Victor Willis, de Village People, n’est plus : des gays festifs, pas revendicatifs
Victor Willis : le nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, il fut l’un des fondateurs du mythique groupe Village People, qui a vendu des disques par millions, au siècle dernier. Il vient de nous quitter ce 30 juin. Il avait 74 ans. Avant ce groupe emblématique jouant avec l’esthétique homosexuelle de l’époque, le défunt chante du gospel dans une église baptiste, dirigée par son père, à San Francisco. Tôt, il se fait un nom et une réputation. Contrairement à ce que peuvent laisser penser ses accoutrements à venir, Victor Willis n’appartient pas à la fanfare, tel qu’on disait alors ou comme le dit encore Laurent Gerra, sans méchanceté. Compositeur de talent, c’est lui qui contribuera à écrire, avec Jacques Morali, I Love America pour notre Patrick Juvet national.
Jacques Morali, un autre défunt, parti le 15 novembre 1991, n’est guère plus connu ; enfin, pas plus qu'Henri Belolo, qui nous a quittés le 3 août 2019. Et pourtant… En effet, ce duo est celui qui a véritablement fondé Village People, Victor Willis n’arrivant qu’après. Jacques Morali vend des disques à l’aéroport d’Orly avant de devenir l’un des compositeurs attitrés du Crazy Horse. Henri Belolo est producteur chez Polydor. Ils sont ambitieux et le monde de la nuit n’a pas de secret pour eux. Dès 1975, ils partent pour les USA. Là, ils embauchent trois beautés noires (Cheryl Jacks, Cassandra Wooten et Gwendolyn Oliver), qu’ils rebaptisent The Ritchie Family. L’heure est au dancefloor. À La Fièvre du samedi soir (1977), de John Badham et aux costumes aussi blancs que cintrés de John Travolta. La période, elle aussi, est assez cintrée, entre poudre blanche et billets verts. Venue des clubs homosexuels américains, mais aussi de la vieille Europe, avec le producteur italien Giorgio Moroder qui produit Donna Summer, Love To Love You Baby et ses vagissements plus qu’évocateurs, sans oublier le Français Marc Cerrone et son Supernature, la déferlante disco emporte tout sur son passage. Le duo Belolo/Morali veut évidemment en être.
Village People, une création française…
Florent Mazzoleni, dans son remarquable ouvrage Disco (Flammarion), nous rappelle : « Henri Belolo a l’idée d’un groupe, masculin celui-là : "J’étais à New York avec Jacques Morali. On se baladait dans le quartier de Greenwich Village et on a vu un Indien jouer des cloches, dans la rue. Intrigués, on l’a suivi dans un bar où il était serveur et faisait un numéro de disco toutes les vingt minutes. Parmi les clients était attablé un type avec un chapeau de cow-boy. Ce fut un déclic : créer un groupe avec tous les stéréotypes du mâle américain." De son côté, Jacques Morali réalise alors qu’il n’existe aucune formation gay digne de ce nom, en dépit de quelques professions de foi signées Sylvester ou Valentino, dont le I Was Born This Way est l’un des premiers titres dansants ouvertement homosexuels. »
Les auditions commencent donc en 1977. Résultat ? Le marin militaire Alexander Briley, l’Indien Felipe Rose, le cow-boy Randy Jones, l’ouvrier en bâtiment David « Scar » Hodo, le motard Glenn Hughes et le policier Victor Willis, le chanteur principal, incarnent un melting-pot gay plus qu’au point. Le secret du succès de Village People ? Son homosexualité festive et, finalement, assez peu revendicative.
Même les réactionnaires de l’époque n’y trouvent rien à redire…
Ainsi la Marine américaine fournit-elle gracieusement sa logistique au tournage du clip In the Navy, tandis que le réseau des YMCA (Young Men's Christian Association), auberges de jeunesse locales d’inspiration religieuse, ne voit rien de mal au succès de la chanson éponyme, bien au contraire, ce tube planétaire lui assurant une affluence record pour des raisons qui n’étaient alors pas forcément d’inspiration tout à fait « chrétienne ».
Aujourd’hui, il serait intéressant de voir comment ces clips pourraient être reçus. Bourrés de clichés homophobes pour les uns, d’appels à la débauche pour les autres ? De réappropriation culturelle pour certains, les membres de Village People n’étant pas tous homosexuels ? Ou d’assignation à un genre par la nature défini, alors que d’autres prétendent que le sexe d’origine n’est finalement qu’une construction sociale ?
Donald Trump salue sa mémoire…
La preuve en est que Village People a accompagné la réélection de Donald Trump, pas le dernier à entonner Macho Man durant sa campagne.
Sur le coup, Victor Willis n’y avait rien trouvé à redire, allant jusqu’à affirmer : « Laissons une chance au président Trump, indépendamment de ce que vous avez pu penser de lui dans le passé. Voyons ce qu’il va faire à l’avenir et, s’il prend des mesures pour restreindre les droits des LGBTQ, les Village People seront les premiers à s’exprimer. » Après certains débordements de la ICE, la police américaine de l’immigration, il était revenu sur ses positions. Sans dramaturgie ni emphase, se contentant simplement de demander au président Trump de ne plus utiliser ses chansons. Ça peut se concevoir.
Le principal intéressé ne semble pas être rancunier, affirmant sur le réseau Truth Social, à propos de Victor Willis : « C’était un type formidable ! » C’était l'oraison funèbre du révérend père Trump. On a connu moins jovial.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour
LES PLUS LUS DU JOUR




































6 commentaires
Ah ! L’époque des pantalons pattes d’éléphant et des chemise cintrées à cols « pelle à tarte »… Les années Disco étaient bien sympas ! Et nous étions jeunes et insouciants. Avec Village People, les Bee Gees, ABBA, Boney M et tous les autres, les pistes de danse ont bien chauffé et on se prenait moins la tête que notre jeunesse actuelle… Ou est-ce que j’ai vieilli ? Sûrement, pour les chemises cintrées ;)
Décidément , monsieur Gauthier , vous faites preuve d’un éclectisme des plus étonnant passant du blues rock d’Eric Clapton au disco de Village people . Il est vrai qu’au cours de ces décennies nous avons eu la chance de bénéficier d’une grande variété de modes musicales .
j’ai l’impression que les choses stagnent en matière de créations musicales depuis le début de ce 21 ème siècle , supplantées en cela par les évolutions technologiques .
Comme vous , j’aime la pop et le rock des années 60 70 mais j’ai dansé sur le disco des années 70 à 80.
Sylvester avec « you make me feel » avant que ce titre soit repris par Jimmy Somerville , les Villages People , Georgio Moroder et Donna Summer , les Bee Gees , Cerrone et le début du rap avec Sugar Hill Gang , on se rêvait tous en John Travolta . Ce qui était bien c’est que cette musique ne laissait personne sur le bord de la piste de danse .
Tout cela était festif et loin de cette époque, tout à la fois, idiote et neurasthénique .
Bravo!
Il est vrai que comparativement à la daube actuelle, ce groupe dégageait une certaine fraicheur !
Comparé au rap ordurier, ces chansons étaient bien plus joyeuses et sans complexe.
Ce groupe était sympa !