Editoriaux - Politique - 23 octobre 2016

Les faits et les orfraies

Un candidat à la primaire de la droite et du centre, Jean-Frédéric Poisson, ose reprocher à la candidate américaine du camp du bien sa soumission aux lobbies de la haute finance et à ceux du sionisme. Il n’en fallait pas plus pour déclencher l’ire du CRIF, relayé aussitôt par les zélateurs de la bien-pensance.

Et pourtant…

Le sionisme historique a été, à l’origine, une doctrine « nationaliste » de la diaspora juive, visant à l’établissement d’un peuple juif souverain sur un territoire national situé sur la terre de Canaan, promise par Dieu à Abraham. La superposition géographique de l’Israël de 1948 à nos jours est-elle compatible avec les variations historiques des royaumes d’Israël et de Juda antiques ? Peu nous chaut : à compter de 1948, le sionisme devait soit disparaître du fait du succès de la création d’Israël , soit modifier sa raison d’être, sa mission.

Il n’existe pas, à ma connaissance, d’autorité reconnue de tous qui définirait une norme du sionisme moderne et accréditerait tel ou tel groupe ou idéologie en fonction de critères plus ou moins objectifs. De fait, même en Israël vivent des groupes de juifs religieux se revendiquant ouvertement antisionistes. Dès lors, il convient de s’en remettre à ce que le sens commun désigne aujourd’hui par sionisme : la doctrine d’expansion territoriale d’Israël qui se fait au détriment des territoires dits occupés. Ici, notons que le vocabulaire est piégeux : « occupés » suggère une absence de droits sur cette terre, un envahissement, alors que les populations palestiniennes peuvent justifier d’une longue occupation antérieure à l’établissement d’Israël.

Il existe une reductio ad hitlerum pour éluder un débat en stigmatisant irrémédiablement son adversaire sous la plus horrible des accusations et, depuis 2013, une reductio ad homophobium, à peine moins grave pour certains auditoires. De même, la simple émission d’une hypothèse comme quoi la politique d’Israël pourrait, en quelque sorte, être critiquable entraîne cris d’orfraie, anathèmes, vociférations et lynchage divers par une meute pavlovienne. Bref, la reductio ad antisemitum existe, Jean-Frédéric Poisson l’a rencontrée. Pourtant, si l’antisémitisme est un délit, l’antisionisme n’est tout compte fait qu’une opinion. Souhaitons qu’elle le reste et que la police de la pensée ne parvienne pas à empêcher son expression dans ce monde où cette liberté d’opinion recule à grands pas.

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