C’est la question posée par une récente analyse publiée par l’Observatoire du journalisme (OJIM), qui envisage la possibilité d’une « candidature de salut public » destinée à doubler sur sa droite.

Tout indique, en effet, que le Mai 68 rampant observé aux États-Unis est habilement orchestré sur fond de dépression nerveuse collective causée par la peur d’une apocalypse sanitaire, ceci afin de servir de faux arguments à Trump (« Biden, candidat du chaos antiaméricain »), Trump s’épuisant sur le « gauchisme » des démocrates, les républicains – encore ! – se fixant sur de nouvelles baisses d’impôts.

C’est un piège. Car l’Amérique n’a plus peur du socialisme en ces temps où il est, pour elle, plus important de rester vivant en recevant des subventions que de cultiver sa liberté. Car la liberté demande des efforts.

Tout allait bien, en effet, pour Trump jusqu’à ce qu’il pousse pour la réouverture de l’économie. Tant qu’il confinait, il était perçu comme un leader. Depuis qu’il veut relancer la production, il est perçu grâce aux médias comme un démagogue qui fait passer sa réélection avant l’intérêt du peuple. Et aujourd’hui, l’intérêt, c’est de ne pas mourir, et c’est de ne pas lutter dans des débats horriblement clivants. L’intérêt, c’est simplement de retourner à « avant ». Bref, c’est de revenir à l’époque radieuse où l’Amérique était gouvernée par un anesthésiste en chef qui déconstruisait le pays mais, au moins, sans douleur.

Trump, fabuleusement intuitif, avait pourtant pressenti que le peuple américain atteindrait, un jour, sa date de péremption, qu’il serait, un jour, fatigué. Sa plaisanterie favorite, qui faisait la joie de la foule de ses meetings 2015-2016, s’énonçait ainsi : « Nous allons gagner, gagner, et encore gagner ! » Il ajoutait ensuite la partie comique : « Et viendra un moment où vous me direz “Assez, Monsieur le Président ! Nous sommes fatigués de gagner !” »

Trump l’insoumis se voit, en l’espace d’un mois, confronté à un peuple qui, majoritairement, est prêt à choisir la soumission pour avoir la paix. Il ne lui reste plus que le soutien des ouvriers redneck (les Blancs pauvres qui n’ont rien à perdre) et les chrétiens sionistes (qui veulent vitrifier l’Iran). Les électeurs indépendants, les femmes blanches des banlieues aisées et les Afro-Américains le lâchent, comme lors des législatives de 2018, les médias faisant porter à Trump le chapeau des désordres sociaux actuels.

Ce serait ainsi à Biden de produire la liste de son futur gouvernement d’union nationale, soigneusement choisi par Barack Obama, afin de projeter l’illusion d’un Biden modéré, qui représente la loi et l’ordre, et surtout ce temps retrouvé où tout était harmonieux et paisible : l’époque Obama. Et ce gouvernement « bipartisan » inclurait alors ces respectables généraux qui viennent d’ouvertement critiquer Trump, allant jusqu’à insinuer que ce dernier a des pulsions césariennes (Trump a évoqué l’appel à l’armée pour suppléer à la police, débordée).

Tel est le sens de l’opération John Bolton, ex-collaborateur de Trump qui passe et repasse sur les médias hostiles à Trump et sur Fox News, pour retourner contre lui une partie de son électorat. Un Trump qui a sérieusement besoin de se renouveler. En 2016, il avait su gérer les angoisses économiques du pays pour se faire élire. Il doit maintenant annihiler cette peur de l’apocalypse cultivée contre lui par la classe des privilégiés. Ses vrais ennemis.

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