Le recours aux baïonnettes pour gérer l’ordre public

Cette nouvelle décision ahurissante d’Emmanuel Macron d’impliquer l’armée dans des opérations de maintien de l’ordre relève-t-elle, une fois de plus, de l’incompétence ou d’une volonté, désormais non dissimulée, de mettre la France au pas ?

En décidant de faire appel aux militaires de l’opération Sentinelle à l’occasion de l’acte XIX des gilets jaunes, l’exécutif vient de franchir un nouveau palier qui est, incontestablement, celui de tous les dangers. Certes, ce recours à la force armée trouve dans notre personnel politique national, essentiellement au sein de la majorité et de ses alliés il est vrai, mais aussi dans la population, ses adeptes. Pourtant, ont-ils bien compris que ce retour en arrière de plusieurs dizaines d’années dans la gestion de l’ordre public risque fort d’être la source de difficultés et de débordements pires encore que ceux rencontrés jusque-là.

Si la principale justification à la présence de soldats dans les futurs dispositifs de maintien de l’ordre repose sur l’habitude, aujourd’hui acquise, de voir les effectifs de l’opération Sentinelle dans les lieux publics, celle-ci ne résiste pas longtemps à l’analyse. En effet, impliquée dans une mission de lutte contre le terrorisme islamiste, c’est en face d’un ennemi que l’armée française est déployée. Il en ira tout autrement lorsqu’il s’agira d’opposer les militaires à des citoyens, dont certains sont certes des casseurs, mais n’en demeurent pas moins des enfants de la République.

Par ailleurs, l’annonce du caractère circonscrit qu’aura leur mission, à savoir la garde de bâtiments et de lieux publics, ne doit en aucun cas dispenser d’envisager de possibles contacts belliqueux entre soldats et manifestants, avec les conséquences que cela pourrait avoir. C’est donc à un pari risqué que se livre le gouvernement.

Mais cette décision, qui signe un aveu d’impuissance manifeste, nous apprend également d’autres choses. Tout d’abord, que c’est à un échec politique de grande envergure que se trouve confronté le pouvoir actuel. Incapable d’apporter des réponses concrètes et solides aux revendications légitimes de nombreux Français parmi les plus modestes, il préfère s’enferrer dans le cycle infernal de la répression. Ensuite, que la stratégie mise en œuvre par l’État pour préserver l’ordre public, si tant est qu’elle ait existé, a été mise à mal par quelques centaines de casseurs face auxquels la force publique de la sixième puissance économique mondiale est dans l’incapacité de réagir efficacement.

Enfin, que c’est toute la politique sécuritaire de notre pays qui est ainsi remise en cause. En effet, la désorganisation de notre police, les baisses insupportables d’effectifs, la multiplicité des charges indues jamais revues et l’incohérence des choix opérationnels ont paupérisé et affaibli à tel point l’institution policière qu’elle ne peut plus faire face à ses missions élémentaires.

Incapables d’anticipation et pourvoyeurs de violences et de désordre, reste à espérer maintenant que la chance sourira à ceux qui gouvernent désormais pour le pire. Espérons, également, que nos soldats, dont la formation et le professionnalisme comptent parmi les meilleurs au monde, ne se trouveront pas face à des situations auxquelles ils n’ont pas été préparés. Emmanuel Macron vient de jouer son va-tout. En dressant possiblement l’armée face au peuple, il achève de diviser une nation tout entière. Dans l’attente de la prochaine manifestation des gilets jaunes, les dés sont donc maintenant lancés. Le ministre de l’Intérieur, en joueur de poker émérite, se retrouve ainsi confronté à une situation qu’il connaît bien : celle de devoir compter sur la chance. Mais chacun sait que cette dernière est souvent capricieuse.

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