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Editoriaux - Justice - 22 avril 2020

Le virus aura-t-il raison des robes noires ?

Panique chez les avocats ! Et il y a de quoi. À l’instar de nombreuses autres professions, les robes noires sont très durement touchées par la crise sanitaire. Elles craignent, selon une étude du Conseil national des barreaux, une cascade de faillites, au point que 30 % d’entre elles songent à changer de métier.

Certains s’en réjouiront pour de multiples raisons, avouables ou non. D’autres, plus pragmatiques, ou cyniques selon les points de vue, y verront un moyen d’assainir une profession hypertrophiée. L’auteur de ces lignes se gardera bien de souhaiter du mal à ses confrères. Chacun peut être touché, non par le Covid-19, mais par une crise de trésorerie si grave qu’elle mettrait en péril des emplois salariés et la vie de plusieurs familles. L’heure n’est certes pas au cynisme.

Si les avocats souffrent, c’est avant tout pour une raison simple qui met en évidence un problème plus profond : la fermeture totale des tribunaux a interrompu leur activité plaidante. Plus d’audiences, c’est plus d’affaires qui se plaident. Les huissiers, auxiliaires indispensables à la vie judiciaire, ne délivrent plus d’assignations. Les nouveaux dossiers n’arrivent plus. Et, pour ceux dont la clientèle est composée essentiellement de particuliers, le confinement rend illusoire toute nouvelle affaire.

Après deux mois d’une grève dure dont seuls les esprits clairvoyants comprenaient le caractère suicidaire, les petites structures et les individuels, privés de trésorerie, en inactivité quasi totale depuis début janvier, sont exsangues. Et pourraient bien ne jamais se relever. Retraites anticipées, cessation d’activité, redressements ou liquidations judiciaires se profilent pour une profession libérale qui ne dispose, à ce jour, d’aucun dispositif spécifique de protection : ni chômage partiel, ni annulation des charges sociales (seul un report des prélèvements a été décidé), ni couverture des rémunérations des collaborateurs non salariés que les cabinets continuent de payer, bien qu’ils soient largement désœuvrés. Le lot commun des indépendants et libéraux. Mais eux ne pourront retravailler qu’à partir du jour où les tribunaux rouvriront.

Qui s’en sortira ? En premier lieu, les cabinets dont l’activité de conseil est prépondérante, et qui continuent d’exercer, certes au ralenti. Ensuite, ceux dont la clientèle sera destinataire, dès la fin du confinement, de tous les actes d’huissier qui attendent d’être délivrés : assurances, banques, grandes entreprises, mais aussi PME soumises à la pression de leurs créanciers. Et puis ceux qui auront réussi à réorienter leur activité pour répondre à des besoins nouveaux liés à la crise. Quelques-uns le font. D’autres attendent patiemment la fin, et s’endorment pour ne pas se réveiller.

Qu’on ne se réjouisse pas trop vite. L’activité juridique et judiciaire est indispensable à notre économie. Sans avocats, plus de recours contre les abus des grands groupes ; plus de défense face aux profiteurs de tout acabit, du propriétaire qui refuse de restituer un dépôt de garantie, à la société de téléphonie qui facture des frais exorbitants ; plus de recouvrement des charges de copropriété ; plus de conseils dans le maquis du droit du travail. La société a besoin d’eux. Non, comme le dit avec emphase la présidente du CNB, pour éviter un « déficit démocratique » (personne ne rit !), mais simplement pour aider chacun, dans un monde juridique complexe, dans une société régie par le droit, à s’y retrouver et à préserver ses intérêts vitaux.

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