagne (l’Allemagne, c’est bien !) et… 6.763 pour Hong Kong !

Espérons, en tout cas, que la folie écologique n’ira pas jusqu’à cette idée lancée dernièrement par une chercheuse allemande lors d’un séminaire organisé par le Bureau européen de l’environnement : « Limiter à 14 mètres carrés minimum à 20 mètres carrés maximum pour une personne seule et 40 à 80 mètres carrés pour un ménage de 4 personnes. » Ce serait quand même dommage qu’Emmanuelle Wargon soit obligée de quitter sa belle villa à cause de normes draconiennes.

 

15 octobre 2021

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