[LE GÉNIE FRANÇAIS] La tente qui se monte en 2 secondes chrono a 20 ans
Qui pouvait imaginer qu’un jour, une tente de camping se monterait toute seule, comme d’un coup de baguette magique ?
À l’époque où la publicité était encore très populaire et que j’y exerçais mon métier de concepteur-rédacteur, au début des années 2000, j’ai eu la chance de découvrir cette formidable tente « deux-secondes ». Les professionnels de Decathlon qui la commercialisaient me l’ont présentée avant qu’elle ne soit connue du grand public. J’étais donc parmi les premiers à partir en week-end avec cette nouvelle tente.
Je me rends justement, ce jour-là, chez des amis. On imagine la suite. Ayant rodé mon spectacle, je déclare à tout le monde : « Je vous parie que je peux monter une tente de camping en deux secondes chrono. » Évidemment je passe, un instant, pour un fou. Grands et petits me suivent quand même dehors dans le jardin, pour voir.
Alors que je tiens d’une main ma « chambre à coucher » bien pliée et enfermée dans sa poche circulaire, je demande à tous : « Vous êtes prêts à compter ? Je vais lancer la tente en l’air. J’enlève l’enveloppe. Attention ! Top ! 1 seconde ! 2 secondes ! Et voilà ! » En deux temps, un seul mouvement et une pirouette, la tente retombe sur l’herbe. Elle est montée. « Et regardez-la bien de près, c’est une véritable tente de camping avec double toit, robuste, étanche. » Tout le monde, stupéfait, rit et applaudit.
Les précurseurs
Pour une fois, c’est une idée qui vient des États-Unis mais qui a réussi en France, et non le contraire… et après beaucoup de « remue-méninges ». Un vieux brevet d’une « tente auto-déployante » existait, déposé en juillet 1972 par un ingénieur américain inconnu, Jack V. Miller. Son invention est tombée dans l’oubli, considérée comme dangereuse et finalement interdite, car elle risquait de blesser. Un autre brevet américain date de 1991 (Michael K. Ivanovich et Richard D. Clark) : il s’agissait de concevoir un abri « auto-déployant » pour voitures ou bateaux.
La grande enseigne de sport Decathlon fonde, en 1997, Quechua, une marque spécialisée dans les équipements de randonnée. Elle emprunte son nom au peuple des Andes dont les traditions sont liées à la montagne. Un choix symbolique pour s'adresser d'abord aux randonneurs et aux campeurs. Les bureaux de conception sont installés à Sallanches, dans la vallée de l'Arve, en Haute-Savoie, à côté de Chamonix et du massif du Mont-Blanc. Difficile de trouver meilleur laboratoire à ciel ouvert.
Le principe révolutionnaire du déploiement
Jean-François Ratel, le chef de produit, est un ancien médecin, président d’un club de voyageurs qui organise des safaris au Kenya et en Tanzanie. Il est chargé, avec une équipe de concepteurs, de créer une véritable tente de camping capable de se monter ou de se déployer toute seule. Une idée simple à énoncer, mais redoutablement complexe à réaliser : un défi que le commun des mortels jugerait impossible.
Le principe « pop-up » (déploiement automatique) repose sur de grands arceaux flexibles en fibre de verre ou d’autres matériaux composites qui devaient être torsadés selon une séquence précise pour retrouver leur forme circulaire de rangement. De là à créer une tente de camping pour le grand public, il y a un monde !
Le plus grand succès de Decathlon
Car une tente a besoin d’être testée. Elle doit résister au vent, à la pluie, aux manipulations répétées, tout en restant légère, transportable et abordable. Et que son double toit se maintienne à 5 cm du toit sur toute sa surface.
Pendant des mois, Jean-François Ratel et son équipe ne craignent pas les défis dits impossibles. Il y a Abi Elaammari, Benjamin Mettavant, des ingénieurs et spécialistes des matériaux, et Vincent Chiffeau, le designer. Ils multiplient les prototypes : chacun apporte sa pierre à l'édifice. Le résultat est un authentique travail collectif où l'invention naît moins d'un éclair de génie solitaire que d'une somme de compétences et d'obstination.
Et pourtant, le plus gros défi reste à venir. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, le problème principal n'était pas l'ouverture. Une fois l'idée des arceaux flexibles mise au point, la tente jaillit de son étui avec une facilité déconcertante. Non, le véritable casse-tête est... de la replier !
Personne ne comprend la notice
Les premiers utilisateurs en gardent des souvenirs mémorables. Sur les campings – on en rit encore, aujourd’hui –, les campeurs luttent contre leur tente rebelle. Dès qu'ils pensent avoir gagné la partie, l'engin bondit à nouveau dans toute sa splendeur, comme un diable de sa boîte. Certains plaisantent en affirmant qu'il faudrait un diplôme d'ingénieur pour ranger cette tente. Et les dessins autant que les explications de la notice sont du chinois.
Il faut dire que l'opération a quelque chose d'acrobatique. On doit comprimer la structure, effectuer une rotation très précise des arceaux, rabattre plusieurs boucles les unes sur les autres, puis maintenir l'ensemble sous tension jusqu'à la fermeture complète de la housse. Une gymnastique qui a demandé des années d'amélioration avant d'atteindre la simplicité recherchée.
Pour parvenir à ce résultat, Decathlon mobilise largement ses équipes mais aussi des campeurs volontaires chargés de tester les prototypes dans des conditions réelles. Chaque retour d'expérience permet quand même d'affiner le produit. Les essais se succèdent sur tous les terrains, en montagne, sous la pluie, dans le vent. Rien n'est laissé au hasard. Euréka ! les efforts sont finalement récompensés. Il faudra ajouter les aérations indispensables et l’assombrissement de la toile pour que le campeur ne soit pas réveillé par la lumière du jour.
Quel nom lui donner ?
Au début, pour Jean-François Ratel, la tente devait s’appeler « Flash ». Mais pour le directeur de la communication, ce nom ne convient pas. Celui-ci dit à Retel : « Dis-moi, elle s’ouvre bien en deux secondes, ta tente ! Alors, appelons-la « Deux-secondes » ! La suite appartient à l'histoire du camping moderne. Ce qui n'était au départ qu'une idée un peu folle est devenue l'une des inventions françaises les plus emblématiques du secteur de la randonnée et du camping. Aujourd'hui, près de 80 % des tentes vendues en France portent la marque Quechua.
La célèbre « Deux-secondes » aurait dépassé les huit millions d'exemplaires vendus, depuis 2005, dans la trentaine de pays où Decathlon est implanté. Elle a fait autant de millions d’heureux, sans parler des quelques centaines d’immigrés en France à qui elle sert tristement de logement.
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15 commentaires
Félicitations aux concepteurs et à leur persévérance pour que cette tente soit parfaite ! Dommage que la conclusion nous rappelle que cette tente magique sert à autre chose qu’au camping des Français…
Quel dommage qu’elle soit impossible à replier… C’est la tente d’une nuit !
C’est le contraire des meubles Ikéa !
Si, si justement ! Cela a été la grande difficulté désormais résolue. Relisez bien !
Les brevets ont-ils étés dûment déposés afin qu’il n’y ait pas « appropriation culturelle »… ?
Qui distribue des tentes aux migrants ??
c’était au départ l’ONG Robin des Bois
Encore nos têtes françaises qii réflechissent et trouvent des solutions. Quant on est libre on est créatif. Vive la France et ses français.
Cette tente est intransportable sur avec un deux roues. Les canadiennes étaient plus pratiques pour se déplacer.
Cela dépend. Il y a la tente une place, très facile à porter comme un sac à dos. La 3 places doit être transportée dans une voiture. N’empêche que j’ai traversé la France avec cette dernière et avec mes enfants, sans aucun souci. Repliée en deux minutes.
la replier ! j’ai vu des tentes restées montées dans des séjours au cours de mes pérégrinations professionnelles !
Adieu maillet et sardines fidèles amis de la Canadienne.
Article parfaitement documenté, surtout en ce qui concerne le repliage de l’engin. L’année dernière, j’en ai acheté une. 2 secondes pour la déplier et 20 minutes et une foule de jurons pour la replier et la remettre dans sa housse. Horrible !! Elle dort depuis dans mon sous-sol et personne n’en veut. En mai de cette année, j’ai eu connaissance d’une tente Quechua 2 secondes EASY, 2 ou 3 places. Là, je dois reconnaître que c’est vraiment le top : 2 secondes pour déplier, 2 minutes pour replier, remise dans le sac comprise. Et le sac est suffisamment vaste, bien que de dimensions très raisonnables. C’est en fait 2 demi-parapluies dont les baleines se déplient grâce à deux sangles. Cette fois les ingénieurs de Quechua ont fait très, très fort.
Succès commercial extraordinaire grâce à François Hollande et à Emmanuel Macron qui ont su promouvoir cette tente dans la jungle de Calais et sous le métro aérien parisien ! Rendez-vous compte ! 1 million de « locataires » supplémentaires chaque année entre les « légaux » et les « clandestins ».
C’est à se demander si Chamallow et Foutriquet 1er n’ont pas des actions chez Decathtlon ?
Pas si rigolo… à 1 ou 2 € par pièce vendu, ça paie le beurre ET les épinards.