Patrick Martin est agriculteur à 55 km de Rouen. Comme tant d’autres, son exploitation a été impactée par les conséquences de l’incendie. Ses récoltes sont perdues.
Il est interrogé au micro de Boulevard Voltaire.


Vous êtes agriculteur dans la région de Rouen. Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris l’incendie qui s’est déclaré à l’usine la semaine dernière ?

Je suis agriculteur dans le pays de Bray, entre Neufchâtel-en-Bray et Aumale. J’ai appris l’incendie le matin même par les médias. Compte tenu du classement Seveso du site, nous nous attendions à avoir des retombées. Nous ne pensions cependant pas être touchés sur notre zone. Les vents ont poussé la pollution sur le pays de Bray. J’en fais partie. Je suis donc impacté directement par les retombés des suies.


À combien de kilomètres de Rouen vous trouvez-vous ?

Nous sommes à 55 km de Rouen. Malgré les 55 km qui nous séparent de Rouen, nous sommes tout de même touchés directement. Le maire de ma commune est venu constater les traces de pollution encore visibles à l’œil nu. Nous sommes bel et bien pollués.


Concrètement, quelles traces avez-vous observées ?

Les maïs sont en filets, je n’ai donc rien observé. En revanche, j’ai pu observer des traces sur les bâches en silo blanches. La matière de cette bâche fait que les traces n’ont pas ruisselé. Ces dégâts ont été constatés de façon officielle par quelqu’un de juridiquement compétent.


Quelles sont les conséquences directes pour vous ?

Personnellement, j’avais enfilé mon maïs la semaine dernière. Le maïs est protégé par la bâche.
Nous avons mis les vaches à l’abri afin qu’elles ne puissent plus aller pâturer. Compte tenu de l’épisode de sécheresse que nous avons eu, il n’y a plus grand-chose à pâturer dans les prairies.
D’autre part, 4 hectares de colza fourrager devaient être pâturés dans les semaines à venir. Ces récoltes-là sont perdues. Cet épisode engendre un problème de stock fourragé pour mes animaux pour le courant de l’hiver.


Les informations que vous avez sont-elles cohérentes ?

Au départ, les informations étaient complètement incohérentes. Nous avons constaté les pluies chargées d’hydrocarbures. Nous avons été pris de malaises. J’ai même vomi 3 fois dans la machine. J’ai demandé à mon épouse de rester à la maison. Nous avons protégé tous ce que nous pouvions. Malheureusement, nous n’avions pas d’autre choix que d’aller au travail. Nous avons subi.
Vendredi matin, les pouvoirs publics nous ont communiqué qu’il n’y avait pas de problèmes immédiats sur Rouen.
Je pense qu’ils ont essayé d’occulter cet événement avec le décès de monsieur Chirac, avec tout le respect que je lui dois. En même temps, ils ont communiqué que nous ne pouvions plus récolter. Soit on est pollué, soit on ne l’est pas. Il suffit de déterminer la zone. Il y avait également de sérieuses incohérences sur les zones. Des communes voisines sont impactées et d’autres comme Neufchâtel ne le sont pas. On se demande comment le découpage a été fait.


On a beaucoup reproché aux médias d’en avoir fait beaucoup pour la mort de Jacques Chirac en oubliant totalement l’incendie de Rouen.
Vous êtes-vous senti un peu seul comme beaucoup d’habitants de Rouen ?

L’incendie s’est déclaré la nuit même du décès de monsieur Chirac. Les journalistes ont mis en avant le décès de monsieur Chirac pour des raisons républicaines. Dès le départ, le gouvernement n’a pas communiqué là-dessus. Je suis convaincu que les autorités préfectorales de Seine-Maritime ont fait leur travail. Les répercussions médiatiques au niveau national étaient plutôt tournées sur le décès de monsieur Chirac.