Editoriaux - Médias - Polémiques - Presse - Société - 2 décembre 2019

La Croix « proche des milieux d’extrême droite traditionaliste » ? Fallait oser !

En ces temps si moroses, voire tragiques, il arrive pourtant que l’on rigole un peu : c’est un grand fou rire qui s’est propagé, le week-end dernier, sur les réseaux sociaux, suscité par l’improbable tweet de Joël Deumier, « militant LGBT, ancien président de SOS Homophobie, référent Fiertés en commun, et Paris en commun » et « suivi » par des gens aussi sérieux et importants que Jean-Michel Blanquer ou Christophe Castaner, Anne Hidalgo ou Marlène Schiappa.

« @LaCroix s’attache à masquer sa proximité avec les milieux d’extrême droite traditionaliste par un style journalistique qui se veut neutre et factuel, mais le tapis déroulé systématiquement à @LaManifPourTous dans ses colonnes révèle sa vraie nature. »

, proche des milieux d’extrême droite traditionaliste… il fallait oser. Monsieur est très, très audacieux. On sent tout de suite une fine connaissance de Catholand. La Croix, Présent, même combat, dans le milieu, tout le monde sait ça. Dans son prochain tweet, il sera question de Témoignage chrétien, sous-marin (en eau vraiment très profonde) de la Fraternité Saint-Pie-X : leurs réseaux, leurs relais, leur stratégie. Le complot est extrêmement bien ficelé, les protagonistes diablement rusés, et il faut être malin comme Joël Deumier pour le débusquer. Car nous autres, gros rustauds naïfs, n’avons vu que du feu. On ne dénoncera jamais assez la taqîya catholique.

C’est que Joël Deumier a entrepris l’exégèse du tweet d’un journaliste de La Croix. Celui-ci, chef de rubrique bioéthique de son état, rendait compte d’une action contre la PMA : « Ce WE, nouvel épisode de la mobilisation des “anti-pma” avec l’organisation de 424 “piquets de mobilisation” en France (distribution de tracts notamment). Parmi eux, + de la moitié, 220 seront tenus par les Asso. familiales catholiques. »

Ni encouragement, ni jugement, ni constat de réussite : un contenu purement factuel, donc, comportant même les guillemets de rigueur pour garder de prudentes distances avec les éléments de langage des organisateurs. Un banal tweet de journaliste, en somme. Ceux qui, le 5 décembre, couvriront, avec leur caméra, la grève côté CGT seront-ils étiquetés crypto-marxistes ?

L’anecdote est comique, mais éminemment emblématique. Il en est de l’opposition à la PMA comme de tous les sujets promus dogmes de foi, vérités révélées dont toute contestation condamne au bûcher : en parler sans en dire du mal, c’est déjà suspect. Un journaliste soucieux de ne pas passer du côté obscur de la force n’a que deux postures possibles.

La première est de censurer en faisant l’impasse sur le sujet, classé dans la rubrique chats écrasés et aussitôt oublié. C’est ainsi que la manifestation #MarchonsEnfants contre la PMA du 6 octobre (74.500 participants selon le cabinet de comptage indépendant Occurrence) s’est vu concéder – au mieux – une mention tout à la fin du journal télévisé et un gros paragraphe à la page 5 de quelques supports de presse écrite, tandis que la manif féministe #NousToutes (49.000 personnes, d’après le même cabinet) a bénéficié d’une couverture médiatique digne des noces de Kate Middleton.

La seconde d’évoquer l’information, mais en prenant moult précautions, conscient de manipuler un flacon de nitroglycérine. Une seule solution pour prévenir l’incendie : dégainer l’extincteur et propulser généreusement du dénigrement. Donner tous les gages possibles, c’est la procédure de sécurité imposée.

Cette logique absurde jusqu’au grotesque irrigue tout le camp du bien, dans ses multiples composantes : avec ces gens-là, on est tous le facho de quelqu’un, mon petit ! Tiens-le-toi pour dit. In fine, jadis, Robespierre mit sa tête sur le billot comme Danton l’avait prédit. François Hollande est en train de le méditer qui, endossant il y a quelques semaines les frusques d’Éric Zemmour, a été interdit par l’ultra-gauche de conférence à l’université de Lille… puis contraint d’en annuler une autre à Sciences Po Toulouse.

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