15 personnalités politiques signent une tribune transpartisane contre la GPA

« Voir des personnalités du PS à LR signer ensemble une tribune contre la GPA est un signal fort », salue Olivia Maurel
Capture d'écran Sud Radio
Capture d'écran Sud Radio

Jeudi 28 mai, quinze personnalités politiques ont signé une tribune dans Ouest-France pour le dire clairement : « La GPA "éthique" n’existe pas. » Cette tribune ne sort pas par hasard, explique le quotidien, elle est une réponse à la déclaration de Gabriel Attal qui s’est dit prêt à ouvrir le débat en vue des présidentielles où il est candidat, « qu’il ne fallait pas l’occulter ». Si cette idée ne fait même pas l’unanimité chez Renaissance, il faut bien reconnaître que la question de la légalisation de la GPA transcende les partis, puisque les signataires le redisent : c’est une question de civilisation.

Refus d'« habiller un marché en conviction »

Sans nier le désir parfois viscéral d’avoir des enfants, sans remettre en cause aucun modèle familial, les quinze signataires l'affirment clairement : cela ne donne pour autant pas « le droit de mettre le corps des femmes à la disposition du désir d’autrui ». Ils ne croient pas à un encadrement légal qui rendrait la gestation pour autrui « éthique » : la légalisation ne changerait pas le marché puisque, « derrière l’éthique, il y a un marché estimé à près de 15 milliards de dollars en 2023, promis à plus de 100 milliards d’ici 2033 ». Autrement dit, complètent-ils, « un système organisé autour d’une logique d’offre et de demande où prospèrent agences et intermédiaires dans lequel les femmes qui portent les enfants des autres sont rarement celles qui détiennent le pouvoir ». En s’appuyant sur le rapport rendu par l’ONU, en 2025, appelant à une abolition de la GPA, les signataires rappellent que le corps des femmes n’est pas une marchandise, que la GPA « les expose à de graves violations de leurs droits » et que cette pratique est « fondée sur une asymétrie profonde ». La question ne devrait donc même pas se poser, puisqu'il s'agit de défendre les droits des femmes, de refuser que leurs corps puissent avoir une valeur marchande.

La France, figure de proue de l'abolition de la GPA ?

Et la tribune va plus loin : comme il ne s’agit pas de nier l’existence ou les droits des enfants nés de GPA à l’étranger, la France, « en cohérence avec ses principes universalistes, […] a une voix singulière à porter : celle d’une ambition qui ne déplace pas le problème d’un pays à l’autre, mais vise son abolition. Car le corps humain n’est pas une ressource, la maternité n’est pas une prestation et le principe d’indisponibilité du corps humain n’est pas un archaïsme mais un rempart contre l’idée que tout puisse devenir objet de contrat. » Interrogée par BV, Olivia Maurel, auteur de Où es-tu maman ?, aux Éditions du rocher, et elle-même née d’une GPA, salue l’initiative des signataires et se réjouit de voir qu’« il y a encore un grand espoir pour la France [celui de] maintenir le cap comme grande nation protégeant les plus vulnérables pour 2027 ». Parce que c’est bien dans la perspective des présidentielles que ces signataires prennent ouvertement position, sans pour autant tenir compte de leurs affiliations partisanes, comme ils l’expliquent en conclusions de leur tribune : « À quelques mois d’une campagne présidentielle qui verra ce sujet s’inviter dans le débat, nous voulons poser des bornes claires : une civilisation ne se définit pas seulement par ce qu’elle a le pouvoir de faire ; elle se définit aussi par ce qu’elle choisit, collectivement, de ne pas faire. »

Une question de civilisation

Lancée par Aurore Bergé, ministre de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, la tribune rassemble en effet des personnalités hétérogènes : François Baroin, ancien ministre de l’Intérieur et maire de Troyes (LR) ; Nicole Belloubet, ancien garde des Sceaux ; Xavier Bertrand, ancien ministre de la Santé et président de la région des Hauts-de-France (LR) ; Jean-Michel Blanquer, ancien ministre de l’Éducation nationale et président de Laboratoire de la République ; Agnès Buzyn, ancien ministre de la Santé ; Rachida Dati, ancien garde des Sceaux et maire du VIIe arrondissement de Paris (LR) ; Nathalie Delattre, sénatrice (présidente du Parti radical) ; Agnès Firmin Le Bodo, ancien ministre de la Santé et députée (Horizons) ; David Lisnard, maire de Cannes (président de Nouvelle Énergie) ; Véronique Riotton, députée, présidente de la Délégation aux droits des femmes (Renaissance) ; Laurence Rossignol, ancienne ministre de l’Égalité et des Familles et sénatrice (PS) ; Frédéric Valletoux, ancien ministre de la santé, député, président de la commission des affaires sociales (Horizons) ; Manuel Valls, ancien Premier ministre ; Dominique Vérien, sénatrice et présidente de la Délégation aux droits des femmes (UDI). D’ailleurs, Olivia Maurel se réjouit de cet éclectisme auprès de BV : « Dans une époque où tout semble opposer les Français, voir des personnalités du PS à LR signer ensemble une tribune contre la GPA est un signal fort », explique-t-elle, en ajoutant que « sur certains sujets, il ne devrait pas y avoir de droite ou de gauche. Seulement des limites que nous refusons de franchir : fabriquer des enfants pour les séparer de leur mère et faire du corps des femmes un marché. » D’ailleurs, elle se réjouit d’autant plus de cette tribune que « c'est exactement ce qu’[ils] construis[ent] depuis des années à la Déclaration de Casablanca : un mouvement où la protection des femmes et des enfants passe avant les appartenances politiques ».

La tribune, certes transpartisane, reste cependant cantonnée aux partis dits de gouvernement. Mais peut-être que, pour une fois, ce sectarisme rend service à la cause défendue : dans Têtu, c’est le président des Jeunes Radicaux de gauche de Haute-Garonne, Flavio Dalmau, qui « invite son parti à adopter un positionnement clair envers la gestation pour autrui (GPA) éthique » en expliquant qu’« alors que l’extrême droite cherche à se positionner en tant que défenderesse d’un "idéal sociétal", la gauche progressiste aura la responsabilité de retrouver sa quête de l’émancipation humaine ». Il lui sera cependant difficile de faire passer Aurore Bergé ou Manuel Valls pour de vilains fachos...

Vos commentaires

6 commentaires

  1. La France va très mal, financièrement, sécuritairement. Sa culture est en danger. La GPA doit être refusée au nom du respect des femmes et du refus de les exploiter. Mettre ce point en tête d’un programme électoral n’est pas sérieux. Actuellement tous ceux qui ont rapporté des enfants fabriqués à l’étranger ont peu leur donner un état civil. Ils en veulent toujours plus…

  2. La GPA éthique serait la cerise sur le gâteau qui viendrait couronner toutes nos « avancées » sociétales inventées par la gauche. Que Laurence Rossignol soit signataire de cette tribune en dit long sur le malaise qui fait rage dans les consciences de cette gauche progressiste. Il n’est jamais trop tard pour reconnaitre ses fautes et la France s’honorerait à ne jamais tolérer de telles pratiques.
    On peut toutefois se demander jusqu’à quand cette position sera tenable, les défenseurs de la GPA ayant beau jeu de dire que les plus fortunés pratiquent déjà cette monstruosité à l’étranger.
    Le désir d’enfant est respectable mais un adulte responsable ne doit pas se comporter en consommateur égoïste et doit d’abord penser à ce qui devrait être au cœur de ce sujet : le bébé qui sera arraché à sa mère porteuse dès sa naissance. On ne fait même pas ça aux veaux ou aux agneaux !

  3. 15 sur si on ne compte que les députés et sénateurs sur 925 sans compter les maires et présidents de régions, c’est une fumisterie puisqu’ils ont accepté de reconnaitre les enfants nés de GPA à l’étranger comme français bénéficiant pour les parents de toutes les aides accordées aux parents non fraudeurs de la loi, jusqu’à quand vont t-ils continuer à nous prendre pour des lapins de 3 semaines ?

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