Les propriétaires de pangolins poussent un ouf de soulagement. Les commerçants du marché de Wuhan aussi. Le scénario du virus niché en ces pauvres bêtes que les habitants de la ville venaient acheter pour le barbecue du samedi soir perd du terrain. Donald Trump désignait le laboratoire situé dans cette même agglomération sous les moqueries de la bien-pensance. Tradition oblige. Le blondissant président ne pouvait émettre le moindre avis sensé, tant il était phobique aux chinoiseries. Complotiiiiisme !

De retour dans un monde sérieux, la sphère médiatique découvre qu’un proche du bien-aimé Joe Biden, Jamie Metzl, fut l’un des premiers à soutenir la thèse de l’accident de recherche. Circulez, pangolins et chauves-souris immondes. « Le laboratoire ? Ça alors ! Mais pourquoi ne pas nous l’avoir dit plus tôt ? Expliquez-nous, cher ami de Joe Biden, ce qui vous amène à cette conclusion. »

Dans une interview accordée au Point le 17 février, Jamie Metzl dénonce l’enquête de l’OMS réalisée sous contrôle des autorités chinoises qui avait conclu à une origine « naturelle » du virus : un animal bizarre, de la viande surgelée importée, rouleaux de printemps avariés et pire encore… Face au tollé déclenché par les conclusions de cette mission sous surveillance, le directeur de l’OMS retournait sa veste en peau de pangolin. Tout compte fait, aucune thèse n’était écartée.

Selon le fidèle de ce bon vieux Joe Biden, les preuves de la théorie du marché de Wuhan et ses animaux bizarres « restent inexistantes ». L’image d’habitants mangeurs de chauves-souris faribole pour téléspectateur de BFM TV. « La thèse du laboratoire de Wuhan n’est pas une théorie du complot », affirme l’interviewé. Parmi les causes possibles de la propagation du virus, Jamie Metzl évoque une manipulation hasardeuse, un chercheur infecté ou encore un retraitement de déchets effectué dans de mauvaises conditions.

Pour les nécessités de la recherche, cet ancien conseiller de l’administration Clinton raconte que le laboratoire aurait « augmenté la capacité de ces virus de chauve-souris à infecter des cellules humaines, ce qui pourrait expliquer pourquoi le SARS-CoV-2 a immédiatement eu une protéine skipe plus adaptée aux hommes qu’aux chauves-souris. Le but n’est pas de créer une arme bactériologique mais de comprendre comment se protéger au mieux si un virus émergeait naturellement avec ces caractéristiques. »

Si un un proche, un ami, tient ces propos, où allons-nous ? Comment accuser de sénilité et de complotisme le professeur Luc Montagnier, qui émettait une hypothèse assez semblable en déclarant, en avril 2020, sur le site Pourquoi docteur, « Le coronavirus est un virus sorti d’un laboratoire chinois » ? « Mais revenez, professeur ! Que disiez-vous, la dernière fois ? Asseyez-vous. Vous prendrez bien un peu de pangolin ? »

18 février 2021

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