À Nantes, les policiers municipaux veulent une arme pour se défendre

Face à l'idéologie de la mairie, les policiers municipaux se mettront en grève ce 12 juin.
Policiers municipaux lors de la cérémonie du 8 mai 2026 à Auriol (Bouches-du-Rhône)
© Gabriel Bendayan

Le 12 juin prochain, les policiers municipaux de Nantes seront en grève. Un mouvement rare qui traduit l'exaspération d'agents confrontés à une délinquance toujours plus violente, tandis que le maire socialiste Johanna Rolland, réélu en 2026, continue de refuser l'armement de sa police municipale. Une position de plus en plus difficile à défendre alors que la capitale des Pays de la Loire vient de connaître quatre fusillades mortelles en l'espace de quelques semaines.

À l'origine de cette mobilisation, le syndicat Force ouvrière, majoritaire au sein de la police municipale. Dans un tract distribué aux agents, il dénonce « une victime de plus, les tirs de trop » et réclame une nouvelle fois que les policiers municipaux puissent être dotés d'une arme à feu.

Des risques « de plus en plus importants »

Pour les représentants syndicaux, la question n'a rien d'idéologique. Elle relève désormais de la sécurité des agents eux-mêmes. Interrogée par Le Figaro, Céline Pérémarty, déléguée FO, résume le sentiment qui domine, dans les rangs de la police municipale : « Aujourd'hui, nous sommes sur le terrain. Les risques qu'on encourt sont de plus en plus importants. »

La syndicaliste décrit également une réalité préoccupante. Certains secteurs sont devenus si sensibles que les interventions y sont particulièrement délicates. Dans une métropole où les règlements de comptes liés au trafic de stupéfiants se multiplient, les policiers municipaux estiment ne plus disposer des moyens adaptés à l'évolution de leurs missions.

Les agents prennent pourtant soin de préciser qu'ils ne réclament pas un rôle de police judiciaire ni une implication directe dans la lutte contre les réseaux de narcotrafiquants. « L'arme, on ne la demande pas pour aller dans les quartiers régler le narcotrafic », rappelle Céline Pérémarty. Leur revendication est plus simple : pouvoir assurer leur propre protection lorsqu'ils interviennent sur la voie publique.

Une ville confrontée à une insécurité persistante

Cette demande intervient dans un contexte particulièrement dégradé. Selon les statistiques du ministère de l'Intérieur, Nantes affiche des niveaux élevés de violences physiques, de vols avec violence et d'infractions liées aux stupéfiants. La ville figure régulièrement parmi les grandes métropoles françaises les plus touchées par certains phénomènes de délinquance.

Les récentes fusillades ont encore renforcé ce constat. Entre fin avril et début juin, quatre personnes ont perdu la vie dans des règlements de comptes sur fond de trafic de drogue. Pour Foulques Chombart de Lauwe, principal opposant à Johanna Rolland, interrogé par BV, « quatre morts en un mois, c'est la pire séquence de l'histoire de Nantes en matière de victimes liées au banditisme ». Il met en garde : « Ça ne peut pas devenir la nouvelle capitale du narcotrafic en France. » Pourtant, Johanna Rolland continue de s'opposer à l'armement de la police municipale, estimant que la réponse doit avant tout venir de l'État. Pour Foulques Chombart de Lauwe, le maire socialiste ne peut plus se retrancher derrière cet argument : « C'est une lourde responsabilité pour Madame Rolland. »

Ailleurs, même la gauche change de doctrine

Car ailleurs, y compris dans des municipalités dirigées par la gauche, les lignes ont bougé. À Bordeaux, l'ancienne municipalité écologiste avait finalement armé sa police municipale. Même évolution à Saint-Nazaire, où les élus socialistes ont considéré que la protection des agents imposait une adaptation aux nouvelles réalités sécuritaires. Pour l'élu nantais, le refus persistant de Johanna Rolland s'explique avant tout par des considérations politiques. « Il y a vraiment un aveuglement idéologique qui doit cesser, elle est otage de ses alliances de second tour avec LFI et les écologistes », estime-t-il.

À l'inverse, la récente décision du maire LFI Bally Bagayoko de remettre en cause l'armement de la police municipale à Saint-Denis a provoqué une vague de départs parmi les effectifs. Plusieurs agents ont préféré quitter le service plutôt que d'exercer désarmés dans un territoire confronté à une forte délinquance.

À Nantes, la grève du 12 juin sonne comme un avertissement adressé à la municipalité. Lorsque ceux qui assurent quotidiennement la sécurité des habitants expliquent qu'ils ne disposent plus des moyens adaptés à la réalité du terrain, leur parole mérite sans doute davantage d'attention que les vieux réflexes idéologiques. Car pendant que les débats se poursuivent à l'hôtel de ville, les trafiquants, eux, n'ont manifestement pas renoncé aux armes.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

65 commentaires

  1. Étant retraité de la police nationale, je suis d’accord pour armer les municipaux, ils ont les mêmes risques.

    • Boum 49, bonjour,
      En tant que retraité de la Police national, vous savez que le policier municipal est désigné agent de police judiciaire adjoint à l’article 21 du Code de procédure pénale.
      En tant que familier du droit pénal, je vous indique qu’il existe une parade législative ultra simple, efficace et rapide pour surmonter les blocages des récalcitrants maires de gauche (socialos, écolos et autres) opposés à l’armement de leur PM, au risque de mettre en danger la vie de leurs agents lors de leurs interventions sur la VP.
      Pour cela, il suffit que le parlement décide de modifier par la loi l’article 21 du CPP en y ajoutant un dernier alinéa énonçant ceci en substance :
      « Les autorités hiérarchiques respectives ou de tutelle sont tenues de fournir et d’équiper les APJ adjoints placés sous leur autorité d’arme de service non létale de catégorie D et létale de catégorie B en vue de leur permettre d’assurer, dans le respect de la loi, les missions de police judiciaire qui leur sont imparties au présent article ».
      De la sorte, si un maire veut conserver ou se doter d’une police municipale, alors il a l’obligation légale d’armer ses agents pour mener les missions de police judiciaire (pas administrative) ainsi résumées : seconder les OPJ, rendre compte des délits, crimes et contraventions dont ils ont connaissance, constater les infractions à la loi pénale, dresser des PV de contravention au code de la route, etc.

      • Cet ajout à l’article 21 du CPP ne se fera pas. Les élus ne veulent aucune obligation et encore moins une responsabilité concernant les PM. Par contre, ils oublient souvent les obligations liées à leur statut d’OP (article 16 du CPP)J. Essayez de faire prendre une plainte à un maire ou un adjoint, ce n’est pas gagné. Il y a également la mutation pour leurs agents de la PM.

      • ‘le Maire n’a aucune obligation en la matière . Il a le libre choix sous sa responsabilité.

      • La qualification Art 16 du C,PP pour les Maires et adjoints est une hérésie de notre droit. Cette qualification mentionnée au Code d’instruction criminelle, a été reconduite au CPP.
        En matière du droit, cela est contraire à notre droit qui dit que nul ne peut être juge et partie.Au regard des arrêtés qu’il prend, il remplir les conditions d’interdiction.

    • Il faut surtout encadrer leurs missions, et qu’ils cessent de se prendre pour des cowboys.
      Leurs missions est d’assurer la sécurité des citoyens, et non de se prendre pour des enquêteurs. Qu’ils fassent de l’ilotage en centré ville, Surveillance des marchés, protections des entrées et sorties des établissements scolaires, protection de certains pôles d’activités, et les vaches seront bien gardées.
      Aujourd’hui, le port d’une arme pose questions. Gendarmes et Policiers nationaux hésitent, y compris en état de légitime défense, à sortir et faire usage sans se retrouver aux bancs des accusés.
      Je dirais également que ces personnels devraient porter une tenue totalement différente que celle de nos forces publiques. Une couleur différente permettant de les identifier sans erreur.
      Connaissant bien les tenues d’uniforme, il m’arrive d’être abusé par la ressemblance voulue.

  2. Nantes a une très mauvaise réputation en France, comme toutes les villes de gauche! C’est dingue que certains électeurs se soucient si peu de leur propre ville et l’aiment si peu. Ils sont fiers de vivre dans une ville poubelle en fait!

  3. Je pense qu’une mesure très simple et gratuite peut venir à bout des élus déconnectés et réfractaires. Après leur élections les obliger à faire un stage de quelques jours dans leur police municipale, de jour et de nuit avec présence sur le terrain. Vie ma vie en quelque sorte.

  4. A la place de la Police, c’est l’Armée qu’il faut à Nantes. Au moins l’Armée est équipée pour tirer.

    • L’armée ne peut intervenir sans ordre du président, encore moins tirer dans le tas. Il faut revenir sur terre !!

    • Encore et toujours ces allusions à l’armée ! Comprenez enfin que l’armée ne fera strictement rien : elle est à la botte du gouvernement et ne bougera jamais sans ordre de son super chef (vous savez, celui qui se prend pour un chef de guerre…)

    • La police aussi, on commence par un agent, ensuite le SWAT ou le GIPN ou GN, eux ont des moyens plus importants. Vous en voulez plus ? Un détachement de CRS qui envahi tout le quartier. Les malfrats ont intérêt de se faire tous petits.

      • Faudrait iil encore que votre souhait s’applique. Vous savez bien que pour mettre de l’ordre, il faut donner les moyens juridiques. Ces derniers sont aujourd’hui inexistant.

  5. Nantes devenues ville socialement insalubre avec une circulation très difficile avec le mélange de tous genres de véhicules !

  6. « Quatre fusillades mortelles en l’espace de quelques semaines. » Vous voyez bien que L’amère de Nantes a raison ! Sa ville est une ville sure et paisible. Pas besoin d’armer la police municipale.
    J’ai vu il y a quelques jours que la police nationale, cette fois, fait face depuis plusieurs mois à une vague de démissions massive. Mais comment s’en étonner lorsque la menace pour cette profession vient du sommet de l’état ? N’est-ce pas Macron qui a déclaré que la mort de Nahael était « inexplicable et inexcusable » !!!! Et ce, sauf erreur de ma part, le soir même du drame !!!! Et ce, au mépris total de la séparation des pouvoirs, car un tel JUGEMENT, ne pouvait qu’inciter notre belle et INDEPENDANTE justice à avoir la main très lourde sur ce malheureux policier qui n’avait fait que son travail en protégeant la société ! En effet, c’est la macronnie qui décide des promotions dans l’administration et donc dans la magistrature. Mais je vois le mal partout…
    Macron a fait cela au mépris le plus total de la présomption d’innocence. L’incarcération était, en l’espèce totalement inutile car aucun des critères légaux requis par LA LOI pour la détention provisoire (risque de fuite, de réitération, etc. ) n’étaient réunis ici !
    Johanna Rolland s’inscrit dans cette héritage pourri de Mai 68. Pour ces gens l’ordre et la loi c’est la dictature. A gauche, le haut c’est le bas mais surtout le mal absolu, ici le trafic de drogue, c’est moins grave que d’armer ces policiers nécessairement fascistes aux yeux de ces dingues post 68 !

  7. Nantes était une ville accueillante et joyeuse, mais c’était avant. Il est inconfortable sinon dangereux d’être entre le marteau et l’enclume comme les policiers municipaux de cette ville. Les nantais ont choisi.

  8. Les policiers démissionnent, pas de soucis ils peuvent trouver du travail n’importe ou ! pourquoi pas à Nice !

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