Audio - Editoriaux - Entretiens - 2 décembre 2019

Michel Thooris : « À Toulouse, un bailleur social, ne pouvant compter sur l’État républicain, a décidé de faire appel à des gros bras… »

Des bailleurs sociaux font désormais appel à des sociétés privées pour sécuriser des halls d’immeubles dans certains quartiers de Toulouse. Particularité de ces sociétés : elles embauchent principalement des agents tchétchènes. Réaction de Michel Thooris.

Des bailleurs sociaux excédés font appel à des agences de sécurité spécialisées pour sécuriser les halls de certains immeubles, notamment à Toulouse. Ces agences de sécurité ont la particularité d’embaucher des ressortissants tchétchènes. Il s’agit d’agents endurcis et aguerris. Ce genre de nouvelles vous étonne-t-il ?

Cette nouvelle n’est absolument pas étonnante. Il y a une faillite complète de l’État dans les cités sensibles. Aujourd’hui, on a 600 zones de non-droit. Beaucoup de bailleurs sociaux ont complètement renoncé. Dans certaines communes, des barres HLM sont occupées illégalement par des mafias du narcotrafic qui sous-louent des logements. À Toulouse, un bailleur social ne pouvant pas compter sur la préfecture a décidé de faire appel à de gros bras pour essayer de maintenir un semblant d’ordre public dans ce quartier. Ce n’est absolument pas surprenant et cela correspond à une carence totale des services de l’État.

Christophe Castaner parle à tout bout de champ de reconquête républicaine dans certains quartiers. Peut-on espérer qu’un jou, les bailleurs n’auront plus à passer par ce genre de services pour faire maintenir l’ordre ?

C’est une vaste plaisanterie. La situation ne fait qu’empirer de jour en jour. Il n’y a aucune réponse pénale aux violences urbaines ponctuelles auxquelles nos collègues font face dans nos quartiers. La seule solution pour reconquérir ces quartiers est d’interpeller les familles de narcotrafiquants et de les mettre en prison. Malheureusement, les prisons sont pleines. Même si, demain, la Justice se montrait plus sévère, il n’y a absolument pas de places pour incarcérer ces familles criminelles. La situation ne peut pas être réglée en l’état des choses.

Vous n’êtes pas très optimiste sur l’avenir…

Tant qu’on n’aura pas une politique carcérale et les moyens d’incarcérer les gens qui commettent des infractions pénales sur le territoire national, on n’y arrivera pas. Malheureusement, d’année en année, des lois sont votées au niveau de la Cour européenne des droits de l’homme. Elles ont été appliquées et retranscrites dans notre droit pénal. Cela a conduit à l’impunité totale dans laquelle nous sommes aujourd’hui.
Cela pose, d’ailleurs, évidemment la question de la pression des mafieux. On sait que La ‘Ndrangheta, la Camorra ou Cosa Nostra ont des relais politiques qui prônent une politique laxiste, non pas pour servir les criminels de quartiers, mais pour servir leurs propres intérêts.
Tant qu’on ira dans toujours plus de laxisme judiciaire et des lois qui assurent une impunité totale aux criminels, il va de soi qu’on ne pourra jamais reprendre le contrôle de ces quartiers.

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