Réformiste, moderne, libéral, européen, brillant, visionnaire… les superlatifs pleuvent : dans une unanimité confondante, médias et hommes politiques rendent, aujourd’hui, un hommage appuyé à Valéry Giscard d’Estaing. Certes, il est de bon ton de ne pas dire du mal des morts. Mais c’est néanmoins une forme de respect et de justice à rendre à celui qui voulait faire entrer la France « dans une nouvelle ère », par un « changement dans la continuité », que de dresser un bilan de son action à la tête du pays.

À y regarder de plus près, ce ne sont pas tant ses réformes sociétales – majorité à 18 ans, divorce par consentement mutuel, avortement – qui lui vaudront le jugement de l’Histoire. Même si, soit dit en passant, « ces avancées » ont initié la déportation à gauche d’un électorat bourgeois de droite, en lui imposant un progressisme qui ne lui était pas originel et alignant ainsi la France sur les tout nouveaux canons éthiques de Mai 68.

Non, s’il est une réforme dont les conséquences se mesurent encore aujourd’hui dans la société française, c’est bien le décret du 29 avril 1976 instaurant la mise en place du regroupement familial, qui signa le début de l’immigration de masse. Depuis lors, un étranger non européen titulaire d’une carte de séjour peut faire venir sa famille en France sous conditions de ressources et de logement.

Ce simple décret constitue un tournant historique majeur dans l’histoire de notre pays : il a contribué à bouleverser le visage de la société française, il en fait aujourd’hui vaciller le socle.

Archipellisation de la société française, délitement du lien social, ghettoïsation de ces banlieues qui n’étaient, dans les années 70, que le visage de la classe moyenne née des Trente Glorieuses, séparatisme, croissance de l’identitarisme musulman des populations immigrées d’origine extra-européenne, fracturation d’une société où élites et peuple ne sont plus côte à côte mais face à face : autant de débats qui resteront inutiles si l’on ne remonte pas à la source de tous ces problèmes. L’immigration, mais aussi les 220.000 naissances par an qui manquent à la société française du fait de l’avortement, sont les principales causes de ce bouleversement démographique et social français.

Conséquence de ce décret de 1976, l’islam s’installe comme deuxième religion de France. « Résultat, écrit Dalil Boubakeur, dans sa Lettre aux Français parue en 2015, les gens peuvent désormais s’installer en France avec toute leur famille et tous leurs enfants. ». Avec cette conséquence : « Arrive donc en France une population avec des revendications de … population. » Et l’ancien recteur de la mosquée de Paris de prendre l’exemple de la ville de Roubaix, ville de 100 000 habitants qui dès 1980 compte 20% d’étrangers. Le décret Giscard ouvrait la voie pour toutes les folies immigrationistes de ses successeurs.

La démographe Michèle Tribalat, auteur de travaux remarqués dont Assimilation, la fin du modèle français paru aux Éditions du Toucan, explique qu’« en France, l’accroissement de populations originaires de pays n’appartenant pas à l’Europe s’est accompagné du « changement de pied » en matière d’intégration avec un abandon progressif des velléités assimilatrices de la France. » Illustration de ce basculement du modèle français : en 2008, soit 30 ans après l’instauration du regroupement familial, une entrée sur deux se fait au motif d’un lien familial, quand une entrée sur neuf concerne l’immigration de travail.

Or, en novembre 2020, selon un sondage IFOP réalisé pour le Comité Laïcité République (CLR), 57% des jeunes musulmans considèrent que la charia est plus importante que les lois de la République française… tandis que, selon un autre sondage IFOP-Le Figaro, 55% des Français sont favorables à la suppression du regroupement familial, tandis que 78% des Français pensent qu’il faut passer d’une immigration subie à une immigration choisie.

Vers la fin de sa vie, Valéry Giscard d’Estaing, s’entretenant avec son biographe Éric Roussel, confiait que le regroupement familial était le plus grand échec de sa vie d’homme politique, son plus grand regret.

L’Histoire retiendra que, s’il n’en est pas l’unique responsable, le moderne Giscard est bien à l’origine de la grande fracture française.

 

 

 

 

 

 

 

3 décembre 2020

À lire aussi

Crise politique italienne : il faut que tout change pour que rien ne change ?

Matteo Renzi veut être calife à la place du calife, et Giuseppe Conte président du Conseil…