L’énigme de la mort des maîtres de Florence enfin élucidée

L'un de ces Médicis, à la mort longtemps jugée mystérieuse, n'était autre que le grand-père du roi Louis XIII.
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Pendant des siècles, la disparition du grand-duc de Toscane François Ier de Médicis et de son frère, le cardinal Jean de Médicis, a nourri maints récits fantasques d’empoisonnement. En effet, tous deux meurent, dans des circonstances presque similaires, après avoir présenté de fortes fièvres et un rapide affaiblissement. Dans une Italie de la Renaissance marquée par les rivalités politiques entre les républiques, les duchés et même la papauté, l'hypothèse d'un assassinat est ainsi longtemps apparue comme la seule explication plausible. Cependant, une étude publiée en juin 2026 dans la revue scientifique iScience apporte la preuve que la cause du décès de ces maîtres de Florence est bien plus naturelle que l’on ne le pensait.

L'ADN révèle la véritable cause du décès

Des chercheurs de l'université de Yale et de l'université de Pise ont analysé l'ADN prélevé sur les restes des deux frères, conservés dans les chapelles des Médicis, à Florence. Grâce aux techniques modernes de séquençage, ils ont alors identifié la présence de l'ADN de Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la forme la plus grave du paludisme chez l'être humain. Cette maladie redoutable, transmise par les moustiques et surnommée par les Italiens la « fièvre tertienne », « a joué un rôle déterminant dans l’histoire de l’Italie, façonnant ses sociétés, ses économies et ses paysages depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle », selon les scientifiques. Elle était alors endémique dans plusieurs régions marécageuses de Toscane fréquentées par les Médicis. Les analyses ont également permis de retrouver chez le grand-duc François des traces de Plasmodium malariae, révélant une co-infection qui a probablement aggravé son état. Avec l’appui des témoignages de l’époque, la paléopathologiste Valentina Giuffra affirme : « Nous pouvons désormais dire avec une certitude scientifique que le paludisme, et non un empoisonnement, a tué le grand-duc François de Médicis », une conclusion qui vaut également pour son frère.

François Ier de Médicis

Les parents de nos rois de France

Né en 1541, François Ier de Médicis succède à son père Cosme Ier en 1574 comme grand-duc de Toscane. Peu attiré par l'exercice quotidien du pouvoir, qu'il délègue volontiers à ses conseillers, il est passionné de sciences, d'alchimie et de techniques. Il encourage ainsi les recherches expérimentales, protège les artistes et favorise notamment la production de la porcelaine dite Médicis, l'une des premières fabriquées en Europe. Son règne s'inscrit ainsi dans le rayonnement artistique et scientifique de Florence, l'un des grands centres intellectuels de la Renaissance européenne.

Sa mort, ainsi que celle de son épouse Bianca Cappello le même jour, survient le 19 octobre 1587, après plusieurs jours de fortes fièvres accompagnées de terribles vomissements. Les deux époux trépassent dans des conditions presque similaires à celles du frère de feu le grand-duc, Jean de Médicis, né en 1543, créé cardinal dès l'âge de 17 ans par le pape Pie IV et arraché à ce monde par un mal mystérieux le 20 novembre 1562. Prince de l'Église, il exerçait alors une influence importante dans les affaires politiques et religieuses de son temps, tout en assurant aux Médicis un puissant soutien auprès de la papauté.

Les soupçons se portent alors rapidement sur leur frère Ferdinand, qui hérite du titre et de ses richesses. Lui aussi cardinal au moment des faits, il renonce à sa dignité ecclésiastique pour devenir grand-duc de Toscane. Son règne contribue au renforcement de la puissance des Médicis. C'est également lui qui donnera à la France l’une de ses reines en favorisant le mariage de sa nièce, Marie de Médicis, fille de son défunt frère François Ier, avec le Vert Galant en 1600, union qui donnera naissance, en 1601 au futur Louis XIII.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur BV- Histoire, patrimoine, culture

Vos commentaires

10 commentaires

  1. Tout d’abord, merci monsieur pour cette chronique, toujours aussi étayée et érudite! Permettez-moi de prendre tout cela avec de l’ironie et de vous suggérer de revoir « la folie des grandeurs »: « j’épouse la reine et je deviens roi ». Plus primesautier, peut-être…

  2. Pendant des siècles le Paludisme a été la cause de mortalité par infection la plus importante dans l’Italie de l’Empire Romain et de la République

    • Depuis l’Antiquité, le paludisme a tué directement 10 millions de personnes (estimation) chaque année et autant indirectement.
      1940 : les Américains découvrent le DDT
      Années 50 : le Paludisme est en voie d’éradication mondiale.
      Années 70 : offensive des écolos –> interdiction mondiale du DDT sans aucune raison scientifique.
      Depuis : Croissance régulière de la morbidité et de la mortalité du Paludisme.

  3. Hélas, Marie de Médicis, mauvaise épouse, mauvaise mère, mauvaise régente (et peut-être pire) n’était pas de la trempe de Madame Catherine, sa cousine, épouse de Henri II.

    • Permettez que j’ai une opinion contraire : Catherine de Médicis, sans qui le carnage de la Saint-Barthélemy n’aurait pas été possible… Catherine de Médicis qui a introduit l’usage du poison à la Cour de France, notamment par le biais de vêtements, de gants, empoisonnés, et j’en oublie. Deux Médicis qui ont joué un rôle fatal pour la France…

      • Certes, vous avez bien le droit d’avoir une opinion – toutefois:
        – l’usage du poison dans les familles royales en France et ailleurs est bien antérieur au 16ème siècle, et ce n’est certes pas Madame Catherine qui l’introduisit en France ;
        – après avoir en vain tenté d’imposer la tolérance religieuse en France, Catherine reçut les félicitations et remerciements non seulement de l’ensemble des Français et des pays voisins pour le massacre de la St Barthélémy qu’elle avait tenté d’éviter – mais les Français de l’époque, cette fois encore, étaient bien trop décidés à s’entretuer pour écouter la voix de la sagesse.
        En fait, c’est cette femme étrangère malgré sa mère auvergnate, épouse obéissante et dédaignée, bonne mère, placée inopinément à la tête d’un royaume déchiré par les guerres de religion, qui parvint grâce à son intelligence, son activité incessante, sa diplomatie, son génie politique, à sauver la France de l’effondrement.
        Marie de Médicis, elle, s’est bornée à mettre la France au pillage avant d’être finalement exilée par son fils. Le contraste entre les deux souveraines ne peut pas être plus grand.

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