La sépulture d’un mort de la Grande Guerre profanée en Dordogne

Bouleversée, la famille s'est indignée : « Le respect de la France, il est où ? »
Capture d'écran Sudouest.
Capture d'écran Sudouest.

Le 18 mai 2026, un acte d'une rare indignité a frappé le château de Segonzac, en Dordogne. En effet, dans le caveau familial des Bardon de Segonzac, plusieurs sépultures ont été profanées après une intrusion sur cette propriété privée. Le maître des lieux, François de Segonzac, accuse alors des adeptes de l'urbex. L'affaire a suscité une profonde émotion bien au-delà du Périgord, d'autant plus vive que les tombes visées ne sont pas de simples vestiges du passé : elles renfermaient les dépouilles d’un couple, celle de Charlotte de Couronnel et celle de Louis de Bardon de Segonzac, ce dernier étant mort pour la France en 1918. Plus grave encore, les dalles de pierre protégeant les sépultures auraient été fracturées à coups de burin afin d'accéder aux cercueils, tandis que les ossements ont été laissés à même le sol. Cette terrible scène ne peut provoquer qu’un sentiment de révolte qui dépasse les clivages et les sensibilités. Les morts ne peuvent se défendre : ils dépendent entièrement du respect des vivants.

La frontière franchie par l'urbex

L'exploration urbaine, plus connue sous le nom d'urbex, consiste, pour ses pratiquants, à découvrir des lieux abandonnés ou inhabités, qu'ils soient privés ou publics, sans toujours solliciter l'autorisation de leurs propriétaires. Bien souvent, le contenu de ces explorations est ensuite diffusé sur les réseaux sociaux afin de susciter l'intérêt ou la curiosité. S'il existe une forme de déontologie dans ce milieu, reposant notamment sur la non-divulgation des adresses, l'absence de vol et le refus des dégradations, certains individus s'en affranchissent volontiers, favorisant ainsi des dérives parfois extrêmement graves.

L'affaire de Segonzac illustre cette situation dans ce qu'elle a de plus choquant. Il ne s'agit plus ici d'observer ou d'explorer un bâtiment délaissé. Il s'agit de la violation et de la dégradation pure et simple d'un espace funéraire, des faits susceptibles d'être sanctionnés par la loi avec une peine d’un an de prison et 15.000 euros d’amende. Le passage de la curiosité à la profanation marque alors la rupture morale évidente dans l’esprit de ceux qui ont commis cet acte.

Face à cette découverte, François de Segonzac, n'a pas caché son émotion. Dans les colonnes de Sud-Ouest, il a exprimé sa stupeur et sa peine devant un acte qu'il considère comme une attaque contre la mémoire de sa famille, mais aussi contre celle du pays. Son indignation tient en une phrase : « Le respect de la France, il est où ? » Cette interrogation résonne avec une force particulière, car elle touche à la manière dont une partie de notre société regarde avec haine ou indifférence, désormais, notre Histoire et traite avec mépris ceux qui nous ont précédés.

Une famille et un château profanés

Situé dans la commune de Segonzac, près de Ribérac, le château de Segonzac est l'un des anciens repaires nobles du Périgord, dont les origines remontent au XIIIe siècle. Demeure successive de plusieurs grandes familles aristocratiques, notamment les Vigier et les La Faye, le domaine devint ensuite la propriété de la famille de Bardon de Segonzac. La terre de Segonzac fut érigée en baronnie par lettres patentes de Louis XIII en 1623. Le domaine conserve encore des éléments architecturaux des XIVe et XVIIe siècles, auxquels s'ajoutent plusieurs aménagements réalisés au début du XXe siècle. En 1767, l'architecte Chauvin dressa les plans d'un vaste projet destiné à remplacer l'ensemble des bâtiments existants par un magnifique château classique. Trop ambitieux et coûteux, ce projet ne fut malheureusement jamais réalisé.

La famille de Bardon de Segonzac s'est illustrée au service du royaume de France durant de nombreuses générations. Militaires, officiers et serviteurs de l'État se sont ainsi succédé dans cette lignée dont l'histoire se confond souvent avec celle du pays. Parmi eux figure Louis de Bardon de Segonzac, dont la dépouille profanée reposait, il y encore quelques semaines, en paix. Né en 1884, il avait réussi à intégrer l'École spéciale militaire de Saint-Cyr au sein de la promotion de La Tour d'Auvergne entre 1903 et 1905. Il devient ensuite lieutenant de réserve au 5e régiment de dragons et fut mobilisé durant la Première Guerre mondiale, pendant laquelle il meurt en 1918. Il reçoit alors la mention honorifique « Mort pour la France », gravée sur son cénotaphe. Son destin fut marqué par un autre drame. Son épouse, Charlotte de Couronnel, dont les restes ont été également profanés, décéda prématurément en octobre 1914. Le couple s'était alors marié en janvier 1912 et n'eut pas le temps de fonder une famille. Leur histoire est celle d'une génération brisée par les épreuves du début du XXe siècle.

En profanant ces tombes, les auteurs de ce crime n'ont donc pas seulement porté atteinte à des cercueils anciens. Ils ont offensé la mémoire de femmes et d'hommes dont l'existence, marquée par les épreuves, le deuil et le service de la nation, méritait le repos et la paix. Les pierres peuvent être restaurées et les caveaux refermés, mais la blessure causée par ce sacrilège, elle, demeurera. L'affaire du château de Segonzac rappelle avec force, si ce sont bien des urbexer qui ont causé cela, qu'aucune quête d'exploration, aucune recherche de sensations et aucune volonté d'obtenir davantage de visibilité sur Internet ne sauraient justifier que l'on franchisse la limite du respect dû aux morts.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

5 commentaires

  1. Quand un chef des armées, un CEMA un 1er ministre ne se déplace pas pour des militaires Français tués à l’ennemi. Faut pas s’étonner qu’ensuite, certains estiment que les caveaux des héros peuvent être pillés en toute impunité, il n’y a plus de respect à la téte de l’état, qu’attendre de certains en bas de l’échelle?

  2. Je ne crois pas à vos « URBEXER »…! Ce serait trop simple… Pourquoi ne pes regarder du côté des « Anti-France » et « Anti-Chrétiens »…? Il y a quand même de nombreux exemples de profanations et de dégradations de ces types…!

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