[LIVRE] Michel de Saint Pierre, écrivain catholique et résolument de droite

L'écrivain est de ceux qui se sont battus pour conserver ce que les plus hautes instances de l'Eglise tenaient tant à éradiquer.
Michel de Saint Pierre Livre

C'est un ouvrage qui tombe à point nommé pour ce long week-end de Pentecôte qui verra, cette année encore, des armées de pèlerins s'élancer sur les routes poudreuses de la Beauce, attirés par l'appel de Chartres. Rendez-vous devenu incontournable pour une jeunesse éprise de sacré et de transcendance qui grossit au fil des ans, ralliant - et cela tient un peu du mystère - des néophytes à ces enfants gâtés de la catholicité qui ont tout reçu de leurs parents. Pourtant, qui, parmi eux, mesure à sa juste valeur l'héritage transmis dont ils profiteront au cours de ces trois jours en assistant à la liturgie traditionnelle ? Connaissent-ils encore les noms de ceux qui se sont battus pour conserver contre monts et marées, à l'heure des grands bouleversements modernistes des années 60, ce que les plus hautes instances tenaient tant à éradiquer ? Michel de Saint Pierre, écrivain catholique et journaliste engagé, est de ceux-là. Thierry Bouclier lui consacre une très riche et passionnante biographie publiée aux Éditions Via Romana. Un hommage à un écrivain toujours résolument de droite qui a mis sa plume au service d'autres grandes causes de son époque : l'Algérie française et l'enseignement libre. Un ouvrage à destination de ceux qui ont déjà entrepris le travail de grand réenracinement culturel et spirituel. Et pour les retardataires.

Romancier prolifique

Né le 12 février 1916, Michel de Grosourdy de Saint-Pierre est issu d'une famille de la noblesse normande. Son engagement comme simple manœuvre sur les chantiers navals de Saint-Nazaire, puis comme matelot dans la Marine nationale, qu'il préfère à ses études littéraires, feront de lui, très jeune, un véritable homme de droite. Non pas « celle de l'argent et des dynasties bourgeoises mais de la droite sociale qui ne sépare pas l'amour de la patrie de celui de son peuple », cette héritière des catholiques sociaux du XIXe qui « comprend la colère des ouvriers trop longtemps méprisés » et refuse la surenchère des syndicats. Dès 1941, il s'engage dans la Résistance et, à l'issue de la guerre, embrasse la carrière d'écrivain et journaliste. Son inoubliable roman Les Aristocrates, publié en 1954 et adapté au cinéma avec Pierre Fresnay, fresque de la vie d'une famille d'aristocrates d'après-guerre tiraillés entre tradition et modernité, le fera accéder à la notoriété. Bon nombre d'autres romans suivront : La mer à boire, Les Nouveaux Aristocrates, Les Écrivains, Le Milliardaire, L'Accusée, etc. Certains seront eux aussi adaptés sur grand et petit écran.

Royaliste et engagé

C'est un infatigable militant. Partisan de l'Algérie française, Michel de Saint Pierre intercède directement auprès du général de Gaulle pour plaider la cause des cinquante-six derniers détenus politiques liés à la cause, contribuant à sa manière à refermer la « douloureuse page de l'agonie de l'Algérie française et des ses dramatiques soubresauts ». Royaliste convaincu, il descend également dans l'arène politique, soutient la candidature à la présidentielle de Tixier-Vignancour en 1965, postule à des élections locales et sera maire adjoint de sa commune dans l'Eure. À l'aube des années Mitterrand, il épouse la cause des défenseurs de l'école libre menacée par le projet de loi Savary qui parviendront en juin 1984, par leur mobilisation géante, à faire reculer le gouvernement.

« Pas d'union possible entre l'erreur et la vérité »

Reprenant à son compte les paroles du saint Curé d'Ars, « il n'y a pas d'union possible entre l'erreur et la vérité », l'écrivain catholique se jette à corps perdu dans le combat contre la lame de fond de modernisation de l'Église catholique dont il perçoit très vite l'infiltration marxiste à la veille du concile Vatican II. Sa description de l'influence des prêtres ouvriers dans les paroisses et de la mise à l'écart des conservateurs mise en scène dans son roman Les Nouveaux Prêtres lui attire les foudres d'une certaine presse catholique et des autorités ecclésiastiques. Accusé d'instrumentaliser le combat, de caricaturer et de calomnier ses adversaires, Michel de Saint Pierre ne faiblira pas pour autant jusqu'à sa mort, en juin 1987. Par ses écrits et ses multiples correspondances, il se rangera toujours du côté des défenseurs de la tradition malmenés par les réformes conciliaires et affichera son fervent soutien à Mgr Lefèbvre, « l'évêque des tradis », en réaffirmant sans cesse son attachement à Rome. Preuve que le combat n'est à ce jour pas fini et le sujet toujours d'actualité, les fidèles lefebvristes s'apprêtent une nouvelle fois à assister, la mort dans l'âme, le 1er juillet prochain, à de nouveaux sacres d'évêques au sein de la Fraternité Saint-Pie-X, œuvre de Mgr Lefebvre.

« Il fut un grand écrivain, ayant manifesté son talent dans tous les domaines, du roman à l'essai en passant par la biographie », souligne, auprès de BV, l'auteur de la biographie, Me Thierry Bouclier. L'avocat fiscaliste qui est lui aussi un écrivain éclectique - il a publié essais, biographies, portraits et romans policiers savoureux -, rend ici un bel hommage à Michel de Saint Pierre dont l'essentiel du combat, à une époque où la liberté pédagogique est en sursis et le courant traditionaliste malmené au sein de l'Église, n'a malheureusement pas pris une ride.

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

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