La renaissance de la maison natale de saint Bernard
À Fontaine-lès-Dijon, aux portes de Dijon, se dresse un lieu méconnu qui a pourtant vu naître l’un des plus grands prédicateurs et l’une des plus importantes figures spirituelles du Moyen Âge : la maison natale de saint Bernard de Clairvaux. En effet, c’est dans cette demeure seigneuriale que naquit, vers 1090, celui qui allait devenir le réformateur de l’ordre cistercien, le fondateur de l’abbaye de Clairvaux en 1115, le prédicateur des croisades et le conseiller des papes comme des rois. Cependant, plus de neuf siècles après sa naissance, ce logis fait aujourd’hui l’objet d’un ambitieux programme de restauration porté par l’association La Maison natale de saint Bernard, le diocèse de Dijon et la Fondation du patrimoine.
L’opération représente alors un investissement estimé à 4,6 millions d’euros, son objectif étant de sauver cet ensemble architectural dont l’état de conservation est devenu préoccupant. La restauration vise ainsi à préserver ce témoin majeur de l’Histoire bourguignonne tout en lui donnant une nouvelle vocation culturelle, touristique et spirituelle.
Restaurer un monument en péril
Le projet prévoit une restauration complète du gros œuvre, des décors et des espaces patrimoniaux les plus remarquables tels que la tour médiévale, les chapelles royales du XVIIe siècle ainsi que la basilique édifiée au XIXe siècle. Les décors sculptés, dont certains conservent encore des traces de polychromie ancienne, feront l’objet d’interventions spécialisées. De nouveaux dispositifs d’éclairage mettront également en valeur ces éléments patrimoniaux.
Au-delà de la sauvegarde du bâti, le projet entend ouvrir largement le site au public afin d’assurer sa pérennité. En effet, une maison qui n’est pas habitée est une maison qui finit par mourir. Des espaces d’exposition, un auditorium, une librairie, des chambres d’hôtes, des lieux de restauration et des équipements destinés aux personnes à mobilité réduite doivent ainsi être créés. L’ambition est de faire de la maison natale un véritable pôle culturel et touristique tout en conservant sa vocation religieuse chrétienne.
Une demeure chargée de neuf siècles d’Histoire
L’histoire de la maison natale de saint Bernard est intimement liée à celle de Fontaine-lès-Dijon. À l’origine, le site constitue une place forte féodale dominant les environs de Dijon. C’est là que naît Bernard de Fontaine, futur Bernard de Clairvaux, à la fin du XIe siècle. Au fil des siècles, l’édifice connaît de profondes transformations et perd progressivement son apparence médiévale, dont les derniers vestiges demeurent aujourd’hui dissimulés au cœur des constructions plus récentes. En effet, par exemple, en 1614, la chambre traditionnellement considérée comme le lieu de naissance de saint Bernard est transformée en chapelle par les religieux Feuillants. Avec le soutien de Louis XIII puis d’Anne d’Autriche, ceux-ci convertissent ainsi progressivement l’ensemble en un important monastère. Le roi de France et, plus tard, son fils Louis XIV témoignent d’ailleurs d’un profond respect pour ce lieu, où ils viennent en pèlerinage.
Lors de la Révolution française, les Feuillants sont expulsés et leur monastère est vendu comme bien national. Racheté par un particulier peu soucieux de la pérennité du site, ce dernier tombe peu à peu en ruine et sert même, durant un temps, d’étable et de forge. À partir des années 1880, le site est sauvé et restauré par de nouvelles communautés religieuses. Enfin, à l’occasion du neuvième centenaire de la naissance de saint Bernard, célébré en 1990, une importante campagne de restauration permet notamment de doter la grande chapelle d’une couverture destinée à assurer durablement sa conservation.
Les origines de saint Bernard
La naissance de saint Bernard dans cette ancienne demeure seigneuriale peut sembler paradoxale. En effet, celui qui prôna toute sa vie l’humilité, la pauvreté monastique et le détachement des biens terrestres naquit pourtant au sein d’une famille appartenant à la noblesse bourguignonne. Son père, Tescelin le Roux, était ainsi seigneur de Fontaine et chevalier au service du duc de Bourgogne. Sa mère, Aleth de Montbard, appartenait elle aussi à une famille noble influente et est aujourd’hui vénérée comme bienheureuse par l’Église catholique. Bernard grandit au sein d’une fratrie nombreuse composée de six frères et d’une sœur.
Cependant, au fil des années tous finiront par vouloir servir Dieu et par entrer dans les ordres. Guy, Gérard, André, Barthélémy et Nivard rejoignirent ainsi Bernard dans son engagement monastique. Leur sœur Ombeline, mariée dans un premier temps, se convertit ensuite à une vie de piété exemplaire et est aujourd’hui honorée comme bienheureuse. Même Tescelin, devenu veuf, termina sa vie dans un monastère. Le frère d’Aleth, Gaudry de Touillon, embrassa lui aussi la vie religieuse. Voilà une belle famille qui ne connaissait pas la crise des vocations ! Ensemble, ils contribuèrent à l’essor de l’ordre cistercien et accompagnèrent saint Bernard dans l’œuvre qui fit de lui l’un des saints les plus influents de la chrétienté médiévale.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR



































5 commentaires
Merci monsieur pour cet article. Comme on ne peut tout savoir, je crois que vous avez passé du temps à chercher toutes les informations que vous nous communiquez.Instructif et toujours aussi agréable à lire. De grâce, continuez!
Merci Eric de parler de ce travail lancé pour sauvegarder ce site, et le faire connaître, je suis bénévole pour participer à des visites théâtralisées de ce lieu, rendez-vous en septembre pour les prochaines avec des animations, renseignements auprès de la paroisse St Bernard de Fontaine les Dijon et de St Bernard de Dijon.
Peut être serait il temps d’avoir une politique de sauvegarde et d’entretien du patrimoine français.
Un droit d’entrée à Notre Dame à ses 3 millions de visiteurs permettrait de financer de telles opérations.
Quel bien cela fait de lire un article pareil ! Merci M de Mascureau.
Certes. Mais comment parler de St Bernard sans évoquer Abelard ? Il n’y a pas qu’Heloise qui lui ai trouvé du génie, au point – ses lettres – de le préférer à Dieu. Cher Abelard, être de raison, lumière avant les Lumières. Son dossier mérite d’être réouvert, pas seulement dans la « disputation « qui l’a opposé à st Bernard…