Editoriaux - International - 2 octobre 2019

70 ans de communisme en Chine ? Au-delà des idéologies, le retour des vieilles nations !

La République populaire de Chine fête ses soixante-dix ans de communisme. Le moins qu’on puisse prétendre est que Pékin ne donne pas dans la discrétion, cet empire multimillénaire étalant puissance, économique, géostratégique comme militaire. Et voilà qui, de manière assez prévisible, sème la consternation en nos contrées.

La preuve en est cette déclaration du sinologue François Godement, relayée par Le Figaro : « La démocratisation inéluctable de la Chine est la plus grande illusion de la fin du XXème siècle. » Bref, c’est la fin de la Fin de l’histoire, naguère pronostiquée par Francis Fukuyama, essayiste américain voulant qu’après la chute de l’URSS, le reste de la planète puisse avoir vocation à prendre le virage d’une démocratie libérale et apaisée.

La thèse n’a pas tardé à faire long feu, sachant que nombre de Terriens vomissent le mode de vie occidental et ses déviances sociétales. Ensuite, il y a aussi cécité chez nous : pour les indécrottables couillons de gauche, les nazis sont toujours de retour, tandis que pour leurs éternels homologues de droite, le communisme serait toujours aussi menaçant. Dire qu’il y en a encore qui y croient. C’est à se pendre.

La problématique de l’Empire du Milieu est d’une toute autre nature. Dans les colonnes d’Éléments, notre confrère Slobodan Despot a fort bien résumé la quadrature du cercle rappelant que la Chine est à la fois fille d’Orwell et de Confucius : « La question de la liberté individuelle, ou de la vie privée qui va avec, ici ne se pose guère. La Chine n’a connu ni Aristote, ni Socrate, ni les diatribes de La Boétie contre la servitude volontaire, ni Voltaire, ni Huxley. La Chine vit dans le flux ? Elle voit arriver les phénomènes et s’efforce d’en tirer le meilleur parti, sans à priori ni œillère. C’est ce qui la rend aussi souple et réactive. »

Nous voilà donc loin des émois médiatiques de 1989 et de la Place Tien’anmen, émois réactivés par les manifestations de Hong-Kong et relatés par ces mêmes médias évoquant des militants « pro-démocratie », alors qu’ils ne sont qu’« anti-Pékin », revendication territoriale n’ayant que peu à voir avec cette démocratie libérale si chère à nos cœurs aussi occidentaux que vieillissants.

Slobodan Despot, toujours : « La vraie fierté des Chinois, ici – qu’ils n’exprimeront jamais, c’est d’avoir magistralement “rendu la monnaie de sa pièce” à l’Occident en le poussant à faire cadeau de ses précieuses technologies, pour ainsi dire à financer le retournement de ses propres armes contre lui-même. Avoir obligé les Chinois à se droguer et confisqué Hong-Kong aura peut-être été la prévarication de trop des Occidentaux. »

Aujourd’hui, nous y sommes. Le communisme de carnaval célébré à Pékin n’est jamais rien qu’habillage de cette Chine, naguère première puissance économique au monde, place qu’elle entend désormais reconquérir. Et c’est là qu’elle se trouve en confrontation directe avec les USA ; la différence étant, tel que finement noté par Régis Debray, qu’au contraire des Américains, les Chinois ne cherchent pas à nous imposer leurs valeurs, de Gay Pride en antiracisme mêlé d’islamisme militant.

Cela dit, il ne serait pas inopportun que notre diplomatie cesse de considérer « les Africains comme des Européens pauvres », pour reprendre l’heureuse formule de l’africaniste Bernard Lugan. Et, surtout, d’arrêter de tenir les Chinois pour Européens en devenir.

On a beau évacuer l’histoire du banquet des nations, elle finit immanquablement par y retrouver sa place ; celle d’honneur le plus souvent. Pour le pire ou le meilleur.

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