La , la vraie droite, la droite droite, bien élevée et silencieuse, ressemble à une héroïne balzacienne. Les mains sur les genoux, la tête penchée, assise sur un coquet magot, jolie fleur commençant, avec le temps, à légèrement monter en graine, elle est un cœur à prendre. Un cœur pur et entier, prêt à aimer, mais un cœur inquiet, un peu vacciné, tant on l’a courtisée puis abandonnée.

Voici donc, depuis hier, un nouveau chevalier servant : lance Les Populaires. Jadis, avec la Droite forte, il montrait ses biceps. Il exhibe aujourd’hui ses sabots. Son béret. Peut esquisser, si l’on veut, la danse des canards, du moins le suppose-t-on. Il explique, sur , que “la droite s’est perdue parce qu’elle s’est embourgeoisée”. C’est bien vrai. Qu’elle est “incapable de parler à des pans entiers de la française” parce qu’elle est “enfermée dans un discours élitiste, soumise à la religion du libre échange”, bien envoyé ! “La question, c’est le peuple, le monde rural, ceux qu’on n’écoute jamais, la droite retrouvera sa fierté avec l’ensemble de ses patriotes” […]. Ça, c’est parler. Tout cela fleure bon le terroir et l’honneur enfin lavé. Il dénonce la grande distribution, les exilés fiscaux. La vraie droite est ravie, alanguie, presque conquise. Ces accents poujadistes finissent de la charmer.

Et puis patratas, le beau Guillaume se prend les pieds dans le tapis : “Quand on évoque un rapprochement entre la droite et le , [il] est formel : “Je ne crois pas à cette idée d’union des droites”.” Saperlipopette, ne comprend-il pas que sa belle aspire à changer radicalement de paradigme, qu’elle ne veut plus, pour reprendre une terminologie de travaux publics à la mode, que l’on jette des ponts à et monte des murs à droite, mais tout l’inverse ? Sur la PMA, “tout ce qui s’approche d’un esprit de marchandisation le dérange. Il considère qu’un enfant a le droit à un père et une mère”, fort bien, mais il veut “prouver […] une distance avec le mouvement de “Je considère que la vision moralisatrice du monde est une erreur”, “Je ne veux pas d’une droite enfermée dans le conservatisme moral”. Nom d’un petit bonhomme, il faut vraiment ne rien avoir compris au film pour paraphraser Cohn-Bendit ! Son champion, Laurent Wauquiez, vient d’ailleurs de l’avouer : il n’est plus si déterminé à revenir sur le mariage gay. La vraie droite a de quoi tourner neurasthénique : après Pécresse et Copé, encore un mentor de la droite gaullienne qui rejoint la droite éolienne. Plus de droite de conviction mais une droite de maquignons, qui soupèse les intérêts électoraux, comme une bourse remplie d’or, de telle ou telle position. Un mauvais maquignon, d’ailleurs, car la cynique vérité force à dire que la droite étiquetée « dure » est une niche commerciale, quand le créneau mou a déjà été raflé par Macron et que l’on ne peut être 25 sur le même segment.

Oui, comme La Vieille Fille de Balzac, la vraie droite est riche d’espérances pour qui saura la conquérir. Sauf que, précisément, elle ne veut pas du destin de la naïve Rose Cormon, et se laisser passer la bague au doigt par un beau parleur qui se révélera in fine impuissant. On dit que Laurent Wauquiez faiblissant, Julien Aubert, fringant comme un jeune lieutenant au franc parler rafraîchissant – “Il faut arrêter de caricaturer Sens commun, ce ne sont pas des croisés de l’an 1000”, “Nous devons abroger la loi Taubira” ou, à propos de Colbert, “Ayons le “cran” de nous opposer à tous ceux qui veulent effacer notre histoire” -, pourrait rafler la mise à la hussarde sur la dernière ligne… droite. Sauf que la petite a perdu de sa candeur. Il faudra qu’il donne beaucoup de preuves d’amour indéfectible pour qu’elle se laisse amadouer.

20 septembre 2017

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