Les défis posés par l’intelligence artificielle à l’école [1/2]
D’après un sondage IFOP d’avril 2026 pour la Fondation pour l’école, 66 % des Français s’inquiètent de l’impact négatif de l’intelligence artificielle (IA) sur le développement de l’esprit critique et l’apprentissage des fondamentaux à l’école.
Cette inquiétude est bien légitime alors que l’IA s’introduit dans notre vie quotidienne avec des conséquences très importantes en entreprise, à la maison ou à l’école. Ce qui est devenu courant, bon et utile au travail ou pour effectuer une recherche personnelle n’est pourtant pas transposable chez les élèves. Le cas des étudiants étant un peu différent.
L’intelligence artificielle, objet ou sujet ?
Avant de nous interroger sur la place qu’il conviendrait de donner à l’IA à l’école, posons-nous une question : l’intelligence artificielle, objet ou sujet ?
Voici une réponse donnée par le pape Léon XIV dans son encyclique Magnifica humanitas, parue le 15 mai 2026 : « Il n’est pas possible de donner une définition univoque et complète de l’IA. Ce que nous pouvons affirmer, c’est qu’il faut éviter l’erreur consistant à assimiler cette intelligence à l’intelligence humaine. Ces systèmes imitent certaines fonctions de l’intelligence humaine. Ce faisant, ils la surpassent souvent en termes de vitesse et d’ampleur de calcul, offrant des avantages concrets dans de nombreux domaines. Et pourtant, cette puissance reste exclusivement liée au traitement des données : les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité. Elles n’ont pas de conscience morale : elles ne jugent pas le bien et le mal, ne saisissent pas le sens ultime des situations, n’assument pas le poids des conséquences. Elles peuvent imiter des langages, des comportements, des évaluations, elles peuvent simuler de l’empathie ou de la compréhension, mais elles ne comprennent pas ce qu’elles produisent, car elles n’habitent pas l’horizon affectif, relationnel et spirituel dans lequel l’humain devient sage. Même lorsque ces outils sont présentés comme capables dʼ"apprendre", leur manière de le faire diffère de celle de l’être humain. Il ne s’agit pas de l’expérience de celui qui se laisse façonner par la vie et grandit au fil du temps à travers ses choix, ses erreurs, le pardon et la fidélité ; il s’agit plutôt d’une adaptation statistique à partir de données et de résultats qui peut s’avérer très efficace, mais qui n’implique pas de croissance intérieure. »
Pour la première fois, professeurs, parents et élèves sont confrontés à un androïde numérique, à un outil probabiliste qui trouve de l’information vraisemblable, calcule, écrit, résume, dessine, choisit mais sans capacité de porter un jugement ou d’assumer la responsabilité de ses choix. Or, une décision ne doit jamais être séparée de la conscience et de la responsabilité.
Hannah Arendt rappelait en son temps que le véritable danger n’est pas la technique mais la disparition du jugement. Il ne saurait donc devenir un confident ou engager avec l’élève « un dialogue de type socratique » avec un humain.
Pour mettre l’IA à sa juste place à l’âge scolaire - de la maternelle à la terminale -, il faut revenir à la finalité de l’école qui est un lieu de transmission, de formation de l’intelligence et de socialisation secondaire, sous la conduite d’instituteurs et de professeurs.
Les élèves (nos enfants) réussiront leur vie d’adulte s’ils ont le courage de rester attentifs et d’être honnêtes intellectuellement. Cela doit nous éclairer sur la place à donner à l’IA à l’école, sous la responsabilité des parents et des professeurs.
Qu'en dit l'IA ?
Afin d’être plus concret sur ce sujet, j’ai posé à une IA la question suivante, ce que l’on appelle le « prompt » : « Rédigez un chapitre de 3.900 caractères qui met en avant les défis posés par l’intelligence artificielle pour les écoles primaires et secondaires. Développez deux aspects : premièrement, montrez l’intérêt que l’IA peut avoir pour les professeurs mais aussi les risques encourus. Deuxièmement, comment apprendre aux élèves à utiliser "intelligemment" l’IA en préservant leur esprit critique et leur capacité de décision ? »
Voici la réponse (nous reviendrons sur les expressions que j’ai soulignées) :
« L’intelligence artificielle : entre promesse pédagogique et responsabilité éducative.
En quelques mois, sans réforme ni décision ministérielle, l’intelligence artificielle générative s’est introduite dans les pratiques scolaires de millions d’élèves. Elle rédige des dissertations, résout des problèmes, traduit des textes — avec une disponibilité permanente qui court-circuite l’effort d’apprendre. Face à cette irruption silencieuse, l’école doit penser sa réponse avec la même rigueur qu’elle exige de ses élèves.
Pour un enseignant surchargé, l’IA représente un gain réel : générer en quelques secondes une séquence différenciée, adapter un texte à plusieurs niveaux de lecture, produire une banque d’exercices ou une grille d’évaluation. En libérant les professeurs des tâches répétitives, elle leur rend ce bien le plus rare : le temps de penser. Au secondaire, elle peut aussi enrichir la préparation documentaire d’un cours d’histoire ou nourrir la réflexion d’un professeur de lettres - à condition que le regard critique de l’enseignant reste le dernier filtre.
Car cette alliance porte des fragilités sérieuses. Confier la conception de ses séquences à un algorithme, c’est risquer d’affaiblir sa propre expertise didactique : préparer une leçon, c’est anticiper les obstacles cognitifs des élèves, choisir la progression qui fera sens — un travail de pensée qui ne se délègue pas. S’y ajoute le risque factuel : les modèles de langage produisent des textes vraisemblables et parfois erronés, un phénomène "d’hallucination" que seul un enseignant averti peut détecter. Enfin, la saisie de données sur des élèves mineurs dans des outils commerciaux soulève de réels enjeux au regard du RGPD.
Les élèves utilisent déjà l’IA — souvent sans cadre ni discernement. L’enjeu n’est plus de l’interdire mais d’apprendre à s’en servir sans abdiquer sa propre pensée. Les sciences cognitives le rappellent : l’apprentissage durable exige la « désirable difficulté », cette friction intellectuelle que la réponse instantanée de l’algorithme supprime. Un élève qui délègue systématiquement n’apprend pas : il consomme des réponses sans construire de compétences. Dès le primaire, une culture de la vérification s’impose — comprendre que toute source peut se tromper, confronter les informations, interroger plutôt que recevoir.
Au secondaire, l’enjeu devient celui de la décision : comprendre quand recourir à l’IA, avec quelles précautions, et assumer ce qu’elle produit. Trois approches ont émergé dans les établissements pionniers. La première fait de l’IA un objet d’étude : déconstruire une réponse générée, identifier ses biais, forme un esprit critique adapté aux contenus algorithmiques. La deuxième impose la comparaison : l’élève produit d’abord son propre travail, puis confronte sa réflexion à la proposition de l’IA, et argumente ses choix — ce va-et-vient l’oblige à défendre ses positions. La troisième, peut-être la plus prometteuse, consiste à utiliser l’IA comme interlocuteur plutôt que comme oracle : poser des questions successives plutôt que commander une réponse toute faite à travers un dialogue socratique avec la machine oblige l’élève à rester maître de son raisonnement et à assumer la responsabilité de ses conclusions.
La technologie est là, elle progressera. La vraie question est la posture que l’école choisit d’adopter. Apprendre à lire, c’était déjà refuser de se laisser manipuler par les textes ; apprendre l’histoire, c’était comprendre que les récits sont construits. L’éducation à l’IA n’est pas une rupture — elle est la continuation nécessaire de cette mission. Elle demande aux enseignants d’être des utilisateurs éclairés et aux élèves de comprendre que la facilité n’est pas l’intelligence. L’école de demain sera celle qui aura su faire de cette technologie une occasion d’enseigner ce qui ne peut être algorithmisé : le courage de douter, et la fierté d’une pensée qui n’appartient qu’à soi. »
Une première lecture de ce résultat obtenu en une minute est intéressante et même étonnante.
Une deuxième lecture permet de mettre en évidence plusieurs points de vigilance. Nous verrons cela demain...
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19 commentaires
Avec l’IA, les enfants ne sauront ni lire ni écrire, ni réfléchir …..Voir les décisions que la Norvège vient de prendre !!
l’IA, consultée sur un sujet précis, ne fait preuve d’aucune intelligence, mais synthétise en quelques secondes tout ce que l’humanité entière a déjà acquise, et écrit ou déclaré, sur le sujet, et le rédige dans la seconde. S’en émouvoir est bien légitime, on a l’impression d’être en concurrence, comme faire la course à pied contre un avion de chasse!
Savoir d’abord que l’IA n’a pas de conscience, ni de responsabilité propre, comme c’est décrit dans cet article. Ensuite, tout humain conserve dans l’usage de l’IA le choix de l’étendue du résultat qu’on en attend: quelle est normalement la couleur d’un pomme, ou: à quel stade est engagée juridiquement la responsabilité d’un conducteur qui roule en marche arrière et franchit un feu rouge… Après, c’est à chacun d’interpréter la/les réponse(s).
Faisant partie d’une équipe liturgique, j’ai invité l’IA à me pondre un texte pour le mot d’accueil qui est l’entête des feuilles distribuées aux paroissiens à chaque messe. 2 secondes plus tard, j’avais de quoi copier le parfait mot d’accueil, en thème avec les textes du jour! En conscience, j’en ai discuté en équipe, et ce texte a donc été mis en concurrence avec ceux concoctés et rédigés par mes amis. La conclusion qu’il en a été tirée: qu’est-ce qui est le plus important pour l’Assemblée des paroissiens: produire un texte réfléchi mais « humain » (avec ses imperfections), ou une parfaite synthèse des thèmes du jour , donnant à réfléchir?
» Et c’est à cette technologie erratique sans aucune garantie de fiabilité future, sinon les promesses de ses vendeurs, que nous allons livrer les clés de notre avenir, alors que les seules conséquences dont on soit sûr à l’heure actuelle se mesurent en perte d’emplois, d’énergie, de liberté.
47% des métiers sont annoncés en voie de disparition, les consommations d’eau et d’électricité nécessaires aux centres d’IA sont aussi colossales que les émissions de CO2.
Le grand combat qui nous attend, c’est la reconquête de notre intégrité physique. C’est la préservation du génie humain qui, dans le droit fil du modèle végétal et animal, se nourrit de ses limites pour les transcender. C’est la nécessité de sauver notre âme de la mécanisation.
Avoir recours à l’IA, nous condamne à la médiocrité uniforme, oblitere notre puissance intellectuelle, notre inspiration, notre sincérité, nos richesses intérieures.
A en croire les spécialistes pékinois, il se pourrait bien que la robotique de l’IA ait fait long feu : c’est l’intelligence indestructible de la Nature, qui, à leurs yeux, nous rendra immortels. »
Didier Van Cauwelaert, » L’intelligence naturelle « . Excellent livre.
Regardez « L’homme bicentenaire » avec Robin William.
En quoi la dite « intelligence » artificielle est-elle intelligente ? Elle ne fait que découper une question en une série de bouts de phrase (les « tokens »), eallerrechercher dans ce qui est disponible dans des bases de donnés et fournir un texte de réponse dont le contenu est basé sur le fait qu’il est le plus probable que tel mot suive tel autre mot. Où est l’intelligence dans cette façon de faire, où est l’analyse critique de la justesse de la réponse ? Laquelle réponse dépend de la façon dont à été posée la question. Un interlocuteur humain étant plus intelligent en ce sens qu’il peut interpréter la question. Il y a tout au plus un outil qui va plus vite et qui est capable de compiler un savoir rapidement mais il ne s’agit certainement pas d’un système « intelligent ». Et je ne parlerai pas du fait que la teneur de la réponse dépend en très grande partie de celui qui aura programmé le système et de ce qu’il lui aura donc permis de dire ou de ne pas dire. Je répète donc ma question : où est l’intelligence là dedans (à part celle des programmeurs, bien entendu, et des financiers qui ont trouvé une nouvelle poule aux œufs d’or, très, très, très dorés).
Toute proportion gardée, il en est de même avec la table de multiplication. L’élève qui se sert d’une calculette ne saura jamais compter
L’intelligence artificielle n’aura pas de mal à supplanter l’intelligence humaine avec toutes ses valeurs chez beaucoup, le vide étant abyssal …
Je donnerai la note 20/20 à un devoir fait par IA complété par une explication exhaustive point per point faite par l’élève lui-même. Ce sera la preuve de l’utilité de l’IA.
Je constate avec inquiétude que peut d’abonnés s’intéressent au sujet… C’est inquiétant. Est-ce là encore une sorte de soumission ? En tout cas, je n’ai rien à ajouter à l’analyse de M.Valadier et au point de vue éclairant et tellement vrai de Alex2264.
Aujourd’hui, nous sommes dimanche.
il y en a qui font la grâce matinée, et d’autres (en général les XX), qui font la cuisine -une cuisine du dimanche, avec gâteau, légumes frais, viandes rôties ou bien viandes mijotées, et jolis plateaux d’entrée par exemple- après avoir fait le ménage.
Pas le temps de lire Bd Voltaire (et d’autres) avant 11h du matin et encore!
Et là, l’IA n’est pas compétente ! Un robot, peut être, pour celles qui ont les moyens de se le payer?
Bonjour Bruneau. Il s’agit plutôt selon moi de fainéantise que de soumission. Tout cela me fait craindre à terme un risque extrêmement important de manipulation des foules qui n’auront plus ni le recul historique, ni le sens critique pour juger de ce qu’elles ont sous les yeux et des réponses qui leurs seront faites pat ces outils car elles auront délégué tout ce qui pouvait constituer leur intelligence personnelle à des machines (auxquelles les programmeurs ou les experts pourront faire dire ce qu’ils ont envie de faire dire, tout cela me paraît être un gigantesque miroit aux alouettes).
Complètement d’accord avec tout ça. Mais pourquoi ne pas programmer une IA « scolaire » afin qu’elle oblige tout simplement les enfants à réfléchir par eux-mêmes. Ce serait très simple à programmer. Pas de réponse toute faite. Seulement une réflexion conjointe à partir d’un VRAI TRAVAIL fourni par l’élève. D’abord il bosse, et ensuite on en discute, on corrige, on ajoute, on le fait « réfléchir ». Et je suis certaine qu’une IA pourrait faire tout ça avec brio, avec un réel bénéfice pour l’élève, si on le lui demandait…
Oui
A mes yeux de vieux fourneau, l’IA est un outil formidable à utiliser quand on est capable de ne pas le faire.
excellente réponse
Effectivement, mon frère a mis 2 jours à trouver une pièce très spécifique, avec l’IA, son voisin, plus jeune, évidemment, et sans compétences dans la chose, a mis 30 minutes. Mais n’en a aucun besoin.
Tout d’abord, je voudrais dire que la réponse du Pape est tout à fait intelligente. Celle de l’IA n’est qu’instructive sur ce que l’on appelle faussement Intelligence. Il ne s’agit pas d’intelligence, mais d’un outil qui pratique le croisement de données, d’algorithmes, c’est la première chose à enseigner aux enfants : » Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde.
Ces données qui entrent dans la mémoire de l’IA sont parfois fausses et très souvent matinées de wokisme.
Je voudrais témoigner ici. Mon conjoint qui se targue d’écrire des romans n’utilise plus l’IA qu’à des fins de correction de la ponctuation, de l’orthographe (c’est insuffisant) et de syntaxe en raison de la censure woke qui l’empêche de choisir pour ces romans un racisé commettant un acte répréhensible ou toutes sortes de problèmes du même acabit. S’il passe outre, il doit subir les foudres moralisatrices de l’IA.
Dans la réponse à votre question L’IA se définit comme » interlocuteur ». On est en plein dans l’allégorie de la Caverne par Platon. L’IA nous impose insidieusement une forme d’humanité : l’interlocuteur, accentué par son nom d’IA : intelligence artificielle alors que l’intelligence ne peut être qu’humaine comme le dit le Pape. Il ne reste plus que l’artificiel, la machine.
À mes enfants, je dis ; refusez le tutoiement de l’IA et ses compliments. Est-ce que votre téléviseur, votre téléphone vous félicite ou vous réprimande à chaque fois que vous les allumez ?
J’adore votre commentaire. Merci.
L’IA est à « l’Intelligence » que qu’est « l’Eolien » à « l’Energie » …
IL sera trop tard lorsque cette « IA » sera prédominante partout …