Guerre au Moyen-Orient : le shérif ne fait plus peur
Finalement, ce vendredi 29 mai, rien de très clair n'est sorti de la réunion d’urgence convoquée par Donald Trump en salle de crise de la Maison-Blanche, sinon que le président américain s’en tient à ses lignes rouges, et il n’y aura de signature d’un traité par les États-Unis avec l’Iran que si ces lignes rouges sont satisfaites. En filigrane, la guerre avec l’Iran pourrait donc se poursuivre, si l'on en croit la déclaration du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, qui s'exprimait ce samedi 30 mai depuis Singapour à l'occasion du dialogue intergouvernemental Shangri-La, un forum annuel consacré aux questions de défense dans la région Asie-Pacifique. « Nos stocks sont largement adaptés à cet objectif, tant sur place, que dans le reste du monde, compte tenu de la manière dont nous équilibrons des munitions de haute technologie et d’autres produites en très grande quantité », a-t-il ainsi assuré.
Une période de paix-guerre dans le monde ?
Les États-Unis d’Amérique, qui avaient conquis de haute lutte depuis les deux derniers conflits mondiaux une suprématie militaire sur le monde, dit libre, puis après la chute de l’Empire soviétique en 1990, sur le reste de la planète, semblent aujourd’hui n’être devenus, selon l’expression chinoise bien connue, qu’un « tigre de papier ». Face aux « empires centraux* » que sont aujourd’hui la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord, les États-Unis ne font plus peur et une situation de guerre quasi permanente s’est installée à la fois en Europe et au Moyen-Orient.
Alors que, la semaine dernière, un protocole d’accord semblait avoir été conclu entre l’Iran et les États-Unis, moins de huit jours après, on semble être revenu au point de départ de ces négociations après quarante jours de bombardement : deux blocus navals toujours en cours sur le détroit d’Ormuz et un cessez-le-feu de plus de quarante jours, maintenant, et constamment interrompu par des incidents entre les deux belligérants. La raison en est que ni Vladimir Poutine, ni Xi Jinping et encore moins Mojtaba Khamenei sur son lit d’hôpital n’ont été impressionnés par les rodomontades du président américain, du style : « Signez un papier ou je fais un malheur ! » Nous serions donc parvenus, aujourd’hui, à une période singulière de « paix-guerre », comme la décrivait le capitaine André Beaufre, l’un de nos « quatre généraux de l’Apocalypse**», à propos de la situation en 1939.
Alors que le président Poutine est englué depuis plus de quatre ans dans une guerre meurtrière contre l’Ukraine, les Américains se retrouvent donc également fixés au Moyen-Orient dans un conflit qui dure déjà depuis plus de cent jours. Leurs moyens militaires déployés dans cette région y seront maintenus tant que la guerre menée avec Israël contre la république islamique d’Iran n’aura pas trouvé une fin. Malgré l’affirmation citée plus haut de Pete Hegseth, les alliés traditionnels des États-Unis dans la région Asie-Pacifique ne peuvent que constater, aujourd’hui, la bascule de moyens, notamment aéronavals, entre leur région et celle du Moyen-Orient, et ce, depuis le début de la crise en janvier dernier. Simultanément, Poutine menace Kiev d’une frappe sans précédent et conseille même à tous les étrangers présents dans cette ville de la quitter au plus tôt. En outre, presque simultanément, vendredi 29 mai, un drone russe a frappé un immeuble en Roumanie, non loin de la base navale de l’OTAN de Constanța.
Un changement de stratégie américaine dans le Golfe ?
Les Américains n’ont aujourd’hui pas su finir à temps la guerre dans le Golfe, laissant derrière eux un « abcès ouvert » avec la fermeture de facto du détroit d’Ormuz, et ce, malgré le passage de quelques dizaines de navires commerciaux. Si l’économie iranienne en souffre, avec une perte de devises qui ne lui permet plus autant qu’auparavant de soutenir ses mouvements terroristes proxy tels que le Hezbollah au Liban ou les Houtis au Yémen, voire de continuer à stipendier ses Gardiens de la révolution, ces derniers n’ont pas pour autant levé le drapeau blanc et continuent au contraire à invectiver le président américain et, derrière lui, tous les Occidentaux. Ce qui reste du gouvernement de la république islamique d’Iran ne se déclare donc pas encore prêt à véritablement « enterrer la hache de guerre », et ce, en acceptant la réalisation de toutes les conditions américaines, notamment celle qui consiste à ne pas poursuivre ses recherches nucléaires militaires et à remettre à une autorité indépendante ses 400 kilos d’uranium enrichi.
À ce sujet — Guerre en Iran : tout est bien qui finit bien ?
En conséquence de quoi, l’administration Trump n’aurait plus pour seule alternative que celle de poursuivre les combats militaires. Comment ? Une solution possible pourrait être d'« encager » le territoire de la république islamique en empêchant de recevoir l’aide arrivant par voie terrestre et franchissant les frontières de ses quatorze voisins, et ce, notamment, en provenance de Russie ou de Chine. En complément du blocus naval, qui même s’il ne semble pas toujours très étanche a des conséquences inéluctables sur le financement du gouvernement iranien, cette solution d’interdire tout ravitaillement par voie terrestre pourrait davantage forcer la république islamique à revenir à la table des négociations aux conditions américaines plus qu’en éliminant une énième strate de dirigeants islamistes de plus ou moins grande envergure. Le « carpet bombing» (« bombardement massif ») de l’ensemble des centres économiques du pays et des infrastructures routières et portuaires pourrait être l’ultime solution à laquelle, pour le moment du moins, Donald Trump semble toujours se refuser pour des raisons humanitaires, en attendant peut-être que finalement nécessité fasse loi ?
Un chien de garde, fût-il de l’ordre mondial, qui ne fait qu’aboyer n’inspire pas la peur mais le mépris ou l’indifférence amusée, voire agacée, de ses compétiteurs. Le cave canem brandi par Donald Trump à l’Iran et à ses alliés ne semble pas suffire à les faire renoncer à leurs funestes projets. Alors, que faudra-t-il faire, sinon marquer durablement sur le terrain militaire, avant de le faire sur le terrain diplomatique, un ultime coup de semonce.
* Expression empruntée à la Première Guerre mondiale qui, elle, décrivait l’alliance constituée par les Empires allemand, austro-hongrois et ottoman, sans oublier la Bulgarie du tsar Ferdinand Ier de Saxe-Cobourg-Gotha.
** Avec les généraux Pierre -Marie Gallois, Charles Ailleret et Lucien Poirier.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR



































43 commentaires
Avis de mauvais temps pour Trump suite au vote hier 3 juin par la Chambre des représentants d’une résolution demandant au président de retirer les forces américaines du Moyen Orient sauf déclaration de guerre du Congrès US contre l’Iran ou autorisation des Congressmen yankees à la poursuite des opérations militaires contre ce pays, ce qui n’est pas le cas.
Ce vote de désaveu de la politique guerrière de Trump a été adopté à la majorité de 215 voix pour et 208 contre, grâce à la défection de quatre représentants du fissuré parti Républicain présidentiel (MM. Massie, Fitzpatrick, Barrett et Davidson) lesquels se sont joints au parti adverse Démocrate.
L’histoire pourrait tourner au désastre politique si cette motion était confirmée au Sénat où la tendance est pour la cessation des hostilités contre l’Iran et un désengagement des USA. Affaire à suivre.
Bel article de propagande occidentale avec 90% d’approximations dont 70% de mensonges. Et si avec ça vous comptez régler les problèmes mondiaux, il faudra encore attendre 2000 ans et que la Chine vous botte le fondement.
Trois mois après le début de la guerre en Iran, le piètre Donald Trump, de plus en plus isolé dans le monde ainsi que dans son Pays, s’avère totalement incapable de résoudre le problème qu’il a lui-même créé.
Il faut savoir qu’avant que Trump ne dénonce l’accord sur le nucléaire négocié par Obama, l’Iran n’avait pas de réserve d’uranium enrichi.
Il en a désormais une demi-tonne.
Depuis la signature en 2015 du Plan d’action global commun (JCPOA), après 2 années de négociations, Trump affirme à tort que cet accord donnait en réalité à l’Iran la permission et les moyens de fabriquer des armes nucléaires.
En réalité, l’accord signé par Obama limitait strictement la capacité de de l’Iran à enrichir de l’uranium et instaurait un système intrusif d’inspections internationales.
Aujourd’hui, trois mois après le début d’une guerre qui a endommagé l’économie mondiale et américaine, provoqué une hausse générale des prix du pétrole et du gaz, alimenté l’inflation, causé la mort de 13 Américains et d’au moins 1500 Iraniens, Trump continue d’affirmer que l’Iran veut désespérément un accord, tandis que ses dirigeants semble temporiser et faire traîner les choses.
Non seulement Trump n’a pas annihilé le régime terroriste des mollahs, mais il a rajouté de la violence et du sang à la violence déjà existante.
Tout cela est à l’image de l’ensemble des échecs de Trump depuis le début de son deuxième mandat et qui font de lui le Président américain le plus détesté depuis la deuxième guerre mondiale.
Cela ne semble pas le préoccuper, lui qui a lamentablement fait raser tout un pan de la Maison Blanche pour le transformer en salle de bal, tirant ainsi un très sur toute l’Histoire des Etats-Unis.
Il est bien triste de constater que les Présidents responsables ont aujourd’hui laissé la place à des chefs d’affaire milliardaires dont le seul but est de flatter leur égo.
Juste un détail les » accords » c’est bien mais l »‘enrichissement de l’uranuim en iran a continué sous Obama,et biden..les mollahs passent des accords qu’ils ne respectent jamais car seul » allah et le coran les contraint..Trump a voulu y mettre fin et zu lieu de vois prosterner devant Obama reconnaissez lui d’avoir agi pour la securite du monde..
Le temps ne semble pas jouer pour Trump tant par la pesanteur économique que pour son crédit personnel.
Il était évident, depuis le début, que pour obtenir les objectifs (tout à fait louables) de neutralisation des capacités nucléaires de l’Iran, et par la suite, de reprise en main du Détroit d’Ormuz, la seule et unique solution était de détruire définitivement et complètement le régime (mollahs ou gardiens de la révolution) car il faudrait être bien naïfs pour croire en la parole (éventuellement donnée, ce qui n’est même pas le cas) par ces « gens-là ». La seule solution, qui règlera tous les problèmes : Mettre en place un gouvernement laïque, comme Reza Pahlavi ; les iraniens pourraient enfin vivre normalement ; le détroit d’Ormuz serait à nouveau libre ; il n’y aurait plus aucune crainte concernant le nucléaire ; Et cerise probable sur le gâteau : Les US seraient surement un partenaire business privilégié de l’Iran. Je ne comprends pas que Trump n’ait pas compris ça dès le début.
La vraie France, je suis assez d’ accord avec vous mais je crains que ne soyons un peu iréniques…
J’ en viens à me demander si la meilleure solution ne serait pas de transformer les iles du détroit et les ports iraniens en parkings de supermarchés….
Absolument d’accord!
L’impérialisme américain reflue. C’est une bonne chose. En parallèle, l’empire chinois avance et améliore paradoxalement la stabilité mondiale.
Chers lecteurs, commencez par remplacer vos manuels d’anglais par des manuels chinois et dites-le surtout à vos petits-enfants.
Le retour d’une magnifique culture de plus de 5000 ans sous un régime pseudo- communiste (qualification désuète qui va finir par disparaitre d’ici quelques générations).
Quand on dispose d’une solution comprenant une alternative, on a deux solutions. Bon, çà, c’est pour la sémantique..DT est dans les atermoiements c’est un fait. On dirait que nos médias s’impatientent, ils scrutent le moment où ils vont pouvoir enfin annoncer que leur trump a choisi la guerre, moche pour un Nobel de la Paix, il ne sait faire que çà, la guerre, pauvre Iran, il faut venir en aide à ce pays etc. Perso, je comprends que DT rechigne à déclencher le feu terminal. On ne pourra pas dire qu’il n’a pas essayé d’éviter…
Paul Ter Gheist
Où diable avez-vous été chercher que le Prix Nobel de la Paix a été décerné à Trump ? Sauf erreur, je ne suis pas au courant de ça. Merci de votre réponse.
Paul Ter Gheist
Je constate votre refus de répondre à ma question. En réalité, vous êtes dans l’incapacité de me répondre car vous savez que votre idole Trump n’a JAMAIS reçu le prix Nobel de la Paix. Arrêtez d’inventer.
Oui vous avez raison Trump n’a pas eu le prix Nobel de la paix..c’est obama..! C’est à mourrir de rire et supprimer ce prix ridicule..complètement dévoyé
J’étais un Trumpiste convaincu – Enfin un homme qui fait ce qu’il dit – Malheureusement son aventure Iranienne l’a rendu lache totalement incompréhensible et plus du tout crédible . Il a rendu risible l’occident qui croyait en l’Amérique et est en train de se ridiculiser devant le monde entier. Plus personne ne croira plus jamais en l’Amérique qui aura échoué dans toutes les guerres qu’elle aura mené apres la guerre mondiale. L’attitude actuelle de Trump suggère un paillasson sur lequel les terroristes viennent s’essuyer les pieds avec délectation
Tribune à côté de la plaque, tant concernant l’Iran que l’Ukraine. La géopolitique ne consiste pas à prendre ses désirs pour des réalités.
Mimbdjib, bonjour,
Je relève votre observation « On pensait Trump plein de conviction et de détermination. On le découvre hanté par l’hésitation et la tergiversation (SIC) ». C’est si vrai qu’aux Etats-Unis une bonne partie de la presse et de l’opinion publique le surnomme TACO, acronyme de « Trump Always Chickens Out », ce qui signifie « Trump se dégonfle toujours » !..
Comme Trump se casse les dents sur les coriaces Iraniens qu’il n’arrive pas à faire plier, mais comme il a absolument besoin d’une victoire quelle qu’elle soit, je le vois très bien se rattraper et se refaire une santé en lançant sur le faible et petit CUBA une redite de l’opération Absolute Resolve de janvier 2026 contre le Venezuela où il a enlevé le président Maduro soi-disant pour narcotrafic.
Le hasard n’existant pas en politique, c’est dans la perspective d’un coup de force tordu de genre que Trump a actionné en mai 2026 son ministre de la justice (General Attorney) pour inculper et rechercher l’ancien président cubain Raul Castro, 94 ans, soi-disant pour meurtres, 32 ans après un attentat commis en 1996 contre deux avions ayant tué quatre personnes dont trois Américains. Nouveau proverbe : « Si tu n’arrives pas à battre un gros, défoule-toi sur un petit » !
RIRI.06, on le saura ce que signifie TACO (du reste on le savait déjà!), vous le répétez à longueur de commentaires et ce psittacisme anti Trump, comme celui des généraux à pochette pétochards des chaines info, est une position confortable, celle d’ hurler avec les loups…
ATTICUS FINCH, du calme, de la modération. Ma réponse s’adresse au lecteur Mimbdjib que j’approuve et qui semblait ignorer qu’aux USA, Trump est surnommé TACO, l’homme qui se déballonne toujours ! N’en déplaise au trumpiste que vous êtes, je n’y suis pour rien.
Fermer les voies terrestre de ravitaillement demanderait des milliers d’hommes au sol qui seraient des cibles idéales pour des partisans bien plus aguerris et de bien plus vieille civilisation que les américains qui ne doivent leur supériorité qu’à leur argent qu’ils ont de moins en moins alors qu’ils n’ont aucune Histoire. Ils ont connus l’Afghanistan dont ils sont partis la queue basse, se lancer dans une guerre avec l’Iran aura, pour eux, un résultat encore pire. Avec ces peuples, la supériorité technologique ne marche pas car elle n’a pas d’âme.
C’est une banalité de le dire, mais, la dissymétrie des mentalités, plus que des moyens militaires mis en oeuvre, a mis Trump en difficulté. Quand en face de vous le réel est subsumé par la conviction absolue que les dés sont entre les mains d’un au-delà qui vous parraine, vous espérer toujours, même défait, que l’avenir se retournera à votre profit. C’est un pari fou que les Mollahs et les Gardiens de la révolution ont élevé en principe constitutionnel et qui les autorise à espérer. L’Occident, même croyant est passé par cette étape avant de composer avec le réel. Les Croisades, ce n’était pas seulement Dieu délivré, mais les pactoles d’or supposés charriés dans des fleuves de Jérusalem et tombant dans la poche. Cette parti de poker menteur l’est à plus d’un titre. D’un côté, Trump, malgré toutes ses facéties marche sur le sol dur de la rationaité et obéit à des contingences humanitaires. Non seulement, il n’aime pas la guerre, mais il préserve le sang, fut-il celui de l’ennemi. S’il avait engagé toutes ses forces, l’affaire aurait été bouclée en 48 heures, mais en face de lui, la guerre est la continuité d’une foi qui défie toutes les autres, même celle de la même famille islamique, devenue la pire ennemie. Les guerres de religion en Orient n’ont jamais cessé et sont soldées par des millions de victimes devenues martyres par décret. Revenons au réel : « L’Amérique ne fait plus peur »; mais ô combien l’armée Rouge, pataugeant devant Kiev depuis 4 ans et quémandant l’aide chinoise. L’ours est de papier. Mais nen dragon chinois, malgré un arsenal déferlant n’est pas en meilleure posture, il commerce mieux qu’il ne se bat, il serait bien incapable, inexpérimenté, de se mettre ouvertement en tenue de combat. Concluons : si l’Amérique ne fait plus peur, qui fait encore un peu peur sinon l’Amérique ? Tout est relatif, c’est un principe absolu !
il y a des doux dingues et il y a des dingues tout court. Ces derniers temps ils prolifèrent.