Editoriaux - Social - 26 août 2019

La rentrée sera-t-elle vraiment sociale ?

« La rentrée s’annonce décisive pour Emmanuel Macron », proclame-t-on sur toutes les chaînes d’information en continu, celles-ci organisant continuellement des débats ennuyeux au possible, tant ces derniers s’illustrent par leur capacité à faire du vide avec du vide. En l’occurrence, on peut lire de la part de l’éditorialiste Michèle Cotta des éléments de langage tels que : « les mots-clés de l’acte II du quinquennat sont “concertation”, “conciliation”, “dialogue”, “vigilance” » (pour Le Point, le 22 août). Pourtant, que l’on parle de la réforme des retraites ou de celle de l’assurance chômage, la Macronie ne craint aucune grogne. Car la casse sociale qu’accomplit l’extrême centre ne fait que se poursuivre tranquillement, depuis la présence de Raymond Soubie à l’Élysée, sous l’ère Sarkozy, de 2007 à 2010, l’ancien conseiller aux affaires sociales maîtrisant comme personne l’art de museler les syndicats.

Le poisson pourrissant toujours par la tête, ce sont les leaders des principales organisations syndicales qu’il convient de caresser dans le sens du poil pour contenir une contestation sociale. In fine, le seul cocu de l’histoire reste le militant de base. Car l’ordre macronien prospère sur les ambitions personnelles des uns comme des autres, récemment des responsables du syndicat Alliance police nationale, ceux-là n’ayant pas hésité à lâcher les gilets jaunes (de novembre-décembre 2018) pour quelques primes (article de Jean-Michel Décugis et d’Éric Pelletier dans Le Parisien publié le 19 décembre 2018) et des LBD flambant neufs (article du Parisien et de l’AFP datant du 27 décembre 2018). En attendant, les policiers se suicident encore (article de 20 Minutes du 22 août) et les salariés se noient toujours dans la fumée, la poudre et le formol (article de 20 Minutes, « Alcool, cocaïne, tranquillisants… Quand le travail mène à la drogue » du 27 septembre 2017).

De fait, les démocraties modernes, de l’Europe à l’Asie en passant par les États-Unis, se composent de quatre familles idéologiques constitutives des inconscients collectifs, et ce, malgré les particularités culturelles de chacune d’entre elles : une droite nationale, une droite libérale, une gauche sociétale et une gauche sociale. Concernant le nationalisme, celui-ci n’a de sens qu’à l’aune de la Révolution française dont la conception remonte à la Magna Carta des Anglais désireux de renverser leur couronne, dès 1215. Par la suite, le recours au libéralisme d’inspiration anglo-saxonne, celui-ci mêlé au libertinage d’un Sade, eut le succès qu’on lui connaît jusqu’à la libération des mœurs réclamée par les baby-boomers de Mai 68. À ce moment précis, la gauche sociale, tant celle de Fourier que de Proudhon, devint le cache-sexe d’un second progressisme, le sociétalisme.

Rien de plus précieux pour la bête électoraliste que la victime éternelle, l’effacement programmé du prolétaire valant mieux que l’omniprésence forcenée de la minorité expiatoire. Et rien d’étonnant dans le fait que cette « seconde gauche » soit le cheval de Troie du libertarisme californien. En définitive, il n’y a pas d’autre moyen, pour contrecarrer les projets illimités de l’extrême centre – aussi bien en matière d’extension des droits qu’en matière d’extension des marchés –, de penser une réconciliation entre la droite nationale et la gauche sociale. Sur ce point, les premiers gilets jaunes avaient montré la voie. Autrement, la Macronie continuera de passer notre pays par pertes et profits.

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In fine, devant cette barbarie à visage transhumain, rien ne semble se dresser. …