À le voir désormais gouverner ce duché normand reconquis, on pourrait penser que Guillaume se réjouit enfin d’une paix si chèrement acquise. Mais le sang viking coule ou plutôt bout dans ses veines, et le petit-fils de Rollon rêve déjà à de nouvelles conquêtes.

Que nos cousins d’outre-Manche nous permettent d’évoquer une figure née sur notre sol et qui poussa les limites de son duché jusqu’aux confins de leur île : Guillaume le Conquérant, le petit duc de Normandie, devint roi d’Angleterre par une belle journée de de l’année 1066. Rien ne le destinait à un tel avenir : il n’a que huit ans lorsqu’il hérite du duché de son père sur les routes de Jérusalem. Le tout jeune duc devient alors la cible de seigneurs normands qui convoitent le duché. En 1046, une coalition de seigneur normands se forme contre lui. Il fait déjà nuit mais Guillaume enfourche son destrier et entame une chevauchée qui restera dans la légende : de Valognes à Falaise, le cavalier solitaire brave l’obscurité et gagne son refuge, à plus de cent kilomètres de là.

Ce premier coup d’éclat du jeune duc annonce de longues et audacieuses campagnes. Car la tâche ne manque pas : même sur ses propres terres, Guillaume n’est pas le maître. Il ne l’accepte pas et fera la jusqu’au but ultime. Il soumet d’abord les barons normands et, de campagne en campagne, reprend en main son duché. Ce farouche guerrier a aussi l’âme d’un bâtisseur et, en quelques années, deux abbayes et un château fortifié sortent de terre. Il fonde la ville de Caen et élève d’autres forteresses qui assoient dans le duché le pouvoir du jeune chef. Sans vergogne ni fausse humilité, il sait tenir à distance le roi de France qu’il bat à Varaville. Le voilà donc en paix, enfin ?

Ce serait mal le connaître. La Normandie n’est qu’un coup d’essai car le jeune duc nourrit des ambitions bien plus élevées : ce digne fils de Viking espère un jour traverser la mer et soumettre les régions d’Angleterre. Une amitié lie déjà le roi anglais Édouard le Confesseur au duché de Normandie : c’est dans le bocage normand que le souverain a trouvé refuge dans son enfance. Le puissant monarque en a conservé une reconnaissance : il est resté attaché aux fiers Normands et leur a fait une place de choix à sa cour. Il n’exclut d’ailleurs pas Guillaume de sa succession. Mais le duc de Normandie se méfie et préfère écarter totalement les autres héritiers du trône, notamment Harold, le frère du roi.

À la d’Édouard, Harold n’a bien sûr que faire de cet engagement et s’empare aussitôt du trône de son frère. Il n’en fallait pas tant pour agiter le sang vif du colosse viking qui entreprend aussitôt d’envahir l’Angleterre. La chose n’est pas aisée :  le duché de Normandie ne possède qu’un seul et unique bateau ! Et son n’est pas de taille à rivaliser avec celle de tout un royaume. Qu’importe pour Guillaume, l’affront doit être vengé quels que soient les moyens ! Il convainc alors les barons normands et bretons de participer à la conquête, il en appelle même au pape et, en dix mois, rassemble dans l’estuaire de la Dives une flotte d’invasion de plus de six cents navires. Poussée par un vent favorable, la formidable armada s’élance vers les côtes anglaises sur lesquelles elle débarque bientôt sept mille hommes. Le 14 octobre 1066, la ville d’Hastings est le théâtre de violents affrontements. L’Anglais résiste et relance l’offensive. Mais les armées débarquées tiennent bon et lui arrachent une dure victoire. Les victoires suivantes mènent l’intrépide conquérant normand à Londres, où le petit duc de Normandie s’empare de la couronne du roi d’Angleterre le 25 décembre. Et depuis, le sang de Guillaume de Normandie a coulé dans les veines de tous les rois et reines d'Angleterre, jusqu'à nos jours.

Illustration : la statue de Guillaume le Conquérant à Falaise, par Louis Rochet (1851)

27 décembre 2021

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