La réforme de l’adoption en cours envisage la suppression des organismes autorisés pour l’adoption (OAA). Pour une société qui se veut plus inclusive, cette mesure idéologique est donc paradoxale. Si elle passait, elle porterait un véritable préjudice à l’encontre des enfants porteurs de handicap, puisque les OAA leur donnent une chance supplémentaire de trouver une famille. Claire R. a adopté, avec son mari, une petite fille, il y a 10 ans, elle témoigne du rôle essentiel des OAA.

Votre est passée par un parcours d’adoption pour adopter un enfant porteur de trisomie. Quel rôle a joué l’organisme autorisé pour l’adoption que vous avez sollicité ?

Avant même l’adoption, nous avons eu différents entretiens avec le couple président de cette association (SOS Emmanuel Adoption). Ces entretiens ont été une véritable source d’informations sur le handicap de notre enfant, notamment sur l’ensemble des difficultés que nous pourrions rencontrer. Ces entretiens jouent donc un rôle indispensable au discernement du projet. Cette a elle-même adopté des enfants handicapés, elle dispose d’une expertise, connaît ces enfants à toutes les étapes de la vie et, à la différence des services sociaux avec qui nous n’avons plus aucun contact depuis l’adoption plénière, ce couple reste un référent pour nous aujourd’hui et continue de nous donner des conseils et de mettre en lien les parents d’adoption pour un partage des expériences.

 

Cette réforme rendrait illégale l’activité, en France, des organismes autorisés pour l’adoption (OAA). Qu’est-ce que cela signifie ?

On voit bien que l’État veut garder la main sur les adoptions, mais cela va freiner la mise en relation. Les OAA proposent une aide dynamique et plus ciblée. La suppression de ces associations ralentira les chances données à des enfants de trouver une d’adoption. À titre d’exemple, depuis 1975, SOS Emmanuel Adoption a proposé environ 2.000 enfants à l’adoption. Cette association a pour spécificité de disposer d’une vision nationale, et donc de mettre en relation des familles de différents départements. Cette grande échelle lui permet de mieux adapter les dossiers aux enfants et de proposer des solutions plus ciblées et plus cohérentes. Si vous avez des parents plus âgés et, en face, un enfant plus âgé aussi, il sera plus logique, si les parents sont d’accord, de les mettre en relation. À l’échelle d’un petit département, ce serait plus compliqué ; pour preuve, notre fille vient d’un petit département dans lequel il n’y avait aucune famille candidate à l’adoption.

 

Pourquoi la disparition des OAA serait-elle préjudiciable aux enfants porteurs de handicap ?

Près de la moitié des enfants ne sont pas adoptés car les départements ne disposent pas des mêmes moyens. Les OAA sont irremplaçables et bénéficient d’une réelle expertise, notamment concernant les enfants dits « à particularité ». Dans certains départements, l’aide sociale à l’enfance fait directement appel à SOS Emmanuel Adoption dès qu’ils ont connaissance de l’abandon d’un enfant. C’est bien la preuve que ces associations jouent un rôle complémentaire et essentiel. Sans OAA, les enfants à particularité attendront plus longtemps en familles d’accueil ou en pouponnière, voire ne trouveront jamais de famille d’adoption, c’est bien triste.

 

Enfin, les OAA jouent un autre rôle : celui d’accompagner les parents qui s’apprêtent à abandonner leur enfant…

Comme ils font figure de référence, ils sont parfois également en lien avec les parents biologiques. Quand l’annonce du handicap leur tombe dessus, c’est un cataclysme. De la même façon, l’association est là pour éclairer et apporter une aide précieuse. Parfois, à la suite de ces échanges, les parents décident même de rester avec leurs enfants. Dès que les gens ont une meilleure connaissance de ce handicap, ils changent leur vue, et cela… ça change tout !

Propos recueillis par Iris Bridier

Anne a été adoptée à 5 mois par l’intermédiaire d’un OAA. Elle va bientôt fêter ses 10 ans.

3 décembre 2020

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