Mel Brooks, père du rire politiquement incorrect, fête ses cent ans !

On ne sait si le rire est le propre de l’homme, mais au moins semble-t-il en être la survie.
LOS ANGELES, CALIFORNIA - JANUARY 20: Mel Brooks speaks onstage during the LA premiere of "Mel Brooks: The 99 Year Old Man!" at Academy Museum of Motion Pictures on January 20, 2026 in Los Angeles, California.   Emma McIntyre/Getty Images for HBO/AFP (Photo by Emma McIntyre / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)
LOS ANGELES, CALIFORNIA - JANUARY 20: Mel Brooks speaks onstage during the LA premiere of "Mel Brooks: The 99 Year Old Man!" at Academy Museum of Motion Pictures on January 20, 2026 in Los Angeles, California. Emma McIntyre/Getty Images for HBO/AFP (Photo by Emma McIntyre / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP)

Ce 28 juin, le cinéaste Mel Brooks a soufflé ses cents bougies. S’il y avait un secret à une telle longévité, ce serait évidemment le rire. Et pourtant, la vie de Melvin James Kaminsky, né d’une famille juive d’origine germano-russe, n’a pas toujours été drôle. Engagé dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, il débarque en Normandie avant de combattre dans les Ardennes. Il y côtoie la mort de près. Le bruit des balles, ce n’est plus celui de la batterie, instrument qu’il apprend avec Buddy Rich, le légendaire batteur de jazz qu’on sait ; c’est du vrai.

De cette expérience, Mel Brooks conservera toujours un humour bien à lui. Il a trop tutoyé la mort pour véritablement la prendre au sérieux. Il a survécu, mais n’en fait pas tout un plat : « Dieu ne peut pas répondre à tous ceux qui l’appellent. Il est comme un garçon dans un restaurant. Il a trop de tables à servir. » Avant Woody Allen, voilà qui était un assez joli condensé de l’humour juif new-yorkais, consistant à se moquer de soi avant de railler les autres. Si la dérision permanente est souvent mortifère, l’autodérision, elle, est généralement signe de bonne santé mentale. D’où ce viatique lui ayant permis de faire la longue carrière qu’on sait : « La tragédie, c’est lorsqu’on se coupe le doigt. La comédie, c’est quand on tombe dans une bouche d’égout ouverte et que l’on meurt. »

Rire des cuistres du moment…

Comme batteur de jazz il ne sera pas, Mel Brooks se recentre sur sa véritable vocation : faire rire. Dès 1963, avec l’un de ses amis, Ernest Pintoff, il signe un court-métrage, The Critic, dans lequel il raille l’art conceptuel. La satire est cruelle, fait grincer un bon paquet de dents, lui attire le mépris des snobs mais lui vaut surtout l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation.

 

 

Dans la foulée, avec Buck Henry, il crée Max la menace, parodie des films d’espionnage alors en vogue. C’est parfaitement idiot, totalement absurde. Mais le succès est immédiat. Après ce galop d’essai, le coup de maître, en 1968, avec Les Producteurs. Un tel film est à mettre sous globe. Ce, d’autant plus qu’il ne pourrait évidemment plus être tourné aujourd’hui. L’histoire ? Il n’y avait que Mel Brooks pour l’inventer. Deux producteurs juifs de Broadway, passablement véreux, tentent une arnaque aux assurances en produisant la pire comédie musicale jamais vue. Ce sera Springtime for Hitler, d’après le livret d’un ancien soldat du Troisième Reich pas tout à fait remis de sa défaite. Tout est réuni pour que ça foire. Surtout quand, pour incarner le défunt chancelier, on manque de recruter un Noir travesti. Pas de bol, la pièce est un triomphe et le joyeux trio se retrouve en prison, là où il parvient encore à arnaquer ses codétenus en leur proposant de monter des spectacles plus ineptes encore. Ce scénario pas tout à fait comme les autres est couronné par un Oscar. Autres temps, autres mœurs. Le film est depuis devenu un classique. Notons que ce film fut alors interdit de diffusion en Allemagne de l’Ouest, de peur, sans doute, d’y semer la confusion, toute cette histoire étant probablement un brin trop fraîche.

 

 

En 1974, nouveau chef d’œuvre avec Frankenstein Junior, hommage rendu aux grandes heures des studios Universal et de leurs monstres en noir et blanc, comte Dracula et créature Frankenstein. Le film est moins transgressif vis-à-vis des élégances humanistes du moment, mais Mel Brooks se rattrape avec le suivant, Le shérif est en prison. En plein Far West, un homme de loi noir arrive en ville pour faire régner un semblant d’ordre chez des ploucs blancs. On vous laisse imaginer le reste. Le grand public est au rendez-vous, blanc comme noir. Une certaine critique, un peu moins. Peu importe, l’American Film Institue a hissé cette pochade au rang de « film le plus drôle de tous les temps », n’hésitant pas à rétrograder Certains l’aiment chaud (1959), de Billy Wilder et avec une certaine Marilyn Monroe, pourtant née le 1er juin 1926, quelques jours avant Mel Brooks.

Autres temps, autres mœurs, tel que plus haut écrit. Notre artiste en convient bien volontiers : « La culture politiquement correcte est la mort de la comédie. Un film comme Le shérif est en prison ne serait jamais validé dans le climat politique actuel. »

Au fait, dernière nouvelle : notre jeune centenaire est en train de peaufiner son nouveau projet, la suite de l’un de ses derniers succès, La Folle Histoire de l’espace. On ne sait si le rire est le propre de l’homme, mais au moins semble-t-il en être la survie.

PS : dans sa Folle Histoire du monde (1981), Mel Brooks signe l’un des premiers raps de l’histoire musicale, avec It’s Good to Be the King. Pas mal, pour un futur croulant…

 

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

3 commentaires

  1. J’ai toujours trouvé que l' »humour » de ce type était d’une lourdeur insupportable. Qui l’a sacré humoriste de génie ? Et pourquoi ?

Commentaires fermés.

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