Editoriaux - Polémiques - Politique - 26 août 2019

On n’est pas obligé de haïr Emmanuel Macron ou de l’idolâtrer…

Ma passion pour l’actualité, surtout politique, mêlée à mes activités de chroniqueur, de blogueur et de twitto, et des répliques qui me sont opposées, fait que j’ai une perception, certes réduite, mais assez sûre des mouvements d’opinion, notamment au sujet des attitudes et de l’action du président de la République.

J’ai bien lu que sa cote de popularité avait légèrement augmenté, en partie (à mon sens) parce qu’il a bien géré la période du mois d’août, contrairement à certains de ses prédécesseurs.

Il n’empêche que plusieurs signes me montrent que nous vivons dans une phase inquiétante pour la démocratie dont je constate à mon détriment qu’elle pourrait se résumer par l’alternative suivante : vous haïssez le Président ou on vous insulte.

Il est piquant d’observer que les mêmes, souvent, qui voudraient m’enserrer dans cet étau inepte m’accablent au sujet de Nicolas Sarkozy en m’intimant : vous idolâtrez l’ancien Président ou on vous vomit.

L’extrémisme vindicatif et la charge globale enlèvent toute sa chance à la discussion, fusillent l’argumentation. La nuance est une honte et le doute une perversion.

Bien au-delà de mon cas personnel, je relève ce phénomène d’obligation d’inconditionnalité hostile qui est tristement révélateur de la dégradation de notre climat républicain. Cette dérive n’est pas dérisoire parce qu’elle ne concernerait que la forme et les modalités du débat politique et civique. Celles-ci sont, en effet, devenues tellement détériorées et contradictoires avec tout dialogue qu’elles affectent profondément le fond.

J’estime que ce mouvement est totalement injuste et aberrant parce que, poussé au comble de l’animosité sans écoute, il ne permet plus de juger lucidement le moindre propos ou la plus minime intervention du président de la République et occulte ce qui, depuis quelque temps, crève les yeux et l’esprit : il y a mis du sien et a changé de ton. Le paradoxe est que plus il s’est éloigné des gilets jaunes, plus il les a compris, allant même jusqu’à se préoccuper – ce qui a irrité la police – des blessures dont ils avaient été les victimes.

Pour avoir tweeté sur le bien à la fois politique et technique que je pensais de l’allocution courte du Président avant l’ouverture du G7 où la France s’efforce d’être médiatrice, je n’ai été la proie d’aucune contradiction structurée mais d’un flot d’immondices parce que je n’avais pas craché sur lui. J’ai répondu comme j’ai pu en prenant la précaution de souligner que je n’émettais que des opinions et que les insultes étaient inutiles.

Il me semble que nous devrions être sensibles à la volonté clairement affichée par Emmanuel Macron d’entretenir par son verbe un autre rapport avec les Français au nom desquels il s’exprime et s’exprimera, et de chercher à sortir de cette autarcie trop sûre de soi, légèrement arrogante, méprisante des contradicteurs, qui lui a tant nui.

Les efforts qu’il accomplit à la suite d’une nécessaire prise de conscience qui lui a été en grande partie imposée, serait-il inconcevable de demander aussi au commun des citoyens de les faire en retour en instaurant une atmosphère où la haine d’Emmanuel Macron ne sera pas considérée comme le seul sésame, la seule légitimité sur les réseaux sociaux et dans la vie publique ?

Quand j’apprends qu’à Bayonne, un défilé est organisé avec des « portraits renversés » du Président décrochés de certaines mairies, je suis inquiet. Je sais bien que cette démarche, due à des militants écolos, qui s’est multipliée au cours des derniers mois, n’est pas, dans son principe, délictuelle mais il n’empêche que des déclarations me paraissent absurdes et dangereuses.

Notamment celle de Txetx Etcheverry, inspirateur de cette Marche des portraits qui s’assigne pour seule ambition « d’écorner l’image du Président », ce qui est tout de même mince. On me rétorquera que, dans beaucoup de manifestations, les portraits de Présidents au pouvoir sont détournés, caricaturés, moqués ou souillés mais il n’y avait pas, comme dans la Marche de Bayonne, l’obsession de détruire l’apparence officielle du Président pour le réduire à rien et sans comprendre que la France qui l’avait légitimement élu et qu’il représentait était embarquée dans ce même mouvement de dénaturation et d’offense.

Pour détester une politique, on n’est pas condamné à perdre toute décence.

Je ne me fais aucune illusion. Ce billet va sans doute aggraver mon déficit auprès de certains, mais entêté pour le meilleur, je creuserai toujours ce sillon, récusant toute inconditionnalité forcée mais appréhendant au détail pour le positif comme pour le négatif. Depuis 2017, je n’ai pas dérogé.

Je suivrai notre Président à la trace et je n’aurai jamais à m’excuser de ne pas le haïr ou de ne pas l’idolâtrer.

Extrait de : Justice au Singulier

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