Eh bien voilà. Ce n’était pas plus difficile que cela. Cette fois, ça y est : la souris a accouché de sa montagne. Le très énigmatique secret de Polichinelle qui couvrait depuis six ans d’un manteau de plus en plus troué de silences, d’à-peu-près et de mensonges une suite d’agissements préjudiciables à l’intérêt public et favorables à un particulier est à présent étalé au grand jour. Il suffisait d’y penser, ou plutôt de traduire une pensée élémentaire en actes : rien de tel que les bonnes vieilles méthodes pour rendre la mémoire à ceux qui croyaient l’avoir perdue. Une garde à vue un peu prolongée, un interrogatoire un peu insistant, une inculpation à la fois « infamante et grotesque » et les bouches les mieux closes s’ouvrent enfin.

La distribution des rôles, les dates, les faits, tout est désormais à peu près clair. Le 24 (ou le 25) juillet 2007, , secrétaire général de la présidence de la République et François Pérol, secrétaire général adjoint, convoquent à l’Élysée Stéphane Richard, alors directeur de cabinet du ministre des Finances, et Jean-François Rocchi, alors président du Consortium de réalisation du Crédit lyonnais et leur font part des décisions prises au sommet de l’État, qui deviennent ipso facto des instructions pour ses serviteurs. Dans l’affaire Tapie contre Crédit lyonnais, l’État opte pour l’arbitrage, un arbitrage dont le montant sera fixé par une Commission dont la composition, encore à déterminer, devait être entérinée par les deux parties. Au fait, , le plus intéressé dans cette affaire, était présent à cette réunion. Nous allions l’oublier, tout comme Tapie lui-même qui ne faisait pas difficulté, dans une interview accordée hier au Figaro, d’admettre que si les personnes alors présentes l’affirmaient, bien qu’il n’en eût personnellement aucun souvenir, elles devaient avoir raison.

La suite est connue. Tandis que et Christine Lagarde, successifs patrons de Bercy, prenaient bien soin de ne pas être mêlés à cette magouille d’État et laissaient leurs subordonnés se salir les mains tout comme ils les ont laissés depuis porter le chapeau, l’affaire était rondement menée et, en juillet 2008, Bernard Tapie touchait un gros lot qui ne devait rien au hasard.

Il appartient maintenant au gouvernement socialiste de décider si, comme il semble, il punit les exécutants pour les fautes qu’ils ont commises sur ordre et il reviendra à la de dire si l’arbitrage rendu était délictueux ou au moins entaché de graves irrégularités, de qui était composée la fameuse « bande organisée » et si elle a réellement commis une « escroquerie ».

Pour ce qui est du supposé donneur d’ordre suprême, il restait dans le cadre de ses prérogatives régaliennes en optant pour une solution dont tout indique qu’elle a fait tort à l’État au profit de son bénéficiaire, mais dont rien ne permet de prouver qu’il ne la considérait pas personnellement comme la meilleure. Judiciairement parlant, ne risque donc rien, sauf à supposer qu’il y aurait eu un intérêt personnel, je veux dire financier, ce que rien n’accrédite à ce jour. Quant aux autres protagonistes de cette affaire, ceux dont le seul crime est de lui avoir obéi, ils paieront les pots cassés, mais ne gagneraient rien à le charger. Sur les plans et moral, en revanche, la mise en évidence de la complicité entre le président sortant et le prédateur sans scrupules ajoute au curriculum vitae de Nicolas Sarkozy une ligne dont il se passerait sans doute volontiers.

Quoi qu’il en soit, la vérité que chacun faisait mine de chercher à grands cris sort de son puits toute nue et toute mouillée. Beaucoup, sans doute, ne souhaiteraient qu’une chose : qu’elle aille au plus vite se rhabiller.

14 juin 2013

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