Face aux critiques, France Télévisions fait l’autruche
Les scrupules ne semblent pas étouffer le groupe France Télévisions. Après les six mois de travaux de la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public et les recommandations du rapporteur Charles Alloncle, le groupe dirigé par Delphine Ernotte tente, coûte que coûte, de convaincre qu’il n’est en fait qu’une blanche colombe. Mais ces derniers jours, France TV continue à être prise la main dans le sac. Mardi 19 mai, une statue du XIXe siècle représentant un couple enlacé, dénudé à la manière de l’art antique, est floutée lors d’un reportage du JT de Léa Salamé sur France 2. Face à la polémique, France Télévisions est obligée de présenter ses excuses. Deux jours plus tard, Le Figaro révèle que l’écrivain Baptiste Rossi, conseiller du président de la République et rédacteur de ses discours depuis 2022, s’apprête à rejoindre, en juillet, France Télévisions en devenant (excusez du peu) directeur de cabinet de la présidente du groupe, Delphine Ernotte. Une nouvelle preuve - mais qui peut encore en avoir besoin ? - de la neutralité légendaire de France Télévisions. L’affaire manque d’autant moins de saveur que le 13 mai, France Télévisions publiait une « réponse » au rapport Alloncle rendu public, dix jours plus tôt. Un contre-rapport dans lequel le groupe audiovisuel public cherche à se défendre face aux recommandations proposées par le député ciottiste.
Tout va très bien, Madame la Marquise
124 pages où France Télévisions refait le match pour tenter de redorer un blason sérieusement écorné. Reprenant une partie des 80 recommandations du rapport, le groupe contre-argumente, « dans un souci de transparence et par respect pour ses salariés ». Se cachant derrière l’avant-propos du président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, le contre-rapport annonce en préambule, tambour battant, la couleur : « L’objectif politique du rapporteur n'était pas de conduire un travail sérieux, rigoureux et objectif, mais de jeter de manière "crue", pour reprendre les termes du rapport, le discrédit et, d’une certaine manière, l’opprobre sur l’audiovisuel public et l’ensemble de ses acteurs et des salariés qui le portent et le font vivre au quotidien, afin d’en justifier la privatisation. » Fermez le ban ! Alors que Charles Alloncle préconise un milliard d’économie, soit un quart du budget, le groupe s’oppose - ô surprise - à toute baisse du budget. « Outre le fait que ce niveau d’économies affaiblirait durablement l’audiovisuel public sans qu’il puisse être établi d’urgence à opérer une telle réduction budgétaire, il repose sur des chiffrages fantaisistes, tant sur les économies qui pourraient être faites que sur les objectifs de développement de ses ressources commerciales. » Donc, ne fusionner aucune chaîne, ne rien toucher au budget des jeux et divertissements, « programmes les plus populaires », selon France TV, ne faire aucune économie sur le budget des sports. Tout va très bien, Madame la Marquise.
À ce sujet — Floutage au JT de France 2 : un détail qui alimente les soupçons sur l’audiovisuel public
« Ce contre-rapport est scandaleux ! »
Le clou étant la réponse, à l’invitation du député de l’Hérault, de prendre des mesures visant à garantir une meilleure neutralité des antennes et des journalistes et une amélioration du pluralisme. « Certifications, règles, labels indépendants », tout cela existe déjà, nous explique-t-on ; circulez, il n’y a rien à voir. Quant au pluralisme, France Télévisions se donne même en exemple, vantant les mérites de son « offre de débats pluralistes qui font intervenir quotidiennement des personnalités politiques de tous bords mais également des journalistes de tous titres de presse, représentant une diversité de lignes éditoriales ».
« Ce contre-rapport envoyé par France TV à tous les députés et qui s’emploie à débiner Charles Alloncle est scandaleux !, a réagi la députée RN Caroline Parmentier. Qui sont-ils pour critiquer le travail parlementaire d'élus de la République ? Et avec quel argent public, encore, ont-ils financé le cabinet qui l’a rédigé ? »
Le parti de Marine Le Pen paraît déterminé à inscrire dans son programme présidentiel la privatisation de l’audiovisuel public. Les débats ne font que commencer.
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41 commentaires
La France n’a plus un rond pour financer ceci, cela qui lui serait utile; elle n’a donc plus un rond pour se payer le luxe de médias subventionnés et gavés de privilèges.
Direction le chômage, les gauchistes caviar et soyez heureux que vous n’ayez pas à rembourser ce que vous nous avez volé.
« Circulez, y’a rien à voir » concluait Coluche dans ce genre de situation.
Ceux qui ont cru que ce rapport allait changer quelque chose sont naïfs. Le travail de Charles Alloncle fût remarquable, mais les chiens aboient et la caravane passe, une actualité chasse l’autre.
Pour que cela change, il faut changer les dirigeants en place.
Mais la gauche s’est accaparée tous les pouvoirs et la droite l’a regardé faire comme les vaches regardent passer les trains !
Rien ne changera
Connivences de l’entre-soi de personnages très liés, étant dans une symbiose leur faisant ignorer ce qui les entourent. Tous les Présidents furent dans ces mêmes dispositions de couples mondains se congratulant et jouant à se faire plaisir par des attributions élitistes…
Je pense que M Alloncle a raison lorsqu’il veut supprimer un milliard au budget actuel du service public. Ce chiffre correspond déjà à ce France TV a privatisé en externalisant une partie de ses activités. En revanche, il sera difficile de demander à une gouvernance qui a failli depuis 10 ans de se réformer sans acter la fermeture de ses deux phalanges pour fonder un nouveau service public beaucoup plus frugal (à la hauteur des moyens de l’Etat) centré sur ce que ne peut pas offrir le privé notamment dans le domaine patrimonial et culturel dont les orchestres, le chœur et la maîtrise de Radio France resteraient les piliers.