Sondage : l’AfD premier parti d’Allemagne

A trois ans des prochaines élections législatives, le parti national-conservateur devance déjà la CDU/CSU de Friedrich Merz.
Alice Weidel, coprésidente de l'AfD. Capture d'écran Euronews.
Alice Weidel, coprésidente de l'AfD. Capture d'écran Euronews.

La nouvelle a fait sensation, en Allemagne : le 9 juin 2026, pour la première fois de son existence, la République fédérale d’Allemagne a vu un sondage mettre en tête le parti national conservateur Alternative pour l’Allemagne (Alternative für Deutschland, AfD). Progressant de près de 7 % en un an, l’AfD obtient 27,6 % des intentions de vote et passe devant la coalition démocrate-chrétienne (CDU/CSU) du chancelier Friedrich Merz, qui baisse de 5,9 points, à 22,6 %.

À gauche, les sociaux-démocrates du SPD poursuivent leur chute (-4,2 points, à 12,2 %), étant désormais nettement devancés par les écologistes de Grüne (+2,7 points, à 14,3 %), et talonnés par la gauche marxiste de Linke, qui gagne 2 points, à 10,8 %. Les libéraux-démocrates du FDP, qui ont servi, un temps, de force d’appoint aux majorités de gouvernement, ont accentué leur marginalisation, perdant près d’un demi-point, à 3,9 %. Si elles se concrétisaient dans les urnes, ces évolutions signeraient la fin du bipartisme CDU/CSU-SPD qui a caractérisé la vie politique ouest-allemande (puis allemande, après la réunification avec l’ex-RDA) depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Premier parti allemand (dans les sondages)

Encore improbable, il y a seulement quelques mois, l’hypothèse d’une victoire de l’AfD aux prochaines échéances électorales n’est désormais plus à exclure. Il conviendra donc de surveiller, dans un premier temps, les trois scrutins régionaux de septembre prochain en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, à Berlin et en Saxe-Anhalt.

En Saxe, justement, l’AfD vient de rencontrer un succès probant, arrivant nettement en tête au premier tour de l’élection d’arrondissement de la Saale (Saalekreis), dimanche 7 juin. Son candidat, avec 43,3 % des voix, devance de près de 7 points son rival CDU (36,6 %) dans une circonscription jusqu’ici détenue par les chrétiens-démocrates. Les autres candidats étant très fortement distancés, le second tour se jouera entre AfD et CDU, le 28 juin. Et la performance réalisée par l’AfD est d’autant plus convaincante qu’elle a été obtenue avec une participation qui a bondi de 17 points par rapport au précédent scrutin de 2019, passant de 32 à 49 %.

Une montée en puissance qui s’accélère

On assiste, en fait, à une accélération notable de la montée en puissance d’une formation encore récente, qui répond aujourd’hui aux aspirations nouvelles d’une grande partie de l’électorat allemand, et dont le plus grand point faible reste, pour l’instant tout au moins, son isolement dans le paysage partisan d’outre-Rhin.

Créé en 2013 par l’économiste Bernd Lucke, qui avait quitté la CDU deux ans plus tôt, l’AfD avait au départ un positionnement que l’on pourrait qualifier de « conservateur modéré » : modérément eurosceptique, modérément méfiant vis-à vis de l’immigration et de l’islam, et économiquement libéral. Après 2015 et l’éviction de son fondateur, le parti a conservé son ancrage libéral, mais s’est droitisé, accentuant son euroscepticisme et son opposition à l’immigration, refusant cependant tout rapprochement avec les divers courants de l’extrême droite allemande historique.

Dans un premier temps, l’AfD a construit sa progression dans les terres de l’ex-RDA, attirant un électorat populaire de « laissés-pour-compte », électorat confronté à la fois à la cohabitation difficile avec une immigration récente en hausse et au relatif mépris dont il s’estime victime de la part des chrétiens-démocrates comme des sociaux-démocrates.

L’AfD peut dire « merci Angela ! »

Au fil des ans, la politique d’Angela Merkel (CDU), continuée ensuite sur au moins deux points essentiels par Olaf Scholz (SPD), fait fuir une part plus grande de l’électorat vers l’AfD. Ce parti a notamment profité de son positionnement tranché en faveur du nucléaire, qu’Angela Merkel avait abandonné au profit des énergies renouvelables - un choix ruineux pour les Allemands les plus modestes, soudain confrontés à une hausse brutale du prix de l’énergie. Mais c’est plus encore le pari immigrationniste tenté (et perdu) par la chancelière, mais néanmoins poursuivi après son départ en 2021, qui a jeté de nombreuses nouvelles franges d’électeurs dans les bras de l’AfD.

Et après avoir conquis puis consolidé son implantation dans les régions (Länder) est-allemands, l’AfD est partie à la conquête de l’Ouest, et avec un indéniable succès aujourd’hui. Si la CDU/CSU y compte encore beaucoup d’élus et quelques solides bastions, ses positions s’effritent cependant au fil des mois et des scrutins, même si sa situation est pour l’instant moins critique que celle du SPD qui, comme le PS en France, perd pied au profit d’une gauche bien plus radicale, écologiste et marxiste.

Les récents sondages et résultats électoraux montrent que l’AfD a certes capté une partie non négligeable de l’électorat populaire de gauche, mais que ses gains se font très majoritairement au détriment de la coalition chrétienne-démocrate : l’AfD, aujourd'hui coprésidée par Alice Weidel et Tino Chrupalla, est un parti de droite populaire et ses positions sociétales conservatrices, tout comme son libéralisme économique, renforcent ce positionnement.

Pas tout à fait un « RN allemand »

L’analogie avec le RN français est tentante, mais montre vite ses limites. Les deux formations convergent, certes, fortement sur les questions liées à l’immigration, le danger islamiste, l’identité nationale et l’euroscepticisme, mais avec pourtant des nuances et différences de degré. L’AfD se montre par exemple, ainsi, plus sensible que son voisin français au thème de la remigration.

Si les deux partagent un même patriotisme économique de principe, l’AfD revendique son libéralisme (ce qui le rapproche plutôt de Reconquête en France et du trumpisme aux États-Unis). Le RN s’avère, de son côté, plus perméable aux considérations sociales (entre colbertisme et gaullisme social), même si Jordan Bardella imprime une inflexion plus libérale.

De la même façon, leur évidente convergence anti-bruxelloise ne saurait masquer de vraies divergences sur l’UE, ne serait-ce que du fait de l’abandon, par le RN, du projet de Frexit quand le Dexit reste de mise à l’AfD. Enfin, il convient évidemment de ne pas reproduire à droite un schéma par ailleurs valable à gauche : l’Internationale des nationalismes est définitivement un oxymore. Si l’AfD et le RN peuvent parfaitement avoir des combats à mener de concert, notamment à Strasbourg, ils défendent des réalités nationales historiques et des intérêts différents, souvent concurrentiels et parfois conflictuels. Reste à savoir lequel pourrait prendre le premier le pouvoir chez lui. Le calendrier électoral donnera l’an prochain au RN une chance de devancer l’AfD.

Vos commentaires

93 commentaires

  1. Tant que ce parti en était à des balbutiements , on le laissait tranquille. Maintenant qu’il commence à empêcher les partis installés de danser en rond , on va bien trouver un moyen de l’interdire. Idem pour le RN en France.

  2. Il y a peut-être un rapport avec la vague migratoire qui est arrivée en Allemagne grâce à Merkel . De plus si la situation est comme en France cela ne c’est jamais arrêté . Le réveil des peuples européens ?

  3. Alors que le Royaume-Uni et l’Ukraine poussent l’Allemagne à préparer une guerre contre la Russie, nous assistons à l’effondrement de l’Allemagne réunifiée. Le pays est profondément divisé en deux peuples distincts. Son identité est désormais en question. La dissolution de l’Allemagne fédérale est désormais inéluctable. Pendant ce temps, la paix conclue entre Washington et Moscou va provoquer le rattachement d’une partie de l’Ukraine et de la Transnistrie à la Russie. Tandis que l’abandon de ses valeurs par l’Union européenne va provoquer sa fin.

  4. Effectivement : la AFD c’est Madame Knafo et personne d’autre. C’est également la seule solution pour notre beau pays afin d’éviter la guerre.

  5. L’AFD… C’est Knafo… Reconquête. Rien à voir avec le camp national ( RN). Ce parti se rapproche plus des Zemmour et son ami , waukiez.

  6. Réveil timide mais amorcé dans beaucoup de pays européens surtout sur le sujet migratoire.

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

Grooming gangs : presque que des hommes musulmans d’origine pakistanaise
Vidéo YouTube

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois