La France se disloque et ils regardent ailleurs…

Emmanuel Macron est l’élu conjoncturel de L’Archipel français, celui d’un pays qui se disloque. Ses électeurs ont d’abord été la rencontre de deux blocs à la dérive, celui des socialistes d’où il venait et celui du centre mou. Ils se sont rencontrés dans la mer des Sargasses de la politique : cultivant leur survie, privilégiant apparemment l’économie, les affaires – et les leurs en particulier -, ignorant les questions identitaires, détestant l’extrémisme de droite, arborant un progressisme ouvert à toutes les minorités par souci d’être dans le vent, comme les feuilles mortes. Ils trouvaient leur champion, qui par ses discours allait cacher leur médiocrité, dire qu’il voulait que la France monte, quand il savaient tous qu’elle descendait pour y avoir mis la main. Si les familles politiques traditionnelles se sont éparpillées, c’est parce que la France se disloquait.

Les gilets jaunes à leur origine ont été un mouvement paradoxal : venus de province, périphériques appauvris, ils ont été la France profonde, son cœur venant protester contre son centre, un centre qui les a regardés du haut de ses balcons. C’était la France qui vivait mal contre celle qui vivait mieux, la France d’une industrie et d’une agriculture en perte de vitesse, et ce n’était pas une image, contre une France diplômée, tertiaire, plus soucieuse d’environnement que du coût des carburants. On les a accusés d’être des extrémistes de droite. Un prétendu expert a cru voir dans les bannières des provinces les fleurs de lys du royalisme. Des Black Blocs infiltrés ont justifié l’accusation d’extrémisme et une répression démesurée. Beaucoup de braves gens ont été découragés par les risques. Et c’est l’extrême gauche qui a de plus en plus coloré les cortèges de moins en moins fournis. Sans doute la déception sociale et le rejet d’un chef d’État tellement peu représentatif pourront-ils relancer le mouvement, mais on sait à l’avance qu’une troisième France lui sera étrangère, ni favorable, ni hostile, et plutôt satisfaite de voir la police réprimer durement des manifestants bien gaulois et manquer d’effectifs ou de temps pour contrôler les quartiers dits « sensibles », les trafics de drogue, le port interdit du voile intégral dans l’espace public ou le développement de l’islamisme au sein même des services régaliens de l’État.

L’embarras et l’impuissance du Président, du gouvernement, de la « majorité » dès qu’il est question de cette France-là sont effarants. Le pays est en train de fondre plus vite que la calotte glaciaire et ils regardent ailleurs : la calotte glaciaire, justement. L’auteur de L’Archipel français vient, chiffres en mains, confirmer le Grand Remplacement. Un nouveau-né sur cinq porte un prénom arabo-musulman : il suffit de se projeter dans l’avenir pour savoir que ces enfants seront des pères auxquels s’ajouteront de nouveaux immigrés et pour prévoir que la France changera d’identité. Dans le passé, en une génération, les immigrés européens abandonnaient le prénom étranger pour un des deux mille prénoms français, Marie, par exemple, passée de 20 % des petites filles, en 1900, à 0,3 %, aujourd’hui. Désormais, le maintien d’un prénom issu d’une autre culture, comme le choix de ceux qui viennent des feuilletons américains, font disparaître un des moyens les plus sûrs de transmettre ou de fonder une identité nationale en tirant le prénom des saints du calendrier qui encadre le temps en France. En Seine-Saint-Denis, là où se situe la basilique de nos rois, et avec ce nom si chargé d’histoire, ce sont 43 % des petits garçons qui reçoivent un prénom musulman. La messe n’est-elle pas dite ? On ne peut contester les chiffres de Jérôme Fourquet, mais si on tolère la placidité froide de son constat, on est atterré par l’irréalité de sa solution. Selon lui, il est encore possible non plus d’être une nation, mais seulement de « faire » nation, en trouvant dans la lutte contre le réchauffement climatique le « ciment » d’un vivre ensemble et d’une pensée commune. Cette idée saugrenue ressemble étrangement à l’obsession présidentielle. Elle est bonne pour les cabinets, séduira peut-être les enfants des grandes villes, ceux d’en haut, mais laissera indifférents ceux de la périphérie comme ceux des banlieues.

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