[VIVE LA FRANCE] Une exposition de faïence sur l’identité spirituelle de la Provence
« Pour cette exposition, nous avons réuni, pour la première fois depuis la Révolution française, des œuvres qui avaient été dispersées lors des confiscations révolutionnaires », s’enthousiasme Marina Lafon-Borelli, commissaire de l’exposition « Faïence & Dévotion » contactée par BV. Ainsi, depuis le 26 juin et jusqu’au 22 novembre, le musée de Notre-Dame de la Garde, à Marseille, accueille une exposition exceptionnelle consacrée à la faïence de Moustiers aux XVIIe et XVIIIe siècles. « Ces œuvres provenaient d’églises et se retrouvaient, depuis, dans des musées ou des collections privées. Aucune exposition en France n'avait jamais réuni un tel ensemble », poursuit Marina Lafon-Borelli. Une exposition patrimoniale qui met en lumière l’identité spirituelle de Marseille, et pour cause.
Lorsque la peste frappe la cité phocéenne en 1720, près de la moitié de la population disparaît. Deux ans plus tard, la ville renaît. Les ateliers rouvrent, les artistes reprennent leur activité, les institutions culturelles voient le jour. L'Académie de Marseille est fondée en 1726, et cette exposition vient célébrer ce tricentenaire. « C'est également l'époque de l'émergence de Joseph Fauchier, un artiste profondément engagé, explique la commissaire. Alors que la faïence religieuse était auparavant essentiellement décorative, avec des motifs bibliques, Fauchier crée des œuvres destinées au culte. On passe ainsi de la faïence d'apparat pour les demeures à une faïence engagée au service de la foi. » Vierges monumentales, plaques représentant les saints protecteurs, grands crucifix en relief ou encore sculptures en ronde-bosse, il développe une véritable œuvre spirituelle. « Fauchier perd pourtant sept de ses enfants entre 1714 et 1725, en pleine période de peste. Il devient ensuite frère mineur franciscain. Je pense que cette vocation est intimement liée au drame qu'il a traversé. Son œuvre est passionnante : il est sans doute le plus grand faïencier de son époque, à la tête de la plus importante manufacture de la ville », renchérit Marina Lafon-Borelli.

Saint Bruno en prière. © mlb
Marseille, première ville du monde consacrée au Sacré-Cœur
Une spiritualité qui s'enracine dans un événement majeur de l'histoire de la Provence : la consécration de Marseille au Sacré-Cœur de Jésus. « À cette époque, la peste est perçue comme une punition divine et les habitants se tournent vers le Sacré-Cœur de Jésus. Marseille devient la première ville de France, et même du monde, à être consacrée au Sacré-Cœur. »
À ce sujet — 25 mai 1720 : Marseille pestiférée, ville morte
Ce parcours rassemble près de 150 œuvres prêtées par six musées et une trentaine de collectionneurs privés. L'une des pièces les plus émouvantes, pour la commissaire, est la châsse en faïence réalisée par Joseph Fauchier pour accueillir le masque mortuaire de la vénérable Anne-Madeleine Rémuzat, la religieuse qui inspira la consécration de Marseille au Sacré-Cœur pendant la peste. Conservée pendant près de deux siècles dans un monastère de la Visitation, elle retrouve aujourd'hui sa ville d'origine, où elle demeurera désormais en dépôt permanent. « Parmi les œuvres majeures figurent quatre grandes plaques en faïence représentant saint Joseph, sainte Claire, saint Roch et Mater Salvatoris. Elles avaient été conçues comme un ensemble mais n'avaient jamais été réunies depuis leur dispersion. L'exposition présente également plusieurs Vierges à l'Enfant monumentales, certaines atteignant près d'un mètre de hauteur, ainsi que des Vierges plus modestes destinées à la dévotion privée. Un très grand Christ en haut-relief complète cet ensemble exceptionnel. L'ensemble est d'une homogénéité et d'une force saisissantes. »

Grande Vierge couronnée à l'Enfant, faïence de grand feu polychrome. ©Philippe Laurenson
Plus de deux années de recherches ont été nécessaires pour recenser ces œuvres, retrouver leurs propriétaires, étudier les archives et publier un catalogue scientifique de près de 450 pages. Une véritable enquête patrimoniale qui raconte aussi bien l’histoire d’un savoir-faire d’excellence que celle d’une France encore capable de puiser dans ses racines pour faire rayonner son identité.
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6 commentaires
La richesse d’une nattion est d’abord la somme des richesses te toutes ses régions
Entierement d accord avec vous, Bernard, et avec vous, Lea-Elisabeth.Helas.
» des œuvres qui avaient été dispersées lors des confiscations révolutionnaires ». Avec quelle délicatesse ces choses-là sont dites. Pour moi ce furent des pillages de la part de brutes avinées. Chacun ses valeurs.
Marseille, une ville vouée au Sacré-Coeur, maintenant entre les mains de l’Islam, d’une population islamisée, visible, majoritaire…
Bravo
Défendons bec et ongles nos culture régionales