Et maintenant, Najat parolière de chanson !

“Lampedusa”, nouvelle chanson contant les désirs poignants et le sort malheureux des migrants en Méditerranée, vient de sortir. Et les paroles sont de… Najat Vallaud-Belkacem ! Ex-porte-parole de gouvernement, ministre débarqué pour cause de naufrage présidentiel, devenue directrice générale déléguée aux études internationales et à l’innovation sociale, chez Ipsos, notre Najat nationale a décidément beaucoup de cordes à son arc.

Écrire des chansons ? Elle en rêvait depuis toute petite, elle les mettait “de côté pour une autre vie”. Elle n’aura pas eu à l’attendre longtemps ! Quelle chance d’avoir croisé « la route de deux musiciens engagés eux aussi » et non pas, depuis novembre 2017, celle de dizaines de milliers de gilets jaunes, les éborgnés, les mains arrachées ! Ces cœurs tendres se sont reconnus et hop ! sur une musique de l’un, les paroles de son auguste personne, c’est une troisième (Sarah Kaddour) qui se colle au chant. Ambiance.

« La nuit tombe sur la rive, les lumières faiblissent déjà. Bateau ivre à la dérive. Gouvernail et rames de bois. Pas grand-chose pour qu’il chavire au beau milieu du détroit. Il n’était pas fait pour dix, ils sont trente entassés là-dedans. À rêver de ces frontières portes closes à double tour. À souquer de toute leur peine, cœur à l’envers souffle court. Lampedusa pour un visa. »

En pensant à tous « ces anonymes qui savent le prix à payer d’un passage en Méditerranée », qui ont « largué là-bas, pays, femmes, enfants, racines », Najat n’en dort plus de la nuit. Anéantie, Najat. Par « l’âcre goût de la misère, l’impuissance et le chagrin », révulsée par « ceux qui ont tout et ceux qui ne sont rien » (tiens, cela nous rappelle quelqu’un !). Il paraîtrait, d’ailleurs, que Najat Vallaud-Belkacem pense sérieusement à larguer, elle, son poste prestigieux. Eh oui, les paroles, c’est bien, les actes, c’est mieux. Elle se voit déjà, sous les étoiles, dans son canot de sauvetage avec son gilet jaune (ou orange, il ne faudrait pas confondre), toute seule comme une grande, « souquer toute sa peine, cœur à l’envers, souffle court », à scruter la grande bleue, se porter à la rescousse des canaux pneumatiques et, accompagnée de son grand sourire, tendre ses jolies mains à tous ceux qui « n’sont plus ni d’ici ni là ».

Justement, d’où est-elle, Najat Belkacem ? D’où se sent-elle, elle qui est franco-marocaine ? Apparemment, sur ce coup, plus française que de là-bas. Car là-bas, quel regard l’opinion publique marocaine porte-t-elle sur cet afflux d’étrangers en situation irrégulière, questionne Le Figaro, en août 2018 ? Réponse de l’historien grand connaisseur du Maroc, Pierre Vermeren : « Incontestablement très négative. » Pas plus négative que « toi qui crois que la vie trie l’ivraie et le bon vin », tout de même ? Eh bien, si ! Au pays de Najat Vallaud-Belkacem, « les subsahariens sont rarement respectés par une population qui a toujours tendance à regarder les Africains comme des descendants d’esclaves […]. L’autre raison [étant] que la misère de masse d’une grande partie de la population marocaine […] rend la situation explosive. » Mince, alors ! Si elle n’était pas un sujet de Sa Majesté le commandeur des croyants, elle s’empresserait, bien sûr, de les dénoncer, ces racistes de compatriotes. Ah, la binationalité, quelle guigne, parfois…

En tout cas, au service de “l’indicible et de la douleur” mais pas orgueilleuse pour deux sous, gentille Najat. Sa chanson ? Oh, « c’est modeste, mais ça fait partie des pierres toujours utiles à poser ». Modeste, c’est sûr ; utiles, c’est elle qui le dit…

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