Pour Boulevard Voltaire, Nicolas Bay analyse les résultats des élections départementales et régionales et évoque les ambitions du Rassemblement national pour les prochaines échéances électorales de 2022.

Par ailleurs, il prend une position ferme contre le passe sanitaire car cela revient, selon lui, à une vaccination obligatoire sans laquelle « celui qui n’est pas vacciné est condamné à la mort sociale ».

 

 

 

 

Vous êtes vice-président du groupe Identité et Démocratie au Parlement européen et vous êtes président du groupe Rassemblement national au conseil régional de Normandie.

Les élections régionales et départementales ont été un échec total pour la majorité, mais aussi pour le Rassemblement national qui, contrairement aux annonces des sondages, n’a remporté aucune région et aucun département. Avec un petit peu de recul, comment expliquer cet échec ?

 

En réalité, il y a eu un grand gagnant, l’abstention, et un grand perdant, la démocratie. Lorsqu’un tiers des électeurs se rendent aux urnes, cela montre une défiance absolument majeure à l’égard du système politique et c’est évidemment la responsabilité principale, pour ne pas dire exclusive, du gouvernement et d’Emmanuel Macron. Tout a été fait pour désintéresser les Français de ces élections régionales et départementales qui ont pourtant leur importance. Elles engagent les régions et les départements de France pour les sept prochaines années. Ils ont tout fait pour étouffer les élections et pour que les compatriotes ne s’y intéressent pas. Tous les mécanismes susceptibles de réintéresser les Français à la vie politique et démocratique n’ont pas été mis en œuvre. La démocratie française est profondément malade. Il n’y a pas de démocratie directe et pas, non plus, de vraie démocratie représentative. Il est vrai que le Rassemblement national a obtenu des résultats en deçà de ses espérances, mais en réalité, l’effondrement de la participation a bénéficié aux sortants, mais pas aux Républicains ou aux socialistes.

 

Habituellement, lorsqu’il y a un taux d’abstention très élevé, il y a un mécontentement. Vous avez fait moins qu’en 2015, dans certaines régions. Cela veut dire que vous avez vous aussi perdu une partie de votre électorat qu,i pourtant, était un électorat assez contestataire.

 

En 2015, le Rassemblement national avait obtenu des résultats exceptionnels. Nos résultats ont été inférieurs parce que nos électeurs ne sont pas allés voter. Ils n’ont pas voté, non plus, pour d’autres. Ils n’ont tout simplement pas jugé utile d’aller voter. Je ne veux pas les blâmer parce que je conçois volontiers qu’il y ait une certaine lassitude et que certains se disent que le système politique est complètement verrouillé. Le pouvoir restreint les libertés et fait en sorte que la démocratie ne fonctionne plus. Finalement, tout est fait pour les dissuader d’aller voter.

Le meilleur moyen de contester et de défier le système, c’est justement d’aller voter contre les partis du système, contre ceux qui ont une responsabilité dans le délabrement de notre pays et dans le délitement de l’État. Nos résultats n’ont pas été à la hauteur de nos espérances, mais beaucoup d’électeurs voient uniquement les échéances nationales comme le moyen et l’occasion de faire changer la donne dans le pays. Beaucoup se disent que la gestion des régions et des départements est quelque chose de secondaire. Je pense que c’est une erreur et que tout est important. C’est ce qui explique que, dans les élections municipales l’année dernière ou départementales et régionales cette année, on ait eu du mal à mobiliser les Français.

 

 

Après ces élections régionales et départementales, votre parti de Rassemblement national s’est rassemblé à Perpignan dans le but de s’auto-rassurer. Votre candidate à l’élection présidentielle reste Marine Le Pen. Une Marine Le Pen que beaucoup jugent en retrait ou peu audible. Peut-être est-ce une façon de se préserver en vue de la grande échéance. Y a-t-il une stratégique de la part de Marine Le Pen ?

 

J’ai été moi-même candidat aux élections régionales. Nous avons mené campagne sur les grands sujets de compétences régionales comme les questions économiques et ferroviaires.

Il y a la sécurité dans les trains, dans les gares, aux abords des lycées, le soutien au développement des polices municipales dans les zones rurales qui aujourd’hui sont touchées pas l’insécurité, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Ce sont des domaines dans lesquels les régions doivent intervenir. Souvent, elles ne l’ont pas fait. La préoccupation des Français est sans doute ailleurs. Nous en avons subi un certain préjudice électoral. 2022 est l’occasion, pour les Français, d’exprimer leur volonté de changement. Je crois que la majorité de nos compatriotes ne veulent pas voir Emmanuel Macron cinq années supplémentaires.

Aujourd’hui, Marine Le Pen est la seule candidate qui apparaît clairement en situation d’être au second tour et peut-être, si les Français se mobilisent, de l’emporter au second tour. C’est une responsabilité importante pour nous et cela nécessite de montrer que nous sommes une vraie alternative et que notre projet est un projet de rupture totale. Sur l’Union européenne, on voit qu’elle fonctionne très mal. Nous, nous voulons une Europe des nations et des protections. Il y a une nécessité d’agir collectivement avec les autres nations d’Europe, mais l’Union européenne telle qu’elle existe aboutit à une espèce d’impuissance collective des nations de notre continent. Il y a une urgence absolue en matière migratoire. Il faut non seulement mettre fin à l’immigration de masse que nous subissons, qu’elle soit légale ou clandestine, et puis inverser la tendance sur le combat contre l’islamisme. Sur l’économie, il faut être capable de baisser la fiscalité, les contraintes, les charges qui pèsent sur les entreprises et, en même temps, de protéger notre économie. Ce n’est pas le cas puisque nous sommes en terrain de jeu totalement ouvert, de libre-échange mondialisé. Cela a tué, hier, nos industries et cela tuera, demain, notre agriculture. Le Rassemblement national porte un projet totalement alternatif. Parce que nous sommes la seule force en situation de possible alternance à Emmanuel Macron, c’est une lourde responsabilité. Cela nous oblige, bien sûr, à avoir un projet qui est techniquement le plus abouti possible et qui soit raisonnable au sens où nous puissions réellement le mettre en œuvre dès 2022 pour ne pas décevoir ensuite les Français.

 

 

Vous avez parlé des terroristes islamiques et des fichés S. Force est de constater que, demain, 65 millions de Français seront fichés, et la mise en place de ce passe sanitaire en est la preuve. Ce passe sanitaire a vu une opposition de plus en plus nombreuse se mettre en place face à lui.

Quelques heures avant cet entretien je me suis dit que je vous ferais la remarque que Marine Le Pen n’a pas réagi. Finalement, elle l’a fait dans une courte vidéo où elle explique pourquoi le Rassemblement national est opposé au passe sanitaire. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de se positionner sur ce sujet ? On pourrait pourtant penser que votre électorat serait, par principe, assez opposé.

 

Notre position sur le passe sanitaire est très claire depuis le début. Au Parlement européen, nous avons voté contre et nous nous sommes exprimés contre. À l’Assemblée nationale, nos députés se sont également exprimés contre et ont voté contre. Nous sommes opposés à ce qui apparaît comme une vaccination obligatoire et souhaitons que les Français prennent une liberté dans ce domaine, en clair, la possibilité pour ceux qui le souhaitent de se faire vacciner si tant est que les vaccins soient disponibles. Le passe sanitaire, c’est, en pratique, l’obligation vaccinale. Il faut bien comprendre qu’Emmanuel Macron a, une fois de plus, menti dans ce domaine. Dès le début de la crise sanitaire, ils nous ont expliqué que les masques ne servaient à rien. C’était faux, ils étaient simplement incapables d’en fournir. Ils nous avaient expliqué que se tester ne servait à rien. Ils étaient incapables de fournir les tests et il s’est avéré qu’ensuite, ils étaient utiles. Puis ils nous avaient expliqué qu’ils allaient se rattraper sur le vaccin. En réalité, nous avons pris un retard considérable.

 

La plupart des pays voisins, et en particulier le Royaume-Uni de manière spectaculaire, ont connu une avancée très importante qui leur donne un avantage pour la suite par rapport à la France.

Aujourd’hui, Emmanuel Macron a menti en disant que la vaccination ne serait pas obligatoire. Or, le passe sanitaire consiste, en pratique, à organiser une vaccination obligatoire. Celui qui refuse de se faire vacciner est condamné à la mort sociale. Il ne peut plus aller au restaurant, il ne peut plus prendre les transports et il ne peut plus aller dans les lieux culturels. Il est dans une situation de relégation à domicile, quasiment d’enfermement. J’aurais préféré qu’Emmanuel Macron et son gouvernement aient l’honnêteté de dire les choses. Ils auraient annoncé la vaccination obligatoire, le Rassemblement national aurait été en désaccord total avec ce choix, mais ce dernier aurait eu le mérite de la franchise, de la clarté et de l’honnêteté. En réalité, en disant qu’il fallait mettre en place un passe sanitaire et que, sans ce passe sanitaire, on ne pourrait plus rien faire, il a rendu de fait la vaccination obligatoire. On voit très bien qu’il est en train de mettre en œuvre des dispositions législatives qui ne sont même pas applicables.

Par exemple, le contrôle d’identité et le contrôle des passes dans les restaurants et les bars est évidemment une disposition légale qui n’est pas applicable.

 

Que faudrait-il faire pour sortir de cette crise ?

 

C’est sans doute d’abord dans le test, l’isolement et le traitement et pas seulement dans le vaccin qu’il y a une piste pour sortir de cette crise sanitaire. Le vaccin a évidemment un rôle important. La vaccination des personnes les plus vulnérables devrait être la priorité absolue. À l’inverse, vacciner des enfants et des adolescents n’a absolument aucun sens sur le plan sanitaire et n’a aucune efficacité et utilité. Il faut aussi faire en sorte que les dispositions prises soient adaptées à la réalité, notamment territoriale. En réalité, depuis dix-huit mois, le gouvernement passe son temps à prendre des mesures extrêmement graves, des restrictions individuelles de manière uniforme à l’échelle nationale sans tenir compte des évolutions très disparates du virus selon les régions françaises.

 

 

À la base, on aurait dû être partenaires dans la gestion de cette crise et mettre en place une solidarité européenne. Or, nous avons vu, dans les premiers mois, que c’était la course au premier qui réussirait à « chopper » les premiers masques et le plus grand nombre de tests.

Quel est l’enjeu, pour les pays européens ?

 

Il y a deux aspects. D’abord, les pays européens ont une histoire commune. Ils ont des défis communs à relever et un avenir en commun.

Ensuite, il y a la situation des institutions européennes qui se sont révélées, dans cette crise, totalement défaillantes pour organiser l’action collective efficace. L’hyper-centralisation à Bruxelles nous a montré ses limites.

On nous a toujours dit qu’en cas de crise majeure, l’Union européenne était le bon échelon d’efficacité. En 2008, nous avons eu une crise financière. L’Union européenne a été totalement absente.

En 2015, nous avons eu une crise migratoire, l’Union européenne a été totalement absente.

Et puis nous avons une crise sanitaire et l’Union européenne se révèle totalement inefficace dans l’anticipation, totalement inefficace dans la coordination et totalement défaillante dans la vaccination. On nous a dit qu’on allait faire la commande groupée des vaccins. Moyennant quoi, on a pris un retard considérable. Quelques semaines seulement après le Brexit, on nous avait dit, pendant des mois, que le Brexit allait plonger le Royaume-Uni dans le chaos alors que le Royaume-Uni était autonome sur sa vaccination et capable de produire lui-même son propre vaccin. Il a été, par rapport aux autres pays européens, très en avance. Celui qui est très en avance sur la vaccination sera aussi très en avance sur la relance économique.

Finalement, nous avons eu la démonstration de l’inefficacité de l’Union européenne telle qu’elle est aujourd’hui.

 

 

 

 

 

22 juillet 2021

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