Editoriaux - Le débat - Table - 19 janvier 2018

Transhumanisme : des députés LREM veulent censurer le débat !

Vous avez le droit de parler de transhumanisme si vous vous appelez Luc Ferry, qui publia, en 2016, La Révolution transhumaniste. Mais si vous ne portez pas le label de la bien-pensance, vous n’avez le droit que de vous taire.

“Affronter le transhumanisme” : c’est le nom du colloque organisé, le 17 janvier 2018, à l’Assemblée nationale. A priori, pas de quoi fouetter un chat ! Seulement, voilà : ce colloque est tenu à l’initiative de Marie-France Lorho, élue de la Ligue du Sud, fondée par Jacques Bompard. Ce n’est pas tout : parmi les invités ou les modérateurs, on trouve les présidents de la fondation Jérôme-Lejeune, de Choisir la vie, et des journalistes de Valeurs actuelles, d’Action française 2000, de Riposte catholique et de Boulevard Voltaire. Inacceptable, n’est-ce pas ?

La députée LREM Marie-Pierre Rixain, présidente de la Délégation aux droits des femmes, s’insurge. Dans un tweet, elle a demandé l’annulation de ce colloque : “Scandalisée que l’@AssembleeNat où S. #Veil s’est battue pour #l’IVG, ouvre en 2017 ses portes à de telles idées obscurantistes.”

Le président de l’Assemblée nationale, François de Rugy, qui se doit d’être un arbitre, a préféré jouer aux Ponce-Pilate et demandé à Marie-France Lorho de retirer du programme le logo de l’Assemblée nationale : “Cela entretient la confusion”, plaide-t-il, ajoutant : “L’Assemblée n’organise pas cet événement, et ça n’engage que la députée.” La palme revient à Marlène Schiappa qui, répondant à une question au gouvernement, a qualifié ce colloque de “réactionnaire, obscurantiste et moyenâgeux”.

Étrange conception de la liberté d’expression ! À l’Assemblée nationale, on peut parler de tout, à condition de rester dans les normes. Il est vrai que réfléchir à des sujets comme « Qu’est-ce qu’un homme ? », « La valeur de la fragilité » ou « Qu’est-ce que le transhumanisme ? » est intolérable et doit être interdit. Ces réactions montrent le sectarisme de leurs auteurs et le terrorisme intellectuel qu’ils exercent. Les « obscurantistes » ne sont-ils pas ceux qui refusent de réfléchir et restent aveuglément figés dans leurs certitudes et leurs préjugés ?

Quelques associations, de l’Inter-LGBT à SOS Homophobie en passant par le Planning familial, sont venues leur prêter main forte et protester contre la tenue de ce colloque à l’Assemblée nationale, avec des slogans ravissants comme “Mon corps, mon choix et je t’emmerde…” “Manifestation contre un colloque des anti-IVG à l’Assemblée nationale”, titre Libération qui, manifestement, n’a pas lu le programme. Auraient-ils réagi de même pour un colloque sur les études de genre ?

Si beaucoup des participants ne cachent pas leur opposition à l’avortement – est-il interdit de penser qu’il y a des alternatives à cet acte que Simone Veil elle-même qualifiait d’« exception », d’« ultime recours pour des situations sans issue » ? –, le thème du colloque, qui portait sur le « transhumanisme », était beaucoup plus large : ce courant idéologique, qui prétend utiliser les progrès de la science et de la technologie pour transformer l’homme et lui permettre de dépasser ses limites biologiques, méritait bien d’être l’objet d’un débat, alors que débutent les États généraux de la bioéthique.

Ces états généraux sont censés recueillir les attentes des Français sur les questions soulevées par les évolutions de la recherche scientifique et technologique, ainsi que sur des sujets comme la procréation (PMA, GPA), la fin de vie avec, entre autres, la légalisation de l’euthanasie. Le colloque organisé par Marie-France Lorho entrait tout à fait dans ce cadre. Mais, comme elle est réputée d’extrême droite, elle n’a pas le droit d’inviter à réfléchir à ces questions fondamentales pour l’avenir de l’humanité !

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