Mélenchon confond roman et histoire, fiction et vérité

Ce n’est pas la première fois que le Lider Maximo de LFI se montre approximatif dans son usage des faits historiques.
Fusion capture d'écran X et Par Atelier de Maître de Virgile — Cette image a été fournie par la British Library à partir de ses collections numériques. Elle est également disponible sur le site British Library.Inscription au catalogue: Royal MS 20 C vii, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=267371
Fusion capture d'écran X et Par Atelier de Maître de Virgile — Cette image a été fournie par la British Library à partir de ses collections numériques. Elle est également disponible sur le site British Library.Inscription au catalogue: Royal MS 20 C vii, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=267371

Dans une vidéo publiée ce 10 juin sur le compte X « Avec Mélenchon », montrant le Líder Máximo de La France insoumise déambulant de nuit dans Paris et traversant le Pont-Neuf, Jean-Luc Mélenchon est décrit comme « faisant un cours d’histoire ». On le voit ainsi désigner la majestueuse statue équestre d'Henri IV et évoquer le destin tragique de Jacques de Molay, dernier grand maître de l'ordre du Temple, brûlé sur un bûcher en 1314. Le responsable politique affirme également que Jacques de Molay, « en présence du roi et du pape », les aurait « cités à comparaître devant le tribunal de Dieu sous un an » avant de mourir dans les flammes.

Problème : cette dernière affirmation relève moins de la vérité historique que de la légende des rois maudits popularisée, au XXe siècle, par Maurice Druon. Ne donne pas des cours d’histoire et ne s’improvise pas professeur qui veut. Cette vidéo pourrait paraître insignifiante, mais elle illustre pourtant une tendance de plus en plus marquée consistant à présenter Jean-Luc Mélenchon comme une autorité en matière d’histoire. Or, ce n’est pas la première fois que le candidat insoumis à la présidence de la République se montre approximatif dans son usage des faits historiques, lesquels sont ensuite repris sans grand esprit critique par nombre de ses fidèles partisans comme s’il s’agissait d’une parole d’Évangile.

Jacques de Molay et la naissance d'une légende

Les faits historiques évoqués par Mélenchon concernant l’affaire des Templiers sont bien connus. Après l'arrestation massive des Templiers ordonnée par Philippe le Bel, le 13 octobre 1307, l'ordre est progressivement démantelé et ses membres sont arrêtés. Le 18 mars 1314, Jacques de Molay est ainsi exécuté sur un bûcher dressé sur l'île aux Juifs, aujourd’hui fusionnée avec la pointe de l'île de la Cité, au niveau du square du Vert-Galant. Quelques semaines plus tard, le pape Clément V meurt à Avignon le 20 avril 1314. Philippe le Bel décède quant à lui le 29 novembre de la même année.

Ces disparitions rapprochées, davantage dues aux aléas de l’Histoire qu'à une quelconque intervention surnaturelle, ont très tôt nourri l'idée d'une malédiction frappant les persécuteurs des Templiers. Cependant, les historiens sont catégoriques : point de rois ni de papes « maudits ». Et contrairement à ce qu'affirme Mélenchon, Clément V n'a pas assisté à l'exécution. Installé à Avignon, affaibli par la maladie, il se trouvait à plusieurs centaines de kilomètres de Paris lorsque Jacques de Molay fut conduit au bûcher. Sa mort, survenue quelques semaines plus tard, ne constitue donc pas l'accomplissement spectaculaire d'une prophétie prononcée sous ses yeux.

La culture ne fait pas l'historien

Cependant, on ne peut reprocher à Jean-Luc Mélenchon de posséder une certaine culture générale, même si certains en doutent. Michel Onfray, par exemple, estime que celle-ci relève d'une « légende urbaine ». Nous ne lui demanderons pas davantage de « s’excuser d’avoir lu des livres », pour reprendre la formule qu'Éric Zemmour adressait à Ramzy Bedia. Pour autant, aimer l'histoire, ou ce qui s'en rapproche, ne suffit pas à faire de vous un historien.

L'histoire est une discipline exigeante qui repose sur la critique des sources, la vérification des faits et la distinction constante entre ce qui est démontré, probable ou légendaire. Cette exigence devient d'autant plus importante lorsqu'elle s'exerce dans le débat public et lorsqu’un responsable politique, comme Mélenchon, disposant d'une audience considérable peut, volontairement ou non, induire son public en erreur et contribuer à transformer une fiction séduisante en vérité supposée.  Comme le rappelait Blanche de Castille, « un roi illettré est un âne couronné » : la fonction, l'ambition ou le talent oratoire ne confèrent ni le savoir ni la sagesse ; ils imposent au contraire un devoir accru de rigueur.

Des propos régulièrement contestés

Cette prudence est d'autant plus nécessaire que Jean-Luc Mélenchon a déjà été critiqué, à plusieurs reprises, pour certaines références et lectures historiques contestées, partisanes ou approximatives utilisées dans ses interventions publiques. Des déclarations relatives au Moyen Âge, à certains souverains français, à la figure de Saladin, à la prétendue contribution de ce dernier à la construction de cathédrales, à l'influence du monde arabe sur l'Europe ou encore à certaines figures de l'Histoire coloniale ont nécessité des rectifications, des controverses et des débats.

Le philosophe Michel Onfray s'est d'ailleurs montré particulièrement sévère sur ce sujet. Évoquant, récemment, Jean-Luc Mélenchon sur CNews, il a déclaré : « J'ai fait un déjeuner avec lui où il était question de la Révolution française. J'ai mesuré les lacunes. » Que l'on partage ou non ce jugement importe finalement moins que la mise en garde qu'il contient. Les électeurs comme les militants gagneraient à se montrer prudents face aux réputations et aux titres de sage, de professeur ou de savant, qu'elles soient proclamées par l'intéressé lui-même ou entretenues par ses fidèles.

Les soutiens de Jean-Luc Mélenchon devraient ainsi éviter de présenter leurs champions comme des autorités ou des références infaillibles en matière d'Histoire. Cette dernière n'est pas une affaire de charisme, de posture ou d'éloquence, mais de méthode, de sources et de vérification. Un homme politique peut être cultivé, passionné par le passé et néanmoins se tromper. Plus il aspire aux plus hautes fonctions, plus il devrait faire preuve de prudence lorsqu'il s'aventure sur un terrain qu'il ne maîtrise pas, manifestement.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

49 commentaires

  1. Melanchon ne s’adresse pas à ses opposants, mais à des être dont la culture n’est pas la notre.
    Il sait très bien que son électorat est celui des banlieues. Intelligent, il à l’art et la manière de tronquer l’histoire, qu’il veut voir disparaitre de notre culture. Il faut dire que d’autres de gouvernements successifs depuis plus de 30 ans, ont oeuvré dans ce sens.

  2. Excellente remise à sa place du sieur Mélenchon. Dommage qu’il ne lise Boulevard Voltaire.

  3. Tout d’abord, l’agrégé de physique que je suis montre des lacunes importantes de Mélenchon en ce qui concerne la Mécanique et, plus généralement, l’histoire des sciences.

  4. A Kielowski… Franchement, je vous plains. Vos arguments sont flamboyants. N’oubliez pas que vos amis du centre ont placé en masse des députés LFiste à l’Assemblée. Et je suis certain qu’au final, vous voterez Mélenchon…

  5. Si vous attendez des gens de gauche, d’extrême gauche, particulièrement des communistes, pour dire la moindre vérité, alors les faits historiques et ces millions de morts issus de cette idéologie n’auront servi à rien. Bien que des idées similaires existent depuis l’Antiquité, le communisme moderne émerge comme doctrine structurée au XIXᵉ siècle, principalement grâce à (Karl Marx et Friedrich Engels). Il n’y a que les idiots utiles, les niais, ou des candidats au suicide collectif des inconscients, en somme du danger, pour croire ou espérer quelque chose de cette utopie qui ne s’est jamais bien déroulée pour les peuples qui y ont été confrontés. Mélenchon et ses sbires ne dérogent pas à la règle.

  6. En bon Français, cela s’appelle du révisionnisme…pour servir la « Nouvelle France »…A quand la prochaine ?

  7. Comme d’habitude, extrême gauche et extrême droite s’invectivent mutuellement de façon totalement stérile et chacun se nourrit de l’autre.
    Que serait LFI sans le RN et que serait le RN sans LFi ? Rien !
    Ouvrons les yeux avant qu’il ne soit trop tard.

    • Pour vous c’est deja bien tard..si le RN se développe c’est parcequ’il incarne pour certains a tort ou a raison un retour a l’ordre,et a la morale..lfi ne promet qu’un chaos encore pire…

    • « Que serait LFI sans le RN » : sans doute vouliez-vous dire : « Que serait LFI sans les français de papier ? »

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