Passé le temps de la contestation, celui des sanctions est-il arrivé ? À Marseille, une trentaine de policiers ont été convoqués par leur hiérarchie pour avoir poursuivi leur mouvement de grogne après l’annonce, par Cazeneuve, de son plan d’urgence pour la . Si l’on évoque un simple rappel à l’ordre, et non des sanctions, il n’en demeure pas moins que cette reprise en main peut susciter quelques inquiétudes chez les intéressés. Pourtant, tomber dans le travers des sanctions serait la plus mauvaise des issues.

Car, même humilié par ses troupes, Jean-Marc Falcone, le DGPN (directeur général de la police nationale), ne doit pas oublier qu’il est seul responsable de ces derniers événements. En effet, le rôle du patron de la police nationale est avant tout technique. À lui de donner tous les moyens à ses services pour qu’ils puissent exécuter correctement, en toute sécurité et dans l’intérêt de la République, les missions qui sont les leurs. Avoir laissé la police se paupériser à un tel degré relève de la faute lourde et aurait dû lui valoir un limogeage immédiat. Mai, en France, les choses ne fonctionnent pas comme ça. Au plus haut niveau de l’État, une impunité générale prévaut, qui permet à nombre d’incapables de faire de brillantes carrières aux frais du contribuable. Punir les policiers contestataires serait donc une faute politique lourde en même temps qu’une profonde injustice.

Pour autant, la question de la poursuite du mouvement, après les mesures annoncées par le ministre de l’Intérieur, se pose. Il faudrait, d’abord, savoir si toutes les réponses attendues par ces policiers ont été apportées. De l’avis général, plusieurs aspects relatifs à cette colère n’ont pas obtenu de réponse, ou sont en voie d’être glissées sous le tapis.

Il en est ainsi des relations police-justice, qui ne se résoudront pas par quelques stages des uns chez les autres, mais par une mise à plat de notre arsenal juridique, lequel doit être adapté au contexte de violence que connaît notre société.

Les relations hiérarchiques internes à la police doivent également être revues. Une nouvelle organisation doit être mise en place pour plus de cohérence, plus de solidarité et plus d’efficacité opérationnelle. Le régime de la légitime défense des forces de l’ordre doit également être réformé afin de l’adapter aux risques encourus et aux violences subies. Ce régime dépassant, d’ailleurs, le cadre de l’usage des armes.

Enfin – et c’est une leçon importante de ces événements inédits -, le rôle et le fonctionnement des syndicats doivent être analysés. Il est anormal que ces derniers aient été dépassés par leur base, et qu’un divorce durable puisse s’installer entre policiers et représentants syndicaux. La professionnalisation de fait de leurs principaux dirigeants est certainement au cœur du problème.

Alors, bien sûr, les policiers qui manifestent encore, ou auraient cette tentation, doivent regagner leurs commissariats. Ils ont accompli leur devoir et ils ont fait bouger les choses. Insister davantage ne manquerait pas de sur-politiser un mouvement qui se voulait, au départ, apolitique et asyndical. On sait les risques que cela ferait courir aux policiers eux-mêmes, ainsi qu’au pays tout entier.

En revanche, il appartient aux organisations représentatives de se saisir de ces revendications non satisfaites et de les suivre au plus près, afin qu’elles reçoivent les réponses attendues. À défaut, le risque est grand de voir un tel mouvement se répéter, dont l’issue serait alors des plus incertaines.

29 octobre 2016

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