Hollande ressemble à ce coq qui s’imaginait faire lever le soleil en chantant le matin. La crise financière est derrière nous dit avec beaucoup de présomption le chef d’État français. Pourtant, c’est elle qui, en partie, a créé la situation européenne et nationale dans laquelle nous nous débattons, et ses remous récents à Chypre ne sont pas si éloignés. Mais il s’agit de paraître l’oublier pour mieux souligner la responsabilité de l’exécutif précédent. Le Président serait-il victime d’un Alzheimer précoce ?

À Bruxelles, se disait médecin au chevet de la France. On peut craindre que sa tendance à l’aveuglement le conduise à une terrible erreur de diagnostic. La cause de la maladie de langueur dont souffre l’Europe serait l’austérité. Il faudrait donc injecter des liquidités supplémentaires pour retrouver la croissance, comme le font les États-Unis et le Japon ?

Le Japon a sa monnaie à lui, qui chute, et une dette grandiose, mais détenue par ses nationaux. Les États-Unis ont une monnaie dont le statut est unique au monde. Ils n’ont pas été en déficit constant depuis 1974 comme la France et surtout, ont la mauvaise habitude de créer des bulles spéculatives qui se transforment en crises dont les Européens ont manifestement plus de mal qu’eux à sortir. Aucun de ces deux pays n’atteint un niveau de dépenses publiques ni de protection sociale comparable à ceux de la France. Dans aucun de ces pays on ne travaille aussi peu qu’en France.

L’Allemagne, elle, n’acceptera jamais qu’on joue avec la monnaie. Elle bénéficie aujourd’hui d’un euro qui est un mark sous-évalué avec lequel elle parvient à avoir un excédent commercial de 160 milliards. Elle a fourni les efforts nécessaires, notamment pour le coût du travail, qui lui permettent de respecter les critères européens.

Ce que Hollande dénonce comme l’austérité coupable de tous les maux, c’est la vertu de rigueur à laquelle la France qui collectionne les mauvais chiffres — pour la dette, le déficit, le chômage, le commerce extérieur et la croissance — voudrait échapper ! Ce « modèle » français est bien, contrairement à ce qu’affirme Hollande, le problème et non la solution.

Mais notre Président est aussi victime d’une curieuse confusion. Personne n’aurait parlé de compétitivité avant le rapport Gallois. Manifestement, celui-ci aurait été pour le chef de l’État une découverte. De même, il paraît ravi d’avoir perçu le lien entre l’allongement de l’espérance de vie et le recul nécessaire de l’âge de la retraite. Il présente comme une grande avancée le principe suivant lequel le silence de l’administration vaudrait acceptation. Selon lui, jamais l’opposition socialiste n’aurait demandé la démission d’un ministre de Sarkozy.

Manifestement, il ne se souvient pas de l’attitude de l’opposition durant le mandat précédent sur la TVA sociale, la taxe professionnelle, les retraites, ni du fait que nous avions déjà voté ce principe avec lequel il prétend innover. Enfin, les demandes de démission de ministres étaient systématiques de la part de l’opposition précédente. En juillet 2011, c’était justement Manuel Valls qui demandait celle de Claude Guéant. François Hollande voulait réenchanter le rêve français. Il n’a en fait réussi qu’à s’enfermer dans une vision rêvée de la réalité alors que le pays vire au cauchemar.

19 mai 2013

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