Editoriaux - Education - Politique - 18 mai 2019

Macron ressort du placard la vieille lune de la discrimination positive

Après l’annonce de la suppression de l’ENA, Macron envisage de réformer les modes d’entrée à Polytechnique et à Normale Sup. Il affirme vouloir mettre fin à la reproduction sociale et revenir au « modèle méritocratique » et à l’« élitisme républicain ». En fait, il s’inspire des politiques de discrimination positive instaurées, voilà plus de cinquante ans, aux États-Unis sous le nom d’« affirmative action », au moment où elles sont remises en question. Drôle de « progressisme » que celui d’un Président qui copie un système qui a montré ses limites et son injustice !

Il a un prédécesseur en la personne de Richard Descoings, le directeur de Sciences Po Paris : en 2001, avec le ministère, il a créé des « conventions d’éducation prioritaire » qui permettaient aux meilleurs élèves d’une centaine de lycées de ZEP d’intégrer l’école en passant un examen d’entrée spécifique. Pas de concours écrit, comme les autres, mais une synthèse de dossier de presse et un oral d’admission, mêlant questions de culture générale et entretien de motivation. Un bilan mitigé : depuis 2001, 1.929 lycéens issus de zones difficiles sont ainsi entrés à Sciences Po.

Mais c’est au détriment d’élèves qui ne suivaient pas leurs études dans un lycée conventionné. Sans compter que certaines familles de milieux favorisés ont profité de l’aubaine en inscrivant leurs enfants dans des établissements d’éducation prioritaire. Faudrait-il modifier le dispositif pour tenir compte des revenus, de l’origine sociale, voire ethnique, faire des quotas de filles et de garçons ? On imagine toutes les formes de discrimination que peut engendrer la discrimination dite positive, qui n’est rien d’autre qu’une discrimination tout court.

Certes, il faut améliorer la mixité sociale des grandes écoles qui forment nos élites. Mais sans rompre avec le principe d’égalité républicaine. Notons que les écoles visées sont des écoles où les étudiants, qui signent un engagement décennal, sont rémunérés. C’est déjà lever un obstacle financier à la poursuite d’études. Mais chacun sait que l’obstacle majeur, qui rend plus difficile l’accès des classes modestes à ces écoles, c’est l’autocensure. C’est, ensuite, un enseignement qui faillit à sa mission par préjugé égalitaire, en ne permettant pas aux meilleurs, quel que soit leur milieu d’origine, de tendre vers l’excellence.

Plutôt que de céder à la facilité par une discrimination positive, plutôt que de se donner bonne conscience en privilégiant les uns au détriment des autres, plutôt que de lutter contre des injustices par d’autres injustices, il faut que l’école soit exigeante pour tous dès l’école primaire. Tant il est vrai que ce sont les classes les moins favorisées qui souffrent le plus d’un enseignement médiocre. Il faudrait, aussi, avoir le courage de distinguer les élèves les plus méritants en leur donnant la possibilité de poursuivre leur cursus dans de bonnes conditions (création de classes d’excellence dans les établissements d’éducation prioritaire, possibilité de changer de collège ou de lycée, intégration dans un internat d’excellence).

Macron, dont toute la politique laisse à penser qu’il soutient la domination des élites sur la masse, veut passer pour un disciple de Bourdieu, qui dénoncerait la reproduction sociale. Mais les solutions qu’il envisage, loin de pallier la ségrégation, l’accentuent en créant de nouveaux privilèges. La seule solution équitable est d’assurer à tous les élèves qui en ont la capacité la possibilité d’acquérir des savoirs exigeants, des méthodes de travail solides, un accompagnement moral, si nécessaire, pour qu’ils ne s’autocensurent pas et ne renoncent pas à l’ambition de leur mérite ni à la récompense de leurs efforts.

À lire aussi

Et revoilà Benalla, le nombriliste !

En tout cas, quoi qu'on pense de son passé, il est fier de son présent. …