Et les revoilà. Qui ça ? Les , ces concombres masqués, détecteurs de haine en tout . Sur Inter, la radio d’État financée avec nos impôts. Rassurez-vous, c’est français, c’est la radio française ! Dix-sept minutes d’interview, par la journaliste Sonia Devillers, d’une inconnue s’exprimant sous anonymat. Même son numéro est masqué, nous précise la journaliste, des fois que… On ne sait jamais, des taupes haineuses ont pu s’infiltrer dans la grande Maison de la radio. L’inconnue n’a même pas souhaité se déplacer au studio. Le Covid-19, gestes barrières et tout le toutim, peut-être ? Pas du tout : la « d’y être photographiée ». Les complotistes ne sont peut-être pas là où l’on pense.

Donc, pendant dix-sept minutes, une inconnue « témoigne », comme on dit. « Appelons-la Rachel », nous dit la journaliste. Son truc à elle et aux Sleeping Giants, c’est la traque des discours de haine. C’est quoi, au fait, un discours de haine ? Vaste question. Est-ce un discours de haine que de dire « Je hais les carottes râpées » ? Ça se discute. En revanche, on imagine qu’affirmer que l’on déteste la semoule ou le taboulé commence à poser problème. A contrario, dans un monde où il convient de fiche en l’air tout ce qui fait référence à la domination du mâle blanc, dire que l’on n’aime pas Brahms s’apparente peut-être à du militantisme progressiste. Qui sait ? Maintenant, quand , dans l’émission « C à vous », traite Marine Le Pen de « méchante », peut-on considérer cela comme un discours de haine ou, plus simplement, comme une imbécillité de cours de récré ? Vaste question, vous disait-on.

Mais l’inconnue masquée de la Maison de la radio se garde bien de définir ce qu’est un discours de haine et la journaliste, dont c’est pourtant le métier, zappe allègrement sur cette question préalable. Du reste, dans la transcription de cette interview, France Inter ne prend même pas la peine de mettre des guillemets à ce mot « haine ». La chose est entendue. Tout comme la Terre est ronde et que est détenteur de LA vérité.

Et, donc, leur croisade sous anonymat, comme ces trolls qui prospèrent sur les réseaux sociaux, affublés de surnoms ridicules, c’est de signaler aux grandes marques que des publicités sont placardées dans certains journaux porteurs de « discours de haine ». Pas de menace, non, juste un petit message comme celui-ci : « Vous avez sûrement adopté une charte éthique actant votre engagement pour la , la tolérance, le respect de vos employés et de vos clients. Est-ce conciliable avec des spots pub sur CNews qui financent une idéologie ignoble à l’opposé de ces valeurs ? » On notera le qualificatif « ignoble » : un point de vue posé là comme une vérité fondamentale. Qui ne se discute pas. Pas de menace de boycott. Non, juste une sorte de « C’est vous qui voyez »…

En revanche, le concombre masqué explique sans rire que les appels à ne plus acheter les produits des marques se pliant aux injonctions des Sleeping Giants sont scandaleux. Comme pour beaucoup de choses, il y a les bons et les mauvais appels au boycott. Toujours sans rire, l’inconnue déclare : « Si on veut garder ses annonceurs, on a intérêt à présenter effectivement de l’information. Et peu importe de , du centre, de . Mais si on dépasse ça, on n’est plus un média d’information ou on n’a jamais été un média d’information, mais un blog d’opinion. » Nous y voilà. Et l’on comprend mieux encore lorsque la madone des Sleeping Giants précise, à propos de Boulevard (qui vit sans annonceurs !), que « la majorité des articles ne sont pas des articles mais des éditoriaux ». Et c’est grave, ça ? C’est grave d’émettre, à propos d’un fait d’actualité, une opinion qui n’entre pas forcément dans le cadre préformaté et idéologique des Sleeping Giants ? Apparemment, oui. Heureusement qu’on a France Inter.

18 février 2021

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