vient de confier à , que la presse de gauche présente comme « un des spécialistes les plus réputés de l’histoire de l’Algérie », une mission sur « la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie », en vue de favoriser « la réconciliation entre les peuples français et algérien ». Cette initiative est doublement contestable : d’abord, parce qu’il n’est pas sûr, contrairement aux termes de la lettre de mission, qu’elle permette un regard plus lucide sur la guerre d’Algérie ; ensuite, parce que le choix de Benjamin Stora ne garantit pas une présentation objective de cette période tragique de l’Histoire de France.

Selon l’Élysée, la mission confiée par Emmanuel Macron doit permettre à Benjamin Stora « de formuler librement des recommandations sur les prochaines étapes de ce travail de vérité et de mémoire ». Il s’agit donc de préparer une sorte de vérité officielle pour les générations futures. Le président algérien a, de son côté, annoncé avoir nommé le docteur Abdelmadjid Chikhi, directeur général du Centre national des archives algériennes, pour mener un travail de « vérité » sur les questions mémorielles entre les deux pays. Quand on sait que le gouvernement algérien réclame régulièrement des excuses de la France pour la colonisation, on peut douter que cette décision soit une manifestation de bonne volonté dans la recherche de la vérité et des responsabilités réciproques.

D’autant plus que l’impartialité d’Emmanuel Macron est entachée par ses déclarations passées. Quand, en février 2017, alors candidat à la présidence, il déclare sur un média algérien que la colonisation a été un « crime contre l’humanité » et que la France doit « présenter ses excuses à l’égard de celles et ceux envers lesquels nous avions commis ces gestes », il montre son parti pris et semble se complaire sur la pente de la repentance. Quand, un an plus tard, il reconnaît, « au nom de la République française, que Maurice Audin a été torturé puis exécuté ou torturé à mort par des militaires qui l’avaient arrêté à son domicile », il donne un exemple concret de cette vision partielle et à sens unique de l’Histoire, oublieuse de sa complexité.

« Cette déclaration laissera une trace ineffaçable », avait alors déclaré Benjamin Stora. On peut se demander s’il est le mieux placé pour conduire cette mission de réconciliation. Faut-il rappeler que, dans sa jeunesse, il a milité dans le groupe trotskiste Alliance des jeunes pour le socialisme et a fait longtemps partie de l’Organisation communiste internationaliste ? Certes, il ne fut pas le seul à faire ainsi ses armes politiques ; mais, quoi qu’en pensent des journaux comme Le Monde ou Libération, ses analyses de la guerre d’Algérie procèdent au moins autant des a priori du militant politique que de la rigueur scientifique qui devrait toujours être celle de l’historien.

À l’annonce de sa nomination, Benjamin Stora a déclaré sur RFI qu’il n’était pas « un représentant de l’État français ». Peut-être. Il n’empêche qu’en acceptant cette mission, il se fait le complice de la stratégie politicienne d’un Président prêt à tout pour se faire réélire. Macron, à la pêche aux voix, appâte l’électorat de droite en mettant en avant, du moins en paroles, la politique sécuritaire et la lutte contre le séparatisme. Au même moment, il donne des signes de connivence à la gauche : cette mission confiée à Benjamin Stora en est un exemple. S’il appartient aux historiens de faire toute la lumière sur la guerre d’Algérie, il n’est ni glorieux ni digne d’un dirigeant politique ou d’un chercheur de l’instrumentaliser à des fins qui n’ont rien à voir avec la recherche désintéressée de la vérité.

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