La pluie de roses du Panthéon, le petit miracle de la Pentecôte romaine

Temple antique devenu basilique chrétienne, le Panthéon incarne près de deux mille ans d'Histoire.
Le Panthéon (Rome)
Ank Kumar, CC BY-SA 4.0 , via Wikimedia Commons

Chaque année, lors du dimanche de la Pentecôte, le Panthéon de Rome devient le théâtre d’une scène aussi ancienne qu’hypnotique. Au terme de la messe célébrée dans la basilique Santa Maria ad Martyres - l’autre nom du Panthéon depuis sa christianisation au VIIe siècle -, des milliers de pétales de roses rouges tombent lentement depuis l’oculus de la coupole, recouvrant peu à peu le marbre froid du monument. Les fidèles réunis pour ce moment unique lèvent ainsi les yeux vers cette ouverture circulaire de neuf mètres de diamètre, tandis que les pétales traversent la lumière dans un instant presque divin. Ce moment, appelé en italien pioggia di petali di rose, attire des Romains, des pèlerins et des visiteurs venus du monde entier admirer l’une des plus belles traditions chrétiennes.

Les origines d’un rite chrétien très ancien

Le cérémonial se répète chaque année. Le matin de la Pentecôte, une grande foule se rassemble très tôt sur la piazza della Rotonda dans l’espoir d’assister à la messe solennelle célébrée dans le Panthéon. La cérémonie commence généralement vers dix heures trente : les chants liturgiques résonnent alors sous l’immense coupole tandis que des pompiers de Rome montent discrètement sur le toit du bâtiment avec des sacs remplis de pétales rouges. Au moment culminant de la célébration, les soldats du feu déversent les pétales à travers l’oculus. Les roses semblent ainsi flotter dans l’air avant de tomber lentement sur les fidèles, offrant un spectacle émouvant et poétique.

Mais la pluie de roses n’est pas qu’un spectacle beau à regarder. Ce rituel est profondément lié à la symbolique chrétienne de la Pentecôte, célébrée cinquante jours après Pâques. Selon les Actes des Apôtres, lors de cet événement, l’Esprit saint descendit sur les disciples du Christ sous la forme de « langues de feu ». Les pétales rouges rappellent ainsi la couleur de ces flammes, mais également le sang du Christ versé pour l’humanité. En tombant depuis le sommet de la coupole, ils symbolisent aussi la descente de l’Esprit saint sur les hommes et la naissance de l’Église chrétienne. Cette même couleur rouge est d’ailleurs portée par les prêtres le jour de la Pentecôte sur leurs chasubles liturgiques.

La tradition remonterait aux premières communautés chrétiennes de Rome. Le site officiel du tourisme romain évoque « une cérémonie vieille de deux mille ans » restaurée dans sa forme actuelle en 1995 après plusieurs années d’interruption. La symbolique du lieu joue également un rôle essentiel. L’oculus du Panthéon, unique ouverture de la coupole, est souvent décrit comme « l’œil du ciel ». Dans l’Antiquité, déjà, cette ouverture reliait symboliquement les hommes aux dieux.

L’histoire du Panthéon

Le Panthéon lui-même, décrit par Stendhal comme « la plus belle relique de l’Antiquité romaine », porte une histoire singulière. Un premier édifice fut construit sous le règne d’Auguste par Marcus Agrippa vers -27 : il fut détruit par plusieurs incendies. Le monument actuel fut rebâti sous l’empereur Hadrien aux alentours de l’an 125 afin de servir de temple aux divinités romaines, comme l’indique encore son nom venant du grec Pantheion, signifiant « de tous les dieux ». Avec son immense coupole de plus de 43 mètres de diamètre, réalisée grâce à un béton dont seuls les Romains antiques maîtrisaient parfaitement la composition, le Panthéon présente une prouesse architecturale exceptionnelle. Pendant près de deux millénaires, cette coupole demeura d’ailleurs la plus grande du monde jamais construite en béton non armé. Son oculus central, unique source de lumière naturelle, donnait également au monument une dimension presque cosmique et sacrée, reliant symboliquement le Ciel et la Terre.

En 609, l’empereur byzantin Phocas offrit finalement le Panthéon au pape Boniface IV, qui le transforma en basilique chrétienne sous le nom de Sainte Marie des Martyrs et y fit transférer des catacombes les corps de nombreux martyrs, au point d’en remplir 28 chariots. Cette conversion permit au monument d’échapper aux destructions qui frappèrent une grande partie des édifices antiques de Rome durant le Moyen Âge. Cependant, durant la Renaissance et l’époque baroque, les choses changèrent et certaines parties de ses ornements furent retirées sur ordre des papes afin d’être réutilisées pour plusieurs constructions du Vatican, notamment le baldaquin de la basilique Saint-Pierre réalisé par Le Bernin. Au XVIIe siècle, ce dernier fit également ajouter deux clochers au sommet de la façade. Jugés disgracieux par les Romains, qui les surnommèrent ironiquement « les oreilles d’âne du Bernin », ils furent finalement retirés à la fin du XIXe siècle, lors des grandes restaurations du monument.

Le Panthéon est enfin l’un des hauts lieux de l’unité nationale italienne. Après l’unification du pays au XIXe siècle, l’édifice fut choisi comme nécropole royale des souverains de la maison de Savoie. Victor-Emmanuel II, premier roi de l’Italie, y fut inhumé en 1878, suivi de son fils Humbert Ier et de la reine Marguerite de Savoie. Le monument abrite aussi la tombe de plusieurs grandes figures artistiques italiennes, dont le peintre Raphaël, mort en 1520, dont l’épitaphe affirme : « Ci-gît Raphaël, qui durant toute sa vie fit craindre à la Nature d'être maîtrisée par lui et, lorsqu'il mourut, de disparaître avec lui. »

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

5 commentaires

  1. par le Puits de Pentecôte la cathédrale de Perpignan a renouvelé cette geste traditionnelle en ce dimanche de Pentecôte lors de la messe présidée par monseigneur Thierry Scherrer évèque de Perpignan-Elne. le « puits » a été rouvert spécialement pour cette fête. Merci à leurs deux initiateurs. Belle pluie de pétale de roses rouges.

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