L’« État indomptable » fait encore parler de lui, ces dernières semaines. Après les restrictions sévères vis-à-vis des possibilités d’avortement, c’est désormais la reprise en main des programmes scolaires qui fait les gros titres des médias américains. En cause ? L’idéologie woke largement promue dans les établissements scolaires publics, et particulièrement dans les petites classes (maternelle, primaire). Encore une fois, il s’agit d’une initiative du gouverneur texan, Greg Abbott. Depuis la rentrée, le républicain, âgé de soixante-quatre ans, accumule les actions.

Tout d’abord, le 1er septembre entrait en vigueur une loi interdisant l’enseignement de la théorie critique de la race dans les établissements scolaires publics de l’État, de la maternelle au secondaire. Entre autres, la loi interdit la promotion du très controversé « Projet 1619 », œuvre multiforme (livre, podcasts, série documentaire…) de Nikole Hannah-Jones. La journaliste du New York Times y place les Noirs et les conséquences de l' au centre du récit américain. Devenue figure de proue du mouvement woke, elle remportait – pour ceci - le prix Pulitzer en 2020.

Également, le 25 octobre, « le Représentant de l'État du Texas, Matt Krause, notifiait l’Agence texane pour l’éducation qu'il ouvrait une enquête sur les contenus scolaires proposés dans chaque circonscription. Aussi, il y joignait une liste d'environ 850 livres et demandait à chaque circonscription d'indiquer le nombre d'exemplaires de chaque livre en sa possession, les lieux où se situaient ces ouvrages et combien la circonscription y avait déboursé. » « La plupart des livres de la liste traitent de la race, de l'orientation sexuelle, de l'avortement ou de l' de genre », analyse le journal de gauche The New York Times. L’argument principal reste que les livres en question ont été jugés comme « pouvant faire ressentir de l’inconfort, de la culpabilité, de l’angoisse ».

Sur ce sujet précisément, l’essayiste conservateur et ancien professeur à l’université d’Harvard Stanley Kurtz explique, dans une tribune pour la célèbre National Review, que le camp conservateur ne devrait pas se réjouir d’une telle orientation. Pour lui, interdire des ouvrages revient à donner le bâton pour se faire battre. C’est la ligne rouge à ne pas franchir. Il ajoute que « la meilleure façon de traiter le dans les bibliothèques scolaires n’est pas d’interdire des ouvrages mais d’équilibrer l’offre avec des ouvrages plus conservateurs ».

Bien sûr, les critiques n’ont pas tardé. D’aucuns voient dans la « liste de Krause » une tactique politicienne pour le républicain de se positionner favorablement, vis-à-vis des électeurs trumpistes, au poste de procureur général du Texas. Autre critique, Andrew Solomon, professeur à l’université Columbia, membre de la communauté LGBTQ et auteur présent dans ladite liste, explique que « la tactique employée au Texas est similaire au système de censure chinois. Elle repose sur l'intimidation. » « L'ordonnance de Krause n'interdit pas aux livres de sa liste d'entrer dans les écoles, mais lance plutôt des enquêtes agressives conçues pour intimider et instiller la peur. »

Dernier élément dans cette croisade texane, la pornographie. Le 8 novembre, le gouverneur Greg Abbott envoyait une lettre au commissaire de l’Agence texane pour l’éducation (TEA), à la présidente de la Commission des librairies et bibliothèques de l’État texan (TSLAC) et au président du rectorat de l’État fédéral (SBOE). Dans celle-ci, il leur demandait « d’élaborer immédiatement des normes à l’échelle de l'État pour garantir qu’aucun enfant ne soit exposé à de la pornographie ou à d'autres contenus inappropriés dans une école publique du Texas ». Sur Twitter, et exemples à l’appui, il précisait que « les parents sont indignés par les livres hautement inappropriés dans nos écoles publiques ». Le gouverneur rappelle effectivement que la loi interdit de proposer des contenus pornographiques aux moins de dix-huit ans.

27 décembre 2021

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