Culture - Editoriaux - International - 17 septembre 2013

Pour s’en sortir, l’Espagne mise sur le shit

Irun est une ville espagnole frontalière, toute proche puisque seule la Bidassoa la sépare d’Hendaye, ville française. Samedi dernier, le 14 septembre, s’y tenait Expo Grow, l’une des nombreuses « Ferias cannabiques » qui se déroulent désormais chaque année chez notre voisin espagnol.

Il apparaît en effet que l’Espagne, malade de la crise et de l’éclatement du marché de l’immobilier sur lequel elle voguait depuis des décennies, a décidé de troquer la bulle contre les volutes. Tant qu’à travailler sur du vent, celui-ci, au moins, est parfumé.

Renvoyés dans les cordes, les Bataves peuvent en prendre de la graine et de la bonne : l’Espagne est devenue le paradis du joint. Et pas seulement parce que tous les « go-fast » européens remontant du Maroc traversent la Péninsule et la France avec leurs bolides. Non, l’Espagne est aujourd’hui le pays où fleurissent les « Cannabis cups et férias cannabiques » comme se multiplient chez nous les Journées des plantes, à Courson ou ailleurs.

Citons la Bella flor à Malaga, la Cannabis Cup organisée par l’association THC à Valence et sa cousine la Cannarias Cannabis Cup dans les îles Canaries. Ajoutons le Festival Mallorcannabis à Alaro, dans les îles Baléares, l’Expo grow à Irun ce week-end et Expocannabis dans quelques semaines à Madrid. Toutes ces manifestations culminant avec le Woodstock du genre : « Spannabis de Barcelona », en février de chaque année. Il s’agit, nous assure-t-on, de « l’un des plus grands salons cannabiques européens, encouragé par le dynamisme de la région catalane et de sa capitale Barcelone ». Salon qui se clôt sur la finale de la Cannabis Champions Cup qui « récompense les meilleurs échantillons dans les catégories suivantes : intérieur bio, intérieur hydro, extérieur, et résine de cannabis ». À l’heure où fait rage une concurrence effrénée sur l’huile d’olive, d’autres récompensent la meilleure extraction : « extraction (hash), et extraction BHO (huile) ». D’autres encore réservent la compétition aux « femmes cultivatrices ».

Au fait, un séminaire « Joint et parité », ça vous dirait ? On se gratte la tête. On pourrait surtout réfléchir à « L’Europe du joint », car franchement, dans quelle pseudo « Union » européenne vivons-nous ? À quoi rime de dépenser ici des milliards dans la lutte contre le trafic quand, à 200 mètres au-delà de la frontière (Irun), se tient sous notre nez une foire du cannabis ?

Faut-il le rappeler : la loi française interdit la production, la détention, la vente et l’usage de stupéfiants. Le simple usage peut conduire à une peine allant jusqu’à un an d’emprisonnement et une amende allant jusqu’à 3.750 euros. Quant au trafic, il peut conduire à la réclusion criminelle à perpétuité et 7,5 millions d’euros d’amende. En France, est considérée comme producteur de cannabis toute personne qui « possède ou s’occupe régulièrement d’une plante, mâle ou femelle ». Ce qui peut coûter trois ans de prison et jusqu’à 50.000 euros d’amende.

Samedi dernier, il suffisait de passer le pont sur la Bidassoa et l’on pouvait acheter tout le matériel nécessaire à la culture et les meilleures graines du marché. Vive l’Europe !

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