L’OTAN en état de « mort cérébrale », à en croire Emmanuel Macron…

Étrange Emmanuel que ce Macron, qu’on a des fois envie de croire et d’autres non. On le sait manipulateur – mais toutes les personnalités politiques ne le sont-elles pas peu ou prou ? – tout en sachant que, derrière les mines de façade, il peut aussi y avoir une part de franchise. Comment discerner le sincère de l’insincère, surtout quand notre Président semble vouloir en finir avec cet encombrant dinosaure qu’est devenu l’OTAN ?

À l’occasion d’un entretien accordé à The Economist, journal de référence du conservatisme américain, qu’il soit « néo » ou pas, notre Président jupitérien affirme-t-il que l’OTAN est « en état de mort cérébrale ». Mieux, il pose la question qui fâche : « Il faut clarifier maintenant quelles sont les finalités stratégiques de l’OTAN. »

À l’origine, cette OTAN, Organisation du traité de l’Atlantique Nord, est une organisation créée à la fin de cette Seconde Guerre mondiale tout en en annonçant une autre, « froide » celle-là. Il s’agit alors de lutter contre le péril soviétique, péril d’ailleurs largement surestimé, a-t-on appris, dès lors que l’on a pu avoir accès, lors de la chute conjointe du mur de Berlin et de l’URSS, aux archives moscovites ; lesquelles nous apprennent que l’appareil militaire russe était plus défensif qu’offensif.

Ensuite, quand la guerre froide est en passe de devenir une paix cordiale, il est prévu, du Kremlin à la Maison-Blanche, de faire baisser la tension en dissolvant de concert OTAN et pacte de Varsovie. Les Russes honorent leur parole ; les Américains un peu moins. Du coup, plus la « menace rouge » diminue en intensité et plus les USA commencent à tenir l’Europe de l’Est comme cour de récréation, amenant certains États – Pologne au premier chef – à rejoindre une OTAN vidée de sa vocation première tout en multipliant l’implantation de bases militaires se rapprochant sans cesse de Moscou : il ne s’agit plus, alors, de nous protéger d’une hypothétique invasion soviétique mais seulement d’arrimer l’Europe de l’Est, après celle de l’Ouest, aux seuls intérêts américains.

Ce processus mortifère, si nos Présidents, de Jacques Chirac à François Hollande, l’ont peut-être entrevu, il est un fait qu’ils l’ont plus ou moins laissé se mettre en place tout en acceptant de le parachever.

Il est donc à mettre au crédit d’Emmanuel Macron d’avoir enfin pris acte de la fin de cette géopolitique du siècle dernier, censée opposer « empire du bien » et « axe du mal ». Il joue donc sur du velours lorsque rappelant que les Européens sont encore en droit de se doter d’une « autonomie stratégique sur le plan militaire […] et de rouvrir un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie. » Et de pointer du doigt cet autre aspect d’ordre plus pragmatique : « Donald Trump pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui, c’est un projet où les USA assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. »

Tout cela est assez bien dit. Sachant qu’on ne voit pas au nom de quelles raisons les bases militaires américaines et l’influence économique allant avec continueraient de coloniser l’Europe comme si rien ne s’était passé depuis 1989.

Angela Merkel ne s’y est évidemment pas trompée, jugeant ces propos « intempestifs » et « radicaux ». Normal : si l’économie allemande continue, vaille que vaille, de faire semblant de prospérer, c’est surtout parce que Berlin persiste à estimer que sa politique de défense consiste à grelotter sous le parapluie militaire washingtonien aux frais du contribuable américain, et ne peut que voir d’un bon œil les pays de l’Est, son arrière-cour de sous-traitants, rejoindre l’OTAN.

En revanche, à Moscou, Vladimir Poutine salue les « paroles en or » d’Emmanuel Macron. Lequel, une fois n’est pas coutume, s’est comporté en Président. Qu’il s’agisse d’une simple posture ou d’une seule imposture importe finalement peu. Ce qui devait être dit l’a été. Et plutôt bien.

À lire aussi

Entre affaire Polanski et affaire Dreyfus…

Depuis trop longtemps, la France a une fâcheuse tendance à toujours se trouver à la traîne…